ADN : critique identitaire

Simon Riaux | 26 octobre 2020 - MAJ : 26/10/2020 12:52
Simon Riaux | 26 octobre 2020 - MAJ : 26/10/2020 12:52

Positionné pour Cannes avant que le festival ne soit annulé, ADN est le nouveau film de Maïwenn, estampillé du fameux Label Cannes 2020. La metteuse en scène y mélange toujours étude de caractère et exploration psychanalytique, à travers un récit plus doux et apaisé qu'à l'accoutumée.

ALLÔ MAMAN BOBO 

Depuis Le Bal des actrices, chaque nouveau film de Maïwenn est attendu avec curiosité par les uns, agacement par les autres. Mêlant volontiers expériences de cinéma et autofiction, la cinéaste est devenue au fil des années une des directrices d’acteurs les plus réputées de l’Hexagone, capable de pousser des artistes inattendus dans des retranchements non moins surprenants. 

Et c’est à nouveau le cas avec ADN, chronique des tensions interpersonnelles au sein d’une famille confrontée au deuil d’une figure paternelle structurante. Devant sa caméra, on aura rarement vu Louis Garrel aussi évidemment drôle, tout en rupture de ton et vannes acides. Même chose pour Marine Vacth, qu’on n’attendait pas aussi vibrante et magnétique, à mille lieues des personnages déréalisés qui l’ont fait connaître chez François Ozon. 

 

Photo Maïwenn, Louis GarrelUne famille réunie

 

Mais la partition la plus singulière du film demeure sans doute celle de Fanny Ardant, tétanisante en matrone dont la personnalité et l’égo cannibalisent les siens. Le temps d’une séquence de confrontation avec Maïwenn, qui interprète sa fille, on croit non seulement redécouvrir la comédienne, fascinante en ogresse aux pieds d’argiles, mais pour la première fois, le dispositif de la réalisatrice, entre fiction et psychanalyse filmée, aboutit tout à fait cinématographiquement.

Découpage, montage, mise en abime et interprétation s’allient pour délivrer d’impressionnants boulets de démolition émotionnels. 

 

photo, Louis Garrel, MaïwennUn duo intrigant et follement cinégénique

 

DIS-MOI QUI TU HAIS 

Malheureusement, si la partie du récit axée sur les soubresauts qui agitent la famille de Neige fonctionne excellemment bien – jusque dans ses articulations humoristiques, tendres et cruelles à la fois – le second axe narratif s’avère beaucoup plus flouParallèlement au maelstrom émotionnel engendré par la disparition de son grand-père, l’héroïne fait face à une profonde remise en cause identitaire (qui donne au métrage son titre). Et ce pendant du récit est autrement plus confus. 

D’assertions simplettes en raccourci mécaniques (on comprend mal cette soudaine et superficielle focale sur la génétique), le film donne soudain l’impression de tourner en rond, d’épouser une thématique dont il n’a pas grand-chose à dire. Plus embêtante, cette irruption du questionnement sur les origines sape une bonne partie des belles trouvailles de la première moitié d’ADN. Alors que mise en scène et scénario se concentrent sur le rapport de Neige à l’Algérie, plusieurs protagonistes sont évacués de l’ensemble sans qu’on saisisse bien pourquoi.  

 

photo, MaïwennMaïwenn en pleine réflexion

 

Une construction au bulldozer qui souligne finalement combien l’architecture du film est fragile. Hormis la protagoniste jouée par Maïwenn et une poignée de seconds rôles, la caractérisation des personnages est souvent problématique (qui est Garrel ? Ami ? Aspirant ? Ex ?) et on ne saisit jamais vraiment ce qui les pousse à s’affronter, s’allier, se repousser, s’embrasser. Il en va finalement de même du spectateur, qui finit par abandonner cette troupe bruyante à ses passions mal digérées et ses joies mauvaises. 

 

Affiche officielle

Résumé

La chronique familiale de Maïwenn contient quelques-unes des plus belles fulgurances de son cinéma, mais finit par se perdre dans une sous-intrigue identitaire confuse et superficielle.

Autre avis Geoffrey Crété
Maïwenn passe à côté de son sujet et signe son film le plus faible, tiraillée entre le portrait familial explosif qu'elle maîtrise sans effort, et l'ambition d'un récit identitaire qui tourne en rond.
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commentaires

Mémère
26/10/2020 à 22:10

Film trop personnel, sans intérêt pour le spectateur, on reste en dehors de cette famille très spéciale. Les scènes sur le décès, les pompes funèbres et les obsèques sont longues à "mourir".

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