Walk the line : critique

Stéphane Argentin | 10 février 2006 - MAJ : 27/02/2020 14:37
Stéphane Argentin | 10 février 2006 - MAJ : 27/02/2020 14:37

S'il y a un domaine artistique qui inspire tout particulièrement le cinéma, c'est bien celui de la musique. Qu'il s'agisse de compositeurs classiques (Amadeus), de groupes de rock (The Doors) ou bien de chanteurs solo de pop (Purple rain), de rap (8 Mile, Réussir ou mourir) ou encore de jazz (Ray), on ne compte plus le nombre de (télé)films retraçant les hauts et les bas de la carrière de ces artistes qui ont marqué à jamais de leurs notes l'histoire de la musique. Par bien des aspects, Walk the line se rapproche d'ailleurs énormément de la biopic de Ray Charles réalisée par Taylor Hackford.

Dans un cas comme dans l'autre, les deux projets ont tout d'abord été supervisés de près par les principaux intéressés. Et bien que Johnny Cash n'ait pas pu découvrir le résultat définitif comme ce fut le cas de Ray Charles quelques mois avant sa disparition, les deux coscénaristes de Walk the line avaient amorcé le projet suffisamment en amont de la sortie du film, et rencontré le chanteur à de multiples reprises, pour aboutir à une biopic aussi proche que possible de la réalité, ainsi que de l'autobiographie rédigée par Cash. Il en résulte alors un film d'une incroyable justesse narrative, laissant de côté tout débordement, en bien comme en mal (pas de déification ni de victimisation omnipotentes), et se focalisant uniquement sur les instants clés de sa vie.

 

photo, Joaquin Phoenix

 

Si ces deux hommes ont inscrit leur empreinte dans le grand livre de la musique, c'est aussi et avant tout par leurs débordements caractériels dus, d'une part à des excès de substances parfaitement illicites, mais aussi et surtout à un traumatisme d'enfance (la perte de la vue dans le cas de Ray Charles, et celle de son frère aîné dans le cas de Johnny Cash), ainsi qu'à une relation ambivalente à l'égard de la figure paternelle (impeccable Robert Patrick dans le rôle du père de Cash). Ces sentiments profondément enfouis qui meurtrissent seront la source de coups de gueule et d'autant de coups de génie dans la discographie de Cash (et de Charles).

 

photo

 

Pour autant, cette causalité ne serait rien sans des interprètes à même de la faire rejaillir à l'écran. Là se situe d'ailleurs la (seule) différence entre les deux films, car si Walk the line ne s'intitule pas Johnny, c'est pour la simple et bonne raison qu'une grande partie de la vie de Cash était étroitement liée à celle d'une autre personne (tous deux mourront à quelques mois d'intervalle) : June Carter, celle qui le fera revenir dans le « droit chemin » (Walk the line). À l'écran, Joaquin Phoenix et Reese Witherspoon (tous deux présents sur l'affiche contrairement à celle de Ray) ne prêtent pas uniquement leurs traits (dont certains assez ressemblants avec leurs modèles au-delà des arrangements capillaires) et leur voix (ils chantent eux-mêmes les chansons, tout comme Jamie Foxx dans Ray), ils redonnent littéralement vie à leurs défunts modèles. Joaquin Phoenix n'avait pas campé un personnage meurtri avec une telle conviction depuis ses rôles successifs dans Gladiator et The Yards tandis que Reese Whiterspoon n'avait pas brillé dans un rôle aussi fort et touchant depuis le méconnu Freeway.

 

photo, Reese Witherspoon

 

L'alchimie entre les deux évolue et fonctionne à tel point que la déclaration finale (pourtant attendue puisque l'on sait qu'ils finiront leur vie ensemble) opère telle une véritable soupape de bonheur, non seulement pour les personnages, mais aussi pour le spectateur après le long et douloureux parcours orchestré par le script coécrit par le scénariste- réalisateur James Mangold qui confirme tout le bien que l'on pensait de lui en matière de drame après ses premières armes sur Copland et Une Vie volée. Un film qui avait d'ailleurs valu un Oscar à Angelina Jolie. Un signe pour le couple Phoenix-Whiterspoon, déjà détenteur d'un Golden Globe pour leurs interprétations respectives ?

 

Affiche française

Résumé

En attendant d'avoir la réponse à cette question, que l'on connaisse ou non la vie et les œuvres de Johnny Cash (encore que, qui n'a pas entendu au moins une fois dans sa vie The Ring of fire ou encore la chanson-titre ?), Walk the line reste le parfait exemple à la fois tout en force, en sobriété et en justesse, de la biographie réussie d'une des légendes de la musique.

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