Gagarine : critique pleine de rêves

Alexandre Janowiak | 26 janvier 2022
Alexandre Janowiak | 26 janvier 2022

Gagarine, ce soir à 22h45 sur Canal+.

Avec Gagarineadapté de leur court-métrage éponyme, le duo Fanny Liatard et Jérémy Trouilh a réalisé son premier long-métrage autour de la démolition de la cité Gagarine d'Ivry-sur-Seine. Après de longs mois d'attente et sa prestigieuse sélection dans le Label Cannes 2020, ce premier film plein de rêves a débarqué sur grand écran le 23 juin 2021.

CITÉ DE L'ESPACE

Gagarine s'ouvre avec de nombreuses images d'archives et notamment celles où le fameux cosmonaute Youri Gagarine inaugure la cité qui portera son nom. Indiscutablement, à cette époque, cet immense bloc de briques rouges contenant plus de 370 logements est le symbole de toute une population défavorisée. En ce mois de septembre 1963, c'est l'incarnation même de leur espoir, du progrès et de l'avenir meilleur qui les attend. Sauf que rapidement, le long-métrage bascule dans le présent et désintègre cette utopie collective.

Plus de cinquante ans après son inauguration, la cité Gagarine est devenue un immense bloc de bâtiments voués à être détruits. Et avec ça, ce sont tous ses habitants qui vont se retrouver orphelins de leur passé, mais aussi forcés à repenser leur futur. Dès ses premiers instants, Gagarine s'engouffre donc dans le drame et le réalisme social, objectif indiscutable du duo Liatard-Trouilh à la mise en scène, également chargé du scénario avec leur co-scénariste Benjamin Charbit.

 

Photo Lyna Khoudri, Alséni BathilyDerrière le drame social ordinaire...

 

À l'instar du récent Les MisérablesGagarine explore donc cette vie en cité, régulièrement pointée du doigt, stigmatisée, mais souvent incomprise par ses propres détracteurs. La démolition de la cité Gagarine est plus que la simple destruction de bâtiments vieillis par le temps. C'est finalement le symbole d'une politique qui a échoué à relever les plus fragiles, les plus démunis et qui a finalement décidé de les abandonner, voire de les accabler en les obligeant à quitter le lieu qu'eux seuls avaient réussi à apprivoiser.

Rien de bien original dans le propos donc sur le papier, et pourtant, Gagarine se démarque des innombrables longs-métrages ayant suivi les traces du coup de poing asséné en 1995 par Mathieu Kassovitz avec  La Haine.

 

Photo Alséni Bathily... se cache un fantastique imaginaire

 

SUR TERRE, TOUT LE MONDE PEUT LES ENTENDRE CRIER

Si Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sont bien décidés à rendre un hommage évident à cette cité désormais disparue (elle a été détruite en 2019) et à même faire de leur film un outil de mémoire à part entière, ils ont eu la brillante idée de ne pas s'enliser dans le quasi-documentaire. C'est ici que Gagarine gagne toute son authenticité et sa sincérité, en suivant cette destruction programmée à travers les yeux de Youri (Alséni Bathily), un adolescent prêt à tout pour sauver sa cité qu'il voit depuis toujours comme son "vaisseau spatial".

Ainsi, le réalisme social est gargarisé par la touche fantastique s'emparant peu à peu du récit. Dès les premiers instants déjà, à travers la mise en scène et l'ambiance sonore très mécanique, le film donnait vie à cette cité. Entre les cadres jouant avec la géométrie des bâtiments et les mouvements souvent verticaux de la caméra pour donner de l'ampleur aux imposants blocs, les réalisateurs en faisaient un personnage à part entière. Une sorte de vaisseau-mère perclus de défauts, mais source de l'imaginaire, des rêves.

En plongeant pleinement dans le délire spatial de leur héros, le duo s'aventure alors dans les confins d'une oeuvre cherchant à percer l'âme des lieux et de ses habitants sous un prisme beaucoup plus poétique et un engagement plus audacieux.

 

Photo Alséni BathilyUn plan sublime

 

Une originalité particulièrement enivrante pour un film français, faisant de Gagarine une oeuvre profondément unique et détachée du tout-venant. Ainsi, à travers le regard de Youri, mais aussi de ses amis Diana (excellente Lyna Khoudri), Houssam (Jamil McCraven) et Dali (Finnegan Oldfield), le film se meut au fil des minutes en un récit presque hors du temps voire en apesanteur. D'autant plus avec sa dimension très meta, le film ayant été tourné pendant le démantèlement de la cité, la fiction rejoint pleinement la réalité (et inversement).

De fait, en mêlant à la fois fable sociale et réalisme magique, drame humain et conte fantastique (un peu comme avait pu le faire le très réussi La Lune de Jupiter), Liatard et Trouilh finissent par pleinement jouer avec les codes du genre, sans jamais (ou presque) en oublier le message politique qu'ils veulent transmettre. La grande envolée cosmique finale en est la plus belle preuve, fusionnant le sujet social réel au contexte onirique de la fiction grâce à la puissance du cinéma.

À travers cette ceinture de lumières, ces milliers de regards, ces ultimes souffles, ces ultimes sons et ces ultimes larmes, le dénouement de Gagarine dévoile alors ses véritables intentions : se faire le cri de SOS d'une génération forcée à se replier sur elle-même et proche d'être réduite au silence si rien ne bouge, et malgré sa grande richesse intérieure. Vibrant.

 

Affiche française

Résumé

Savamment pensé et mis en scène, Gagarine est un premier film au message politique aussi puissant que son onirisme enivre et émeut.

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Lecteurs

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commentaires
X-or
27/02/2022 à 12:18

Les effets de style trop nombreux étouffent le film et masquent un scénario sommaire.

Le film apparaît donc long alors qu'il ne l'est pas.


28/01/2022 à 00:19

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Guéguette
27/01/2022 à 10:30

J'étais fan du concept...mais j'ai trouvé ça chiant et parfois un peu artificiel...la deuxième moitié est redondante, la tension dramatique fout vite le camp et la "puissance poétique" ne suffit pas à relever le tout.

Rico
26/01/2022 à 18:37

Drame sociale+rêverie poétique+jeunesse laissés pour compte= échec financier et film dont tout le monde se fout y compris la jeunesse perdue qui préfère Spider-man ou Bac Nord a des trucs pseudo engagés fabriqué par des rebelles sans cause qui s’ennuie.

Skill33
10/10/2021 à 01:05

@McCoy

C'est beau d'écrire de la merde !
Encore plus quand cela devient public.
Le poussif onirique qui vie dans une grotte, l'empathie au fond du Luc, c'est toi mon garçons.

Ta pas suffisamment de vécues pour écrire ce genre de com.

Et encore moins compris le film/réalité.

McCoy
24/06/2021 à 20:03

Encore un film de quartier qui tente de masqier son idéologie à l'aide d'un onirisme poussif pour le coup raccord avec le déni du réel propre aux films pseudo sociaux français.

Carlito B.
24/06/2021 à 00:02

Gagarine...
Je n'ai pas vu le film, ni la BA, ni la critique... pourquoi poster alors ? Parce que je connais un peu cette cité. J'ai vécu à Ivry (mais pas à Gagarine), pendant plus de 40 ans. Mais du coup, ce que je vais dire (ou plutôt écrire) sera peut-être à côté de la plaque.
Gagarine est surtout le symbole de l'abandon d'un quartier par des politiques, avec une ghettoïsation en bonne et due forme, préférant mettre en périphérie du centre ville et près de la voie ferrée une certaine population, laissant les logements sociaux du centre, pourtant construits à la même époque, à ceux qui ont le mérite d'avoir la carte du parti. Un secret de polichinelle et les mutations sociologiques des cette cité sont très bien décrites par David Gouard, sociologue et spécialiste de la banlieue rouge.
Cette cité souffrait d'une très mauvaise réputation depuis des décennies. Et le programme de rénovation urbaine a traîné pendant des lustres. Les opérations de démolition-reconstruction permettront de désenclaver ce quartier, de le rendre plus accessible. Alors certes, d'aucuns en auront une certaine nostalgie, compréhensible quand on y passé toute sa jeunesse, mais de ce que j'ai vu, et de ce que me décrivaient déjà mes amis au collège qui y vivaient, ça ne vendait pas du rêve. Le film aura peut-être une toute autre portée, Mais en l'état, je ne sais pas encore si j'irai le voir....

Numberz
23/06/2021 à 13:32

Je déteste les films de quartiers, mais celui ci, quand j'ai vu la bande annonce, j'ai de suite eu envie de le voir. Vous confirmez mes impressions. Check-list..

Kyle Reese
23/06/2021 à 12:45

J’ai entendu une belle critique sur nova ce matin, la vôtre confirme la singularité de cette œuvre.
En tout cas je trouve l’idée du film très belle. Quand on regarde les images d’archive de la promotion des nouvelles cités par les urbanistes et architecte de l’époque, 60/70, qui promettaient un avenir moderne et radieux dans ces nouveaux quartiers, ça laisse songeur. L’erreur est humaine mais à ce point.

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