Mortal Kombat : critique sous zéro

Mathieu Jaborska | 12 mai 2021 - MAJ : 12/05/2021 15:33
Mathieu Jaborska | 12 mai 2021 - MAJ : 12/05/2021 15:33

Après une série B inoffensive passée à la postérité grâce au rire de Christophe Lambert et à un hymne Eurodance, ainsi qu'une suite repoussant les limites de la laideur numérique de la fin des années 1990 par pure flemme, la licence Mortal Kombat devait renaître de ses cendres au cinéma via Warner et le réalisateur Simon McQuoid. Mais contrairement à la trilogie vidéoludique de NetherRealm Studios et malgré un casting alléchant constitué de Joe TaslimJosh LawsonLewis Tan ou encore Hiroyuki Sanada, l'adaptation tant attendue ne restitue rien de la folie furieuse de son modèle. Attention mini-spoilers !

Choose your fighter

La réussite d'une adaptation de Mortal Kombat dépend de la manière d'appréhender sa narration. La saga assumant avoir brodé une mythologie complètement azimutée à partir du charisme de ses personnages, restituer un scénario ne tenant qu'à leur pluralité en moins de deux heures relève de la mission suicide. C'est pourtant exactement ce que cette nouvelle version, dont le principal argument de vente est la fidélité, tente d'accomplir. Mortal Kombat 2021 compte bien multiplier les protagonistes iconiques, quitte à les mépriser tout autant.

Une énorme partie du roster des deux premiers opus se retrouve donc à l'affiche. Mais sans les avantages du support jeu vidéo, en tête desquels une durée de vie très élevée, ils servent surtout à habiller les arrière-plans, camoufler les plus honteux des décors en plastique ou surtout servir de chair à canon pour les sacro-saintes fatality, les exécutions gores ayant fait la réputation de la licence, dont la présence était garantie.

 

photo, Sisi StringerExpendables

 

Un vide abyssal contaminant autant les nombreux personnages secondaires que les héros. En ça, le combattant introduit pour remplacer un Liu Kang probablement jugé trop exotique pour cristalliser les enjeux (et qui se retrouve à jouer les monsieurs exposition auprès de Raiden) est un aveu d'échec assez évident. Incapable de composer avec la folie pure des monstres, entités et guerriers mis à leur disposition, la tripotée de scénaristes s'est rabattu sur une figure américaine interchangeable tel qu'il en pullule dans les origin stories bas du front chères à l'Oncle Sam.

 

 

Et si tout ce petit monde se débat autant avec l'univers créé par Ed Boon et John Tobias, c'est tout simplement parce qu'il ne comprend pas ce qui fait sa force. Mortal Kombat, franchise rigolarde par excellence et rarement dernière pour se moquer de ses propres facilités, n'a jamais fait grand cas de son intrigue, toujours pensée comme un pastiche de culture populaire. Affreusement premier degré, le scénario se permet ce que même le long-métrage de Paul W.S. Anderson n'avait osé faire : passer les pouvoirs délirants des kombattants au crible de la rationalité hollywoodienne, réduisant le délire régressif du matériau d'origine à l'éternelle rengaine de l'élu en quête de son pouvoir enfoui.

 

photo, Ludi LinKenny Arcana

 

Fan Toss

Une catastrophe à tous les étages, dont il n'est pas difficile de repérer l'épicentre. Le ver était dans le fruit avant même le tournage. La genèse de Mortal Kombat n'était à l'origine motivée que par un seul argument marketing : le fan service. Le jeu en étant lui-même rempli à ras bord, des exécutifs au nez creux ont alors chargé une armée de scénaristes et un contractuel directement issu du monde de la pub de fabriquer un produit destiné à faire du pied aux fans, nouveau coeur de cible des majors les plus cyniques.

Sauf que l'entreprise ne témoigne finalement que du mépris que ces exécutifs ressentent à leur égard, et d'une énième confusion entre le respect et la citation. Des citations, il n'en manque pas dans cette cuvée 2021, des subtils graffitis du fond d'un décor aux répliques déclamées avec lourdeur, récitant la quasi-intégralité des phrases les plus célèbres de la saga. Cependant, on n'y trouve nulle trace du culte de la surenchère directement hérité des splatter movies des années 1980 et 1990 (caractéristique de la franchise) ni son fameux humour noir, aussi gentiment provocateur qu'irrésistible.

 

photo, Hiroyuki SanadaLe roi Scorpion

 

Les stages glauques, parsemés de cuves d'acide et de piques acérées, laissent place à des temples génériques, les personnages les plus amusants sont amputés de leurs passifs cruels et surtout la violence se limite au contractuel. Atrocement schématique, la production se contente de répliquer à l'identique certaines des meilleures fatality, pixels compris, sans pour autant livrer le bain de sang promis. Où sont les giclées d'hémoglobine surréalistes des premiers opus ? Où sont les mutilations complètement absurdes de la dernière trilogie ? Pas dans le contrat de McQuoid en tout cas, mandaté pour livrer un film d'action banal accolé de quelques clins d'oeil forcés.

En résulte logiquement une sensation de gâchis, d'autant que les responsables de cette mascarade ont tenu à impliquer certains des monstres les plus méchants pour les déposséder de leur potentiel. Mileena, sadique princesse génétiquement modifiée, révèle sa dentition fournie... avant de disparaître sans même avoir eu l'occasion de s'en servir. Kabal, armé de crochets de boucher et redoutable sprinteur, doit se contenter d'une rixe anecdotique où ses habilités sont à peine esquissées. Autant de coups de coude cyniques assénés à un spectateur noyé dans sa propre frustration.

 

photo, Sisi StringerWarner fait de la lèche aux fans

 

Test your might

Conséquence tragique du trop-plein de personnages et de la stratégie bassement mercantile de ses auteurs, le long-métrage ne peut même pas prétendre s'élever au-dessus de la moyenne des actioners hollywoodiens classiques. Comble du je-m'en-foutisme, il entreprend de saboter les performances de quelques artistes martiaux de talent, dont l'embauche n'aura finalement servi qu'à appâter les naïfs amateurs de castagne que nous sommes.

Certes, les chorégraphies orchestrées par Chan Griffin, cascadeur sur Wolverine : Le combat de l'immortel et même responsable d'une séquence de La Légende de Baahubali : 2ème Partie, sont loin d'être honteuses, servies par de véritables professionnels limitant l'usage de doublures numériques. Mais la très courte durée de la plupart des affrontements, la sous-exploitation scandaleuse des capacités des forces en présence et surtout la mise en scène de McQuoid, suivant à la lettre le cahier des charges transmis par Warner et New Line, n'ont de cesse de massacrer leur performance.

 

photo, Jessica McNamee, Josh LawsonLe prisonnier du désert

 

Bâtards bizarroïdes d'ambitions martiales timides mais réelles et d'une esthétique s'obstinant à surdécouper et malmener les rapports d'échelle, les séquences de baston de Mortal Kombat semblent être les fruits de lâches compromis. Et ce n'est pas l'implémentation de certains coups directement importés des jeux dans le dernier combat, légèrement plus généreux que ses prédécesseurs, qui arrache le tout à sa fainéantise et rattrape des montages alternés franchement irritants.

Alors que le petit succès de la chose lui garantit probablement un lot de suites pas beaucoup moins paresseuses, on restera convaincu que la meilleure adaptation de Mortal Kombat reste The Night Comes For Us, dans lequel un Joe Taslim en bien meilleure forme cède à une surenchère gore digne des jeux les plus jouissifs. Tant que les majors continueront à prendre les joueurs pour des abrutis, elles se feront toujours doubler sur le terrain de l'action.

Mortal Kombat sera disponible en VOD dès le 12 mai 2021 en France

 

Affiche US IMAX

Résumé

Mortal Kombat transforme le plus délirant des déferlements de violence en produit marketing racoleur et les plus compétents des artistes martiaux en silhouettes difformes. C'est la plus tragique de ses fatalités.

Autre avis Alexandre Janowiak
Outre quelques jolies chorégraphies et de rares mises à mort sanglantes, Mortal Kombat ressemble surtout à une longue bande-annonce vide et interminable, teasant si mal la franchise à venir qu'on a déjà envie qu'elle s'arrête.
Autre avis Simon Riaux
Abyssale escroquerie, même pas capable de dupliquer l'atmosphère de bisserie décomplexée des deux nanars qui l'ont précédé, Mortal Kombat est une ode vibrante à l'énucléation sauvage.
Autre avis Arnold Petit
Loin des combats intenses et des torrents d'hémoglobine promis à l'origine, Mortal Kombat se prend beaucoup trop au sérieux pour comprendre pleinement l'univers qu'il massacre sans vergogne. Et ce ne sont pas Hiroyuki Sanada ou le fan service qui vont changer grand chose au désastre.
Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(2.7)

Votre note ?

commentaires
Yes
13/05/2021 à 13:28

@Snake

Et le public visé sont les ados (comme le film de 1995)....

Par exemple de tous les films sortis récemment, mon fils et ses potes (14 ans de moyenne) me disent que c'est leur film préféré du moment et de loin

Comme pour le MK de 1995 (qui s'était fait démonter à sa sortie) ce sont les ados qui en feront un film culte avec les années.... (comme la plupart des narnards culte d'ailleurs, coucou NY1997, LA2013, Jack Burton big trouble in Little China, Chucky, les JCVD années 90 etc.... Aucune comparaison entre films mais simplement du phénomène de réhabilitation avec le temps, généralement les ados qui deviennent adultes et gardent ses films dans leur cœur par nostalgie)

Snake
12/05/2021 à 20:01

Un film pour les fans et rien de plus. Le jeu est deja nanardesque, c'est une excellente adaptation, ni plus ni moins.

Yellow submarine
12/05/2021 à 17:23

Ce film est vide. Vide de tout. Et pourtant l’esthétique n’est pas degueulasse mais ils ont oublié d’engager des scénaristes et un réal. C’est con.

Rayan
12/05/2021 à 17:19

@dams50

Sérieusement qu'est ce qu'il fait là ?? Il avair largement plus de classe dans ses 50 secondes dans Endgame que dans cette merd*

Rayan
12/05/2021 à 17:11

Comment tu peux faire un film à partir d'un jeu vidéo de combat face à face de style MK ( qui est un des meilleurs jeux de genre comprenez ) je ne comprendrais jamais

Après vous me diriez qu'ils ont réussi à faire un film sur les emojis donc...

DjFab
12/05/2021 à 15:03

C'est pas toujours le cas, mais là je suis d'accord avec cette critique ! Ca aurait pu être tellement mieux !

Fabio16
06/05/2021 à 17:36

Perso, jai beaucoup aimé.
Des effets spéciaux cohérents avec pas mal de combats plutôt bien menés.
Je trouve la critique de l'article trop poussée et exagérée dans le negatif. Mais le résultat au box office est évidemment très positif ce qui est suffisamment révélateur.

Yes
05/05/2021 à 18:05

@lolipop

55 millions le budget de production de MK (96 ça doit être avec le marketing et hellboy doit être dans les mêmes eaux aussi)

Source : le très respecté Variety https://variety.com/2021/film/news/mortal-kombat-demon-slayer-movie-box-office-1234959555/

lolipop
05/05/2021 à 17:46

96 millions de budget pour MK....

Yes
05/05/2021 à 10:46

@Lolipop

Hellboy et MK 2021 ont le même budget, une cinquantaine de millions de dollars chacun

Les CGi et costumes sont plutôt réussi pour MK et le casting est pas mal aussi (même si ça manque d'une tête d'affiche bankable)

MK 2021 est le début d'une longue franchise (séries et films) on en reparle bientôt

Plus
votre commentaire