Mosul : critique qui part en guérilla sur Netflix

Gael Delachapelle | 26 novembre 2020
Gael Delachapelle | 26 novembre 2020

Après Avengers : Endgame, les frères Joe et Anthony Russo semblaient s’être reconvertis dans la production de films d’action, comme Manhattan Lockdown, avec le regretté Chadwick Boseman, ou encore plus récemment Tyler Rake, avec notre Thor international, Chris Hemsworth. Mais avec Mosul, première réalisation de Matthew Michael Carnahan (frère du réalisateur Joe Carnahan et scénariste de Dark Waters, World War Z ou encore Le Royaume de Peter Berg), les frères Russo étonnent avec un parti pris audacieux pour filmer la lutte contre le terrorisme en Irak… du point de vue des Irakiens. Sur le papier, en tout cas…

La guérilla, la vraie

Dès l’apparition de sa bande-annonce sèche et rugueuseMosul semblait affirmer une volonté de détonner dans le paysage du genre, notamment avec un parti pris audacieux : un film de guerre sur la lutte des combattants irakiens contre l’État islamique, filmé du point de vue des Irakiens, et tourné entièrement en arabe. Le dernier fait est, par ailleurs, plus que notable pour un film de guerre occidental, avec les frères Russo à la production, qui poursuivent leur collaboration fructueuse avec le géant du streaming, en creusant une veine beaucoup moins buddy-movie qu’avec Tyler Rake.

Ici, il est clairement question de filmer la lutte contre le terrorisme de manière frontale et violente. Co-scénariste sur Deepwater, Matthew Michael Carnahan est clairement sous l'influence de Peter Berg dans sa mise en scène avec une caméra portée immersive, nerveuse, qui colle au corps des personnages sans jamais les lâcher. Les impacts et les coups se font ressentir avec une violence viscérale qui ne laisse pas de marbre.

Mosul veut nous montrer la guérilla des combattants irakiens, la vraie, et le film impressionne la rétine par son réalisme et l’efficacité de ses scènes d’actions, qui se revendiquent clairement dans la lignée d’un Green Zone de Paul Greengrass.

 

photo, Adam Bessa, Suhail DabbachDes combattants, des vrais...

 

L'Amérique, la vraie

Mais si Mosul revendique dans ses partis pris esthétiques l’influence d’un cinéma américain purement occidental, c’est aussi le cas dans ses ressorts scénaristiques, et c'est ce qui en fait sa limite.

En effet, une fois passé le parti pris d’un film entièrement tourné dans la langue locale où se déroule son action, le scénariste use dans son écriture de mécaniques tellement huilées qu’il devient difficile de ne pas identifier l’ADN américain derrière la caméra. Au final, le réalisateur pose un regard purement occidental sur la lutte de combattants irakiens contre le terrorisme. Si l’intention est plus que louable dans le postulat de départ, ces mécaniques scénaristiques viennent par moment désamorcer l’originalité du propos politique et du regard posé sur ce conflit.

L’exemple le plus parlant n'est autre que son casting. Ce n’est probablement pas anodin si le rôle du chef de cette élite de combattants est tenu par l’acteur irakien Suhail Dabbach, un habitué des productions occidentales de ce genre, vu notamment dans Démineurs de Kathryn Bigelow, et qui sera prochainement au casting de Cherry, le prochain film des frères Russo avec Tom Holland.

 

photo, Suhail DabbachSuhail Dabbach, acteur irakien vu chez Kathryn Bigelow

 

Le jeune français Adam Bessa, qui incarne le jeune policier rejoignant les combattants dans leur lutte, figurait également déjà au casting de Tyler Rake, la précédente production des réalisateurs pour la plateforme. Des choix de casting qui permettent aux spectateurs occidentaux d’avoir un repère, parmi cette bande de combattants, tous joués par des acteurs irakiens inconnus. Ce parti pris donne néanmoins à l’ensemble un réalisme plus proche du documentaire que de la fiction, qui sert avant tout le propos politique du long-métrage.

À noter un twist final très hollywoodien dans l’âme, dans la veine des mécaniques d’écriture éculées, présentes tout au long du film, mais qui apporte une émotion sincère dans son final. Mosul pose alors un regard très émouvant sur ces combattants plus vrais que nature, qui se démarque dans le paysage des productions hollywoodiennes actuelles du genre.

Mosul, disponible sur Netflix le 26 novembre 2020 en France

 

Affiche officielle

Résumé

Sous influences Peter Berg et Paul Greengrass, Mosul se démarque par son parti pris audacieux de poser un regard original sur la lutte des combattants irakiens contre le terrorisme. Malgré une écriture parfois trop mécanique pour nous faire complètement oublier son ADN occidental, Mosul impressionne, notamment par le réalisme et la nervosité de ses scènes d'actions.

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Lecteurs

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commentaires

Kyle Reese
08/12/2020 à 00:27

Très bon film proche du documentaire.
Je ne suis plus très film de guerre depuis un moment mais je pense que j’avais besoin d’un film de ce type sur ce conflit pour comprendre ce que pouvaient vivre des soldats dans cet enfer avec ces fous en face. L’immersion est totale, pas de fioritures, tout est ultra réaliste, pas de gestes héroïques, personne n’est à l’abris d’un snipper ou d’une confrontation qui tourne mal. La mort peut être à n’importe quel coin de rue ou sur le toit des immeubles éventrés. Un décor de désolation, une population cloitré aux regards vide, désespéré. Et ça continue encore ailleurs aujourd’hui.
Excellent cast, choix judicieux d’avoir gardé la langue arabe. La fin inattendue est très belle, émouvante et bienvenue, porteuse d’espoir après tout ce noir.
Je suis d’accord avec cox, ça change des super héros, et ça relativise bien des choses.

Samurai47
29/11/2020 à 23:44

Captivant de bout en bout. Réaliste.

Sard
29/11/2020 à 05:08

Amateur(trice) de film de guerre et d'action réaliste, n'hésitez pas. C'est un excellent film, qui se paie le luxe de nous montrer la guerre au plus proche... Sans tomber dans le prechiprecha. De plus il traite d'un conflit qui n'est malheureusement pas terminé et des horreurs liées, ce qui lui ajoute une autre dimension. Mais même sans ça c'est un excellent film du genre, que je recommande fortement, surtout que ceux-ci ce font rares par chez-nous.

Cox
28/11/2020 à 09:18

Ça change des films de super héros ou autres grosses productions qui se ressemblent toutes.

ken
27/11/2020 à 23:03

Pas terrible film sans aucun intérêt aussi vite vue aussi vite oublier

Josay
26/11/2020 à 20:58

En tout cas les affiches Netflix on en fera pas un bouquin de chez Taschen...

Eddie Felson
26/11/2020 à 19:43

J’achète!

Kyle Reese
26/11/2020 à 17:33

Je prend ça comme une critique très positive, car comment auraient-ils pu de détacher d'un ADN scénaristique américain classique ? Avec un réal et scénariste Irakien peut être, mais la cible du film est avant tout occidental. C'est la limite de l'exercice comme vous dites et c'est déjà assez audacieux je trouve pour louer l'initiative. Sur ma liste direct donc.

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