Batman : Soul of the Dragon - critique fracassante comme Bruce Lee

Arnold Petit | 4 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Arnold Petit | 4 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

En attendant que Wonder Woman 1984 puisse (enfin) sortir en France et que le Chevalier Noir fasse son retour au cinéma dans The Batman, les fans des super-héros DC peuvent plus ou moins se consoler avec les films de Warner Bros. Animation, qui continuent d'avancer dans leur coin. Après le sympathique Superman: Man of Tomorrow (dont vous lire notre critique ici), c'est désormais au tour de Batman d'avoir le droit à un récit inédit avec Batman : Soul of the Dragon, même si ce n'était vraiment pas nécessaire.

LA FUREUR DU BATMAN

Depuis que la continuité établie avec La Ligue des Justiciers : Le Paradoxe Flashpoint s'est achevée avec l'impressionnant Justice League Dark: Apokolips War (dont vous pouvez retrouver notre critique ici), l'univers des films d'animation DC attend d'être relancé. Mais Warner Bros. Animation a plutôt préféré se concentrer sur des projets séparés les uns des autres et miser sur une certaine diversité artistique. Après avoir revisité les origines de Superman, le studio a annoncé un autre film, consacré à Batman, qui ne serait pas adapté d'un comics, se déroulant dans les années 70, avec une ambiance de film de kung-fu et un des papas de Batman, la série animée à la production, le légendaire Bruce Timm.

Une combinaison plus que réjouissante qui promettait un délire empli de nostalgie et de nunchakus, d'autant que les films d'animation DC détachés de la continuité du DCAMU sont souvent les meilleurs, comme l'ont prouvé Batman : Les Origines, l'obscur Batman : Gotham by Gaslight, le surprenant Superman : Red Son ou le génial Batman & Harley Quinn, également produit par Bruce Timm. Malheureusement, même si l'idée faisait rêver sur le papier et que le film possède quand même certaines qualités, le plaisir s'est assez vite dissipé pour laisser place à l'amertume.

 

photoÇa a l'air dégagé

 

DRAGON, RICHARD DRAGON

Alors qu'il n'en est encore qu'à ses débuts en tant que Batman, Bruce Wayne reçoit la visite de son vieil ami Richard Dragon, avec qui il s'est entraîné plus jeune. L'espion lui raconte qu'il essaie d'empêcher Kobra et ses partisans d'invoquer un dieu maléfique et les deux héros décident donc de l'arrêter en s'alliant avec ceux qui ont pratiqué les arts martiaux avec eux à Nanda Parbat et reçu l'enseignement du sage O-Sensei : Lady Shiva, qui s'est hissée à la tête du crime organisé dans Chinatown à Gotham, et Bronze Tiger, devenu un prof de karaté dans un quartier défavorisé.

Avec sa séduisante scène d'introduction et son générique, Batman : Soul of the Dragon emprunte clairement aux vieux James Bond, mais s'inspire surtout d'Opération Dragon. Il rend d'abord hommage aux années 70, à la blaxploitation et aux séries B d'arts martiaux qui ont bercé cette époque.

 

photoLady Shiva, badass, fidèle à elle-même

 

Et le film de Sam Liu l'assume jusqu'au bout, avec les fameuses séquences d'entraînement où les élèves doivent casser une pierre à mains nues, un Richard Dragon devenu une sorte de Bruce Lee agent secret, une parodie de Chuck Norris ou encore un Bronze Tiger qui pioche manifestement du côté de Jim Kelly et de ses rôles dans le film de Robert Clouse et La Ceinture noire.  En revanche, si elle contribue encore un peu plus à l'atmosphère nostalgique du film, la musique funky de Joachim Horsley façon Shaft : Les nuits rouges de Harlem devient omniprésente, et donc rapidement insupportable.

Sachant qu'elle sert avant tout de prétexte pour pouvoir enchaîner les affrontements et autres courses-poursuites, l'intrigue va à l'essentiel et préfère entièrement se reposer sur l'action et son rythme effréné, ce qui ne l'empêche pas d'accumuler quelques longueurs pour autant. Malheureusement, même si elle tente de faire un effort pendant les scènes de combat, l'animation reste plus que moyenne, dans le même style dépassé des autres productions de Warner Bros. Animation, et ne parvient pas à porter les ambitions de ce récit finalement pas si original.

 

photoAvec, évidemment, le fameux one inch punch

 

ON ME VOIT, ON ME VOIT PLUS

Alors qu'il semblait proposer une histoire simple, mais efficace à base d'espionnage et de grosses bastons, le scénario de Jeremy Adams retombe rapidement dans les poncifs du genre super-héroïque, avec une équipe de héros qui doit sauver le monde de la menace d'un gros vilain méchant qui tue les gens pour le plaisir.

Un récit plus que basique, qui se tire une balle dans le pied et ne s'intéresse pas du tout à ses personnages, préférant les faire affronter des ninjas ou de gros serpents de l'Enfer plutôt que de consacrer un minimum de temps à leur développement. Les flashbacks qui ponctuent la narration, en plus de venir couper le rythme, n'apportent peu ou pas grand-chose et ne servent qu'à établir de façon sommaire les relations entre les différents membres de la bande, sans rien dévoiler de leur passé ou leurs motivations.

 

photoL'armée des ombres

 

Bruce Wayne a du mal à concilier sa quête de justice et sa vie personnelle et le fardeau de la cape semble de plus en plus lourd à porter, mais le film n'explore jamais les doutes qu'il peut ressentir. D'ailleurs, Batman : Soul of the Dragon n'est même pas vraiment consacré au Chevalier Noir.

Ce Batman effacé et débutant permettait de montrer le justicier sous un nouveau jour, loin du héros tel qu'on le connaît, mais le film le traite, au mieux, comme un personnage secondaire, qui ne sert que les intérêts du scénario en fournissant un moyen de transport ou des armes aux autres. Et les rares fois où Bruce Wayne enfile son costume (à la demande des autres), il se contente de gentiment les suivre sans piper mot pendant que Richard Dragon lui vole la vedette.

 

photoLa Ligue des Bras Cassés

 

Le scénario était pourtant l'occasion de revenir sur les origines du héros et de montrer l'entraînement de Bruce Wayne aux arts martiaux lors de son voyage autour du monde, en puisant dans le travail de Dennis O'Neil autour des personnages de Batman et de Richard Dragon dans les années 70, mais le film est trop préoccupé à multiplier les séquences d'action pour exploiter les émotions de ses personnages qui méritaient mieux que ça. En espérant que Justice Society : World War II viendra compenser la déception, en plus de relancer la continuité de l'univers des films d'animation DC.

Batman : Soul of the Dragon est disponible en numérique depuis le 12 janvier 2021 et en format physique à partir du 17 février

 

Affiche officielle

Résumé

Malgré son hommage appuyé aux années 70, à James Bond et aux films de Bruce Lee dans son esthétique et sa musique, Batman : Soul of the Dragon n'a hélas rien de bien passionnant, alors qu'il avait pourtant tout ce qui fallait pour devenir un film d'animation DC unique en son genre.

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Lecteurs

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commentaires
zetagundam
05/02/2021 à 22:08

Pour le coup je vous trouve plutôt dur avec ce film.
Ok, cet épisode est loin d'être parfait et Batman n'est là que pour faciliter la vente du film mais pour le reste on passe quand un moment sympa avec en plus, si je ne me trompe pas, un clin d'oeil à James Bond sous les traits de George Lazenby.

Concernant la réalisation, celle-ci est correcte mais sans plus mais nous sommes quand même au dessus du dernier "Superman : Man of tomorrow" et son animation "flash" mollassonne et, si j'en juge à sa bande annonce, au prochain "Justice Society : World War II " qui lui semble vraiment touché le fond en terme de réalisation et surtout d'animation "flash' en 3 images/seconde.
Pour terminer, la musique est sympa et correspond bien à la période même si je la trouve mixé trop forte

evaman10
05/02/2021 à 09:04

Tout à fait d'accord avec votre critique, très déçu de ce film. Pourtant je suis amateurs des DC animated d'habitude. Mais là... Je n'ai pas pu !

Moixavier58
04/02/2021 à 21:27

Son gros probleme, c'est le cote fantastique

Numberz
04/02/2021 à 21:19

Absence de Steelbook + film relativement nase ? OK j'attendrais les promo

Kolby
04/02/2021 à 20:38

J'aurai tellement préféré qu'on puisse les faire maintenant qu'en 3D saurait été un plus.
Bizarrement, les 2D je n'en peux plus

RobinDesBois
04/02/2021 à 16:39

"la musique funky de Joachim Horsley façon Shaft : Les nuits rouges de Harlem devient omniprésentes, et donc rapidement insupportables."

Rien que pour ça je vais visionner ce film !

De la blaxploitation sans une bonne BO soul jazz funk n'est pas de la blaxploitation. C'est d'ailleurs souvent ce qu'il y a de plus réussi dans ces films. En tout cas tout cas cette critique a plus que suscité mon envie, tout ce qui vous pointez du doigt comme des défauts m'apparait comme des qualités ^^

Et puis si la même équipe que celle derrière Batman & Harley Quinn l'un des meilleurs films d'animation DC je vois pas comment ça peut être râté :o

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