Superman Returns : critique

Zorg | 28 juin 2007 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Zorg | 28 juin 2007 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Voilà presque vingt ans que l'on attendait le retour de Superman. Depuis 1987 et l'infâme Superman IV, sinistre nanar de bas étage produit par la Cannon, l'Homme d'Acier était invisible sur grand écran. 

On a certes pu le voir évoluer avec plus ou moins de réussite dans deux séries télévisées, Lois & Clark et la récente Smallville, sans oublier les aventures animées de la JLA, mais rien n'a pu rendre hommage à la grandeur et à la majesté du personnage le plus emblématique de toute l'industrie du comics. Les torts sont désormais redressés car Superman effectue son grand come-back, sous la direction d'un des deux hommes (avec Sam Raimi) responsables de la vague de renouveau du film de super-héros, Bryan Singer.

Mais le problème est complexe. Comment faire revenir Superman et à quel moment de son existence ? Dans quel but ? Qu'a-t-il fait durant tout ce temps ? Les éditeurs de DC Comics étant particulièrement sensibles aux problèmes de continuité au sein de leur univers, il était primordial de trouver le bon angle d'attaque pour pouvoir réinventer le personnage tout en utilisant les bases jetées dans les premiers opus. Bref, comment innover dans la continuité, comment faire du neuf avec du vieux ?

 

photo, Brandon Routh

 

Oubliées donc les aventures de Superman chez les bouseux avec Richard Pryor dans le troisième volet, oublié Nuclear Man et son look de catcheur has been des années 80 dans le numéro IV, Superman revient cinq ans après la fin de Superman II, qui vit le Dernier Fils de Krypton défaire le Général Zod et toute sa clique. Comme il est expliqué dans un très court avant-propos, notre héros est parti en trekking sur sa planète natale (ou du moins ce qu'il en reste), avant de revenir vers le monde qui l'accueilli et l'adopta, et tenter de reprendre sa place dans un monde qui a appris à vivre sans lui.

Enfin, dernière ombre de taille planant sur le tableau, celle de Christopher Reeve. L'acteur, décédé en 2004, qui incarna avec une perfection et un mimétisme confondants l'Homme de Demain, écrase encore le personnage de toute sa classe et de tout son charisme. Brandon Routh, aussi inconnu avant d'être choisi par Bryan Singer que Christopher Reeve en son temps, a-t-il les épaules assez larges pour endosser le costume bariolé de l'homme qui vole ?

 

photo, Brandon Routh, Kate Bosworth

 

Réponse, oui ! Dès sa première apparition, l'évidence s'impose, Brandon Routh est Clark Kent / Superman. Son interprétation n'est certes pas aussi fine et subtile que l'était celle de Christopher Reeve, qui parvenait, avec une gestuelle parfaite et un simple mouvement d'épaules, à passer du gauche Clark à l'invulnérable Superman, mais elle colle cependant parfaitement au personnage. Il trouve de plus en Kate Bosworth une partenaire idéale dans les escarpins vernis de l'intrépide Lois Lane. Tout juste pourrait-on reprocher à l'actrice de faire un peu jeune pour le rôle au début du film, mais la fermeté de son jeu emporte rapidement l'adhésion. La dynamique de leur relation, mise à mal par l'absence prolongée de l'homme au plus mauvais goût vestimentaire du monde, est d'ailleurs l'un des principaux moteurs du film, à l'instar du comic, qui fonctionne sur cette mécanique depuis le premier numéro.

La palme d'interprétation revient cependant à Kevin Spacey dans le rôle de Lex Luthor. Comme on pouvait s'en douter à la vue des bandes-annonces, celui-ci déballe le grand jeu dès le début et parvient à faire oublier Gene Hackman sans forcer son talent. Son interprétation, tour à tour désinvolte et féroce de l'ennemi juré de Superman, offre des nuances parfaites, et ce même si la démence fait plus que luire dans ses yeux. Sa meilleure performance depuis Usual suspects ?

 

photo, Brandon Routh

 

Avec un cahier des charges aussi chargé (sic), Bryan Singer se trouvait donc confronté à l'immense tâche de devoir s'approprier le matériau, sans rabâcher ce qui a déjà été dit dans les précédents opus de la franchise. Il évide donc initialement son écheveau avec une aisance flagrante, capturant avec un naturel confondant l'essence de Superman, super boy scout de l'espace investi d'un pouvoir immense, déchiré entre deux mondes, et qui n'a comme faiblesse que l'amour qu'il a pour son prochain (et la kryptonite bien sûr).

Par ailleurs, dès le générique de début qui rappelle de doux souvenirs, la couleur est annoncée, Superman Returns est un film extrêmement référentiel. Singer rend hommage sur hommage, qu'ils fussent à l'attention de Marlon Brando et à son inoubliable prestance, à Richard Donner et à ses maquettes du Hoover Dam, ou encore aux projets avortés de film dont le « célèbre » Superman Lives de Tim Burton. Le réalisateur multiplie les clins d'œil, les caméos et les autoréférences pour le plus grand plaisir des fans. De même, le scénario s'appuie très astucieusement sur les événements des deux premiers films pour développer son histoire, même si certains points du scénario imposent aux spectateurs d'avoir vu les deux premiers films afin d'être parfaitement assimilés.

Cependant, malgré toutes ses qualités Superman Returns n'est pas parfait, ni le chef d'œoeuvre attendu par certains.

 

Photo Superman Returns, Kevin Spacey

 

Il est d'une part prisonnier de l'archétype de son personnage. En effet, à moins de dégainer sans perdre de temps Doomsday, la féroce créature extra-terrestre qui terrassa Superman définitivement dans l'aventure publiée en 1993 et « sobrement » intitulée La mort de Superman, l'invincibilité du héros font qu'on retombe une fois encore dans des histoires où Lex Luthor cherche à dominer le monde tout en détruisant sa Némésis à coup de kryptonite (naturelle ou de synthèse), tandis que Clark tente inlassablement de se faire remarquer par une Lois Lane qui n'a toujours d'yeux que pour l'homme au slip rouge, le tout sous l'œil goguenard de Jimmy Olsen et la voix tonitruante de Perry White (anecdotique l'un comme l'autre au demeurant). Ce n'est pas que Superman manque d'adversaires, mais en l'état actuel des choses, seul Luthor occupe la scène.

N'en déplaisent aux esprits chagrins qui aimeraient voir Kal-El taper sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un méchant, la principale préoccupation de celui-ci demeure encore et toujours Lois Lane, au même titre que faire triompher la Vérité et la Justice à coup de collants aux couleurs vives. L'impossible et inextricable triangle amoureux Clark Kent / Lois Lane / Superman demeure toujours au cœur de l'histoire, et le sentiment de déjà-vu pourrait bien être fatal à ceux intéressés par plus de nouveauté ou plus d'action.

 

photo, Brandon Routh

 

À ce titre, Superman Returns offre quand même son lot de morceaux de bravoure. Les progrès techniques considérables effectués depuis les années 80, permettent enfin à Superman d'exprimer toute sa puissance. Ils lui permettent de déployer l'arsenal complet de ses pouvoirs sans que l'on ait l'impression que les acteurs aient été filmés au ralenti devant un drap bleu et sur trois caisses en bois. La fameuse scène impliquant un avion en perdition entraperçue dans la article-details_c-trailers délivre toutes ses promesses et risque bien d'être un morceau de choix pour les chanceux qui la verront projetée en IMAX-3D (pour ça, il faudra aller du côté du Gaumont situé à EuroDisney).

Ensuite, malgré tous les efforts des scénaristes, il faut bien reconnaître que le rythme s'étiole considérablement dans les trois derniers quarts d'heure. Au lieu d'emballer le récit et de faire monter le tachymètre, Singer semble refuser l'escalade et estropie un climax qui aurait pu (voire dû) s'avérer encore plus spectaculaire qu'il ne l'est déjà. En un mot, titanesque.

 

photo

 

Au final, Bryan Singer livre une œuvre très travaillée, d'une grande richesse plastique, notamment grâce à la photo éclatante de son collaborateur de longue date Newton Thomas Sigel, ciselée avec une attention évidente pour le détail et au classicisme assumé, mais tellement polie qu'elle en devient trop lisse. À l'image de son héros à la raie gominée et à l'accroche-cœur inoxydable, rien ne dépasse, et c'est bien là le problème. Le film respire à un rythme très convenable durant la première moitié, mais le dernier tiers perd le tempo nécessaire pour le climax et l'épilogue s'avère, si ce n'est raté, du moins beaucoup trop long et démonstratif.

On pourrait aussi reprocher à Bryan Singer et à ses scénaristes de n'avoir pris aucun risque avec le matériau, mais cela serait revenu à agiter une hache à double tranchant, avec tous les risques que cela comporte de se la prendre dans la figure. Superman est une icône dans le sens le plus pur du terme, et il apparaît pour le moment prématuré de commencer à remuer dans les brancards. Il sort d'une longue période de convalescence, la rééducation, difficile, s'est tout de même achevée avec succès, et il sera grand temps dans les suites à venir de passer la seconde et de secouer le cocotier.

 

Affiche

Résumé

Malgré ses défauts, Superman Returns demeure quand même la Rolls du film de super-héros. Il suffit de lorgner du côté du concurrent Marvel et de son X-Men 3 frelaté, ou d'un plan fabuleux voyant Superman dominer notre petite planète bleue de toute sa majesté et de toute sa gloire, pour mesurer l'ampleur du fossé qui sépare les Grands des Petits. Superman est de retour !

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commentaires
Flo
28/02/2020 à 10:11

La plus grande qualité de ce film trop sous estimé est aussi un peu son défaut, il s’agit d’une superbe « madeleine de Proust ».
Toujours le thème de Williams, toujours Lex Luthor faisant le clown avec ses envies de territoires (et pourtant c’est Kevin - Söze - Spacey qui l’incarne)…
A l’ère de l'après "Matrix" et du début de Marvel et Nolan, ça fait un peu beaucoup... mais bon c’est quand même un beau film dramatique et une conclusion satisfaisante au diptyque originel avec Chris Reeve.
Disons nous surtout qu’avec ces scènes gracieuses de vol, et son final avec l’enfant qui vous serre autant le coeur que dans "La Vie est belle" de Capra, le voyage aura valu le coup.
Fin de la parenthèse.
Up, up and away !

-Conseil cinéma et comics pour lieux apprécier le film: Les même que pour le premier film de 79, avec un peu du coté « outcast » des "X-Men".

serpico
16/11/2017 à 17:01

Bryan singer et Kevin Spacey sur le même plateau... planquez les gosses!!

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