Archive : critique Ex Moonchina

Mathieu Jaborska | 7 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Mathieu Jaborska | 7 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

La sélection de science-fiction du festival de Gérardmer était de très bonne qualité cette année. La preuve avec PossessorSputnik, l'excellent Come True et ce Archive, réalisé par Gavin Rothery et avec Theo JamesStacy Martin et Rhona Mitra. Un long-métrage plus original qu'il n'y parait, très influencé par Ex Machina et Moon. Cerise sur le gâteau, il est disponible en Blu-ray et DVD depuis le 3 février. Une très bonne excuse pour écrire une petite critique à son sujet.

esprit de synthèse

Y’a-t-il un thème d’anticipation que le cinéma a moins poncé que l’intelligence artificielle ? Ces derniers temps, avec l’émergence et la domination culturelle des GAFA, qui créent leurs propres prototypes, le sujet n’a de cesse de revenir dans la fiction, dans des mains plus ou moins expertes. Il est impossible pour tout amateur de science-fiction au courant des tendances du moment de ne pas penser à Ex Machina avant de se lancer dans Archive. Le film réalisé et scénarisé par Alex Garland, un auteur désormais considéré comme une véritable figure de proue du genre, est mine de rien devenu une référence de la question.

Et le long-métrage de Gavin Rothery, qui doit pour sa part encore gagner sa légitimité, lui ressemble beaucoup à première vue. Il est question d’un acte de création isolé, d'un génie broyé entre son humanité et les grosses corporations qui l'emploient, prêtes à s’approprier une puissance dévastatrice, et du problème crucial de l’interaction émotionnelle et sexuelle, dernière frontière entre la machine et la réalité de l’intelligence humaine.

Que des thématiques qui transparaissent donc dans Archive, portées cette fois par le duo Theo James / Stacy Martin. On pourrait logiquement craindre de l’opération une forme de repompe. Et vu le nombre de produits similaires voués à sombrer à jamais dans l’oubli, l’inquiétude est justifiée. S’attaquer à la question de l’intelligence artificielle en 2021, c’est se forcer à faire preuve d’un minimum d’originalité. Et contre toute attente, le film relève le défi en puisant dans une œuvre moins attendue : Moon, pour lequel le cinéaste a officié en tant que concept artist.

 

photoUne station pas très accueillante

 

I, Robot

En effet, les débuts de Rothery à la mise en scène font beaucoup penser aux premiers essais très prometteurs de Duncan Jones. Outre la culture du sentiment de solitude et l’importance donnée à un robot en tant que personnage principal, on y retrouve cette capacité à détourner les problématiques existentielles supposées par le pitch pour retracer un itinéraire personnel, avec un peu d’émotion à la clé. Car après quelques dizaines de minutes, le spectateur averti comprend que le sujet est moins l’intelligence artificielle que le rapport du héros à ses créations, lesquelles s’émancipent très vite de leur aspect matériel.

L’idée qui préside à la conception d’Archive, directement héritée de Moon, est finalement assez belle et très contemporaine : à force de chercher à concevoir la machine parfaite, on finit par oublier qu’on lui confère justement une humanité, humanité avec laquelle il faut ensuite composer. Ainsi, l’intrigue s’amuse à retourner notre conception des robots comme celle de l’ermite qui les a fabriqués. Très vite, il apparait que les prototypes ont finalement autant, voir plus d’importance que le produit final, dont l’émotivité a également de quoi désarmer.

 

photoRobot rock

 

En résulte l’histoire d’un homme dépassé par ses propres ambitions au niveau psychologique, niveau qu’il avait clairement sous-estimé avant de se lancer dans une telle entreprise. La narration se déploie sur deux strates différentes. Il y a celle qu’il pensait maîtriser, et que la mise en scène maîtrise pour lui en rendant compte de la froideur des décors (merci Laurie Rose à la photographie), en donnant un aperçu de ce futur proche où les multinationales technologiques supplantent les États et se livrent à une guerre perpétuelle, dans laquelle l’humain ne peut être qu’un dommage collatéral. Et il y a celle qui le dépasse, plus personnelle, impliquant un intimisme surprenant. 

 

photo, Stacy Martin"Hey, 03, tu me files ton 06 ?"

 

DEATH 2.0

Difficile d’en dire beaucoup plus. L’auteur de cet article, sachant qu’il sera lu par une majorité de curieux, a décidé de ne rien dévoiler. Un choix qui complexifie quelque peu les possibilités d’analyse, tant le twist a de quoi faire réagir. Celui-ci remet in extremis au cœur du récit une thématique (la mort) qui faisait, avant ça, plus office de toile de fond, voire de prétexte. De quoi donner l’impression que le cinéaste est passé à côté des qualités de son propre long-métrage.

Mais en plus de décupler la puissance de la mise en scène et de rendre nécessaires certains égarements narratifs, la révélation finit par faire résonner encore plus fort la dimension affective du film, au point de demander un deuxième visionnage qui ne se concentrerait pas sur les indices permettant de deviner les dernières minutes, mais plutôt sur le véritable état mental du personnage.

Une dimension quasi-psychanalytique qui a le mérite, une fois de plus, d’éviter soigneusement la question épineuse de l’intelligence artificielle en tant que telle, dont les tenants et aboutissants deviennent extrêmement techniques à évaluer. Elle s’attarde plutôt sur la place de l’homme dans un monde où l’humanité se mêle sans arrêt à la technologie, dans les deux sens, d’ailleurs.

 

photo, Theo JamesLe bras droit d'ARM

 

Au milieu de tout ça, George Almore est perdu, mais pense tout gérer, sentiment que le jeu de l’ex sex-symbol révélé au très grand public grâce au young adult peine parfois à vraiment retranscrire, peu aidé par un scénario un peu trop didactique. Tout de même honnête, il pâtit surtout des influences du film. N’est pas Sam Rockwell qui veut. Heureusement, le comédien, très impliqué, peut compter sur une distribution secondaire solide et surtout une direction artistique cohérente et très agréable, appuyée par une bande originale qui ne repousse pas les frontières de l’originalité, mais dont le ton feutré sait rehausser l’émotion qui se planque secrètement au sein de cette histoire bien froide. Merci Steven Price (oui oui, le monsieur oscarisé pour la musique de Gravity).

En définitive, Archive n’est clairement pas parfait et n’atteint pas ses illustres modèles, mais il ne mérite pas d’être ignoré à ce point, surtout par les amateurs de science-fiction qui savent que même les machines peuvent avoir un égo et donc un cœur.

 

Affiche officielle

Résumé

Très inspiré par Moon, Archive parvient à retourner la question de l'intelligence artificielle pour faire surgir des thématiques plus émotionnelles. Et c'est dans ses défauts apparents que se terrent en fait ses qualités.

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Lecteurs

(2.5)

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commentaires
Pas terrible
16/02/2021 à 13:42

J'ai vu ce film suite à la critique d'Ecran Large et parce que le sujet m'intéresse.
C'est pas très original et assez ennuyeux (twist de fin sans surprise). Bref, j'ai pas aimé.
On est très (mais vraiment très très) loin de films ou séries qui ont traités des mêmes sujets comme Ex Machina ou Westworld

ennuyeux
11/02/2021 à 11:14

J'étais aussi grise et par la mention des deux films Moon et puis Ex Machina, mais la comparaison s'arrête là pour moi.
Je me suis pas mal ennuyé malgré le twist de fin qui m'a fait penser à

SPOILERS








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Kyle Reese
10/02/2021 à 12:27

Tout comme @Ankytos.

Jolie photo, jolis décors, jolie musique le lieu géographique avec sa cascade et son complexe est assez réussi et fascinant.
Mais scénario pas assez dense pour un long métrage du coup ça s'étire beaucoup trop, on s'ennuie. Un épisode de Black Mirror aurait largement suffit et effectivement n'est pas Sam Rockwell qui veut. On est loin d'ExMachina et de Moon qui certes avaient bien plus de moyen mais un scénario bien plus béton. J'ai pour ma part bien aimé le twist qui gomme finalement beaucoup d'incohérences ou faiblesses qui me gênaient tout du long. Bref bonnes intentions, mais mise en scène beaucoup trop appliqué et scénario pas assez touffu quoi. Mais avec ses faibles moyens budgétaire ils se sont tout de même bien débrouiller, on sent le projet sincère et passionné.

Sinon SPOILER:

Le fameux twist, je le sentais un petit peu venir, grâce à sa Lamborghini Diablo qu'il utilise au Japon alors qu'elle a du être toute pété lors de l'accident, disons que l'hypothèse m'est venue à l'esprit, et ce renversement gomme le principal défaut que je trouvais à cette histoire à savoir l'évolution des prototypes. En 3 ans, passer du proto 1 au 3, surtout la différence entre le 2 et 3 est tellement énorme que j'ai quasi décroché à ce moment là, on change quasiment de siècle de techno. Le proto 2 aurait dû être bien plus évolué, mais je pense que c'est dû au budget. Du coup le n°3 est lui aussi problématique.
Des robots copie d"humain quasi parfaite on en a vue, type David de AI par exemple et on y crois. Mais là le maquillage hybride ça ne le fait pas du tout et dés la béta du 3 avec les yeux et la bouche qui trahissent le maquillage et c'est bien dommage. Car une version plus simple façon GITS avec Scarlett Johanson à la peau du visage très lisse, bien plus que celle de l'actrice ici aurait fait l'affaire. Bref tous ça m'a posé problème jusqu'au twist final, ou comme tout cela est dans l'esprit du mort, tous n'est que fantasme mélangé à des bribes de souvenir du passé, c'est donc tout à fait possible vue les substances chimiques qui inondent le cerveau au moment d'un choc cérébrale. Le mort en sursis ou mort en stase doit planer littéralement. Donc ok, c'est tardif mais ça va sauf que ... il a une fille qui avec sa mère communiquent avec lui depuis 3 ans, et pas un signe, un flash, un indice à moins que ce ne soit le proto 1 qui la personnifie de manière inconsciente. Il ne l'a jamais vu en vrai mais surement sur l'écran de com, elle ne peut apparaitre en souvenir comme pour sa femme. Ok sauf que le mec de chez Archive qu'il ne connait pas il le voit bien lui arriver dans sa maison et même interagir alors pourquoi pas sa fille. Bref. Tout ça n'est pas satisfaisant et c'est bien dommage car ça limite entre autre l'impact du twist et du film qui repose que sur celui-ci.

Ankytos
08/02/2021 à 07:47

Je vous trouve assez généreux avec ce film qui est loin d'être honteux mais ne me semble pas traiter de manière très intéressante ses thèmes (qui en eux-mêmes sont intéressants cependant). Surtout par rapport aux précédentes oeuvres voisines comme vous n'évoquez. Après, oui c'est propre, jolie ; il y a de bons artisans à l'oeuvre (décor, photo, musique) mais le tout ne suffit pas pour compenser les défauts. Point de vue personnel sans doute.
Une autre chose m'ennuie : la fin.

SPOIL

En soi, le twist est très sympa mais il ne s'agit pour moi que d'une simple copie de celui de Ubik de Philip K. Dick, débarrassé de tout ce qui donnait sa force et son propos au livre ; dans le film, ce n'est que ça : un twist. J'avoue que cela m'a un peu agacé.
De plus, si on chipote (ce que j'ai fait puisque j'étais agacé, alors que si j'avais aimé le film je ne m'y serais sans doute pas arrêté), le twist vide de son sens et rend incohérentes les scènes dans lesquelles le protagoniste principal n'est pas impliqué (celles juste avec les robots donc). On pourrait probablement trouver un biais justifiant la chose (on peut toujours) mais je n'y crois pas.
Mais bon, je critique alors que c'est tout de même regardable, on est d'accord.

Wofty
07/02/2021 à 22:59

J'aime beaucoup les films de science-fiction, j'ai adoré ExMachina dans le "même style", sauf que je me suis endormi 2 fois devant ce film. Il ne se passe rien d'inattendu, du coup on s'ennuie ferme.

Une bonne surprise
07/02/2021 à 18:11

D'accord avec EL

Vu et apprécié, ce film reste touchant malgré ses petits défauts.

Kyle Reese
07/02/2021 à 15:47

Petit film de SF influencé par Ex Machina et Moon avec 3 étoiles 1/2 ... n'en dites pas plus, j'arrête de lire la critique et vais me le procurer rapidement.

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