Rebecca : critique qui tombe à l'eau sur Netflix

Alexandre Janowiak | 21 octobre 2020
Alexandre Janowiak | 21 octobre 2020

Le roman de Daphné du Maurier avait permis au Rebecca d'Alfred Hitchcock de recevoir l'Oscar du meilleur film en 1940. On pouvait donc espérer que le réalisateur britannique Ben Wheatley soit aussi inspiré par le livre pour sa nouvelle adaptation produite par Netflix et en tire un beau joyau. Verdict.

la mort aux trousses

Ben Wheatley est un des cinéastes les plus étranges de ces dernières années. Remarqué avec son très mystérieux et angoissant Kill Listpuis sa comédie noire Touristesil a complètement plongé dans l'expérimental avec A field in England en 2013 avant de s'offrir des projets plus ambitieux avec le thriller SF High-Rise puis le huis clos pétaradant Free Fire en 2016, tous deux aux castings prestigieux.

Toutefois, ces deux films n'étant pas de franche réussite, le réalisateur et scénariste s'est fait un peu oublier (son dernier en date, Happy New Year, Colin Burstead, n'est d'ailleurs jamais sorti en France), avant d'être annoncé aux commandes du fameux Rebecca fin 2018. De quoi donner la possibilité d'explorer encore un nouveau genre à ce touche à tout (qui sera d'ailleurs derrière la caméra pour Tomb Raider 2oui oui).

Et à vrai dire, la facilité de Wheatley à jongler entre les genres, basculer d'une tonalité à une autre ou à créer des ambiances en seulement quelques plans est sûrement l'une des plus grandes réussites de son nouveau film.

 

Photo Kristin Scott Thomas, Lily James, Armie HammerLe bleu et le rouge comme repère de l'évolution psychologique de Madame de Winter

 

Beaucoup plus lumineux que l'adaptation de Hitchcock, Rebecca est indiscutablement magnifique visuellement. L'esthétique est particulièrement léchée, mais plus intéressant encore, Wheatley évite de simplement se reposer sur les décors paradisiaques des bords de la Riviera ou des longues plaines anglaises pour magnifier son image. Au contraire, le Britannique va très vite décider de plonger son personnage principal, incarné par Lily James, au coeur du manoir de Manderley afin de transformer son rêve de bonheur en cauchemar plus sombre et effrayant.

Ainsi, à travers son récit et ses cadres réfléchis, Ben Wheatley ausculte les pensées de la jeune héroïne et son évolution mentale et psychologique au fur et à mesure qu'elle s'enfonce dans les secrets du manoir où la fameuse Rebecca de Winter vivait auparavant. Avec une fluidité rare dans le milieu actuellement, le cinéaste passe du mélodrame au thriller, du psychologique à l'horreur, de la romance au mystère, en seulement quelques plans et réussit à insuffler une vraie atmosphère à son long-métrage.

Le jeu entre le rouge et le bleu, omniprésent dès le début du film, devient d'ailleurs la source d'une merveille psychédélique pendant la scène du bal, troublant totalement la nouvelle Madame de Winter. La juxtaposition des images, les cris stridents d'une foule étouffante et la confrontation finale avec la terrible Mrs Danvers (excellente Kristin Scott Thomas) en font une séquence angoissante, dévoilant en plus les véritables intentions de la gouvernante.

 

Photo Lily JamesLa scène la plus enivrante et déstabilisante du film

 

l'ombre d'un doute

Malheureusement, cette maitrise dans la mise en scène, véritable terreau à atmosphère (une ombre immense, un sol enlisant), ne suffit pas à faire de cette nouvelle adaptation une oeuvre marquante. Comme à son habitude, Wheatley a de formidables idées visuelles, mais elles sont souvent trop peu exploitées. Au-delà, la manière dont Ben Wheatley compose son récit à travers son montage, faisant de grands sauts dans le temps ou de petit aparté rêveur, aurait dû être gage d'une énergie continue et d'un mouvement perpétuel à l'intrigue.

Mais paradoxalement, le long-métrage ne réussit pas à s'appuyer dessus pour prendre de l'ampleur et retombe souvent à plat. Malgré l'envie du Britannique, le récit est lancinant, manque d'ardeur et de dynamique, rendant les deux heures qui la composent particulièrement longues.

 

Photo Lily James, Kristin Scott ThomasUn duel qui aurait pu aller plus loin

 

Par ailleurs, en ne donnant pas assez de matière à son récit pour s'envoler, Rebecca n'arrive tout simplement pas à mettre en perspective son approche pourtant séduisante de l'oeuvre de Daphné du Maurier. Alors qu'Hitchcock ne faisait jamais vraiment de Maxime de Winter (Laurence Olivier remplacé par un Armie Hammer quasi inexistant) un méchant malgré ses actes, Wheatley décide ici de vraiment pointer du doigt ses agissements, qu'ils soient vis-à-vis de son ancienne femme Rebecca ou de sa nouvelle.

Une vision beaucoup plus moderne, complètement dans l'air du temps, faisant la part belle aux personnages féminins du récit notamment dans le troisième acte du long-métrage. Une volonté qui vient exploser durant la séquence finale entre Mrs Danvers et Madame de Winter rompant d'ailleurs avec le film d'Alfred Hitchcock. En effet, si l'immense réalisateur ne faisait que sous-entendre une relation plus qu'amicale entre Mrs Danvers et Rebecca, Wheatley est plus direct lors d'une ultime confrontation abordant frontalement le sujet. Un choix significatif et audacieux, mais bien trop tardif pour lui donner véritablement corps. Dommage.

Rebecca est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 21 octobre 2020

 

Affiche US

Résumé

Jalonné de quelques brillantes idées visuelles et d'une approche beaucoup plus moderne de l'oeuvre de Daphné du Maurier, Rebecca de Ben Wheatley n'en reste pas moins une oeuvre assez mineure.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(1.8)

Votre note ?

commentaires

alshamanaac
26/10/2020 à 16:07

Rebecca : téléfilm à l'intrigue désuète qui devrait satisfaire les appétits télévisuels de votre grand-mère un dimanche après-midi.

Belote
23/10/2020 à 22:52

Moi j’ai aimé
J’ai adoré lire le livre de Daphné du Maurier
J’ai trouvé que le film était beau et l’atmosphere tresbien rendue !
L’actrice m’a bien fait rentrer dans sa découverte de manderley petit à petit...de sa faiblesse du débutà sa force finale grâce à l’amour qu’elle a pour son mari !
Bref c’est un pari réussi je trouve!

Baobab
22/10/2020 à 23:42

Version ratée. Mise en scène plate qui manque cruellement de mystère, de l' ombre démoniaque de Mrs Danvers jouée par Kristin Scott-Thomas trop jolie et glamour pour être crédible. Sacrilège d' avoir changé la fin qui enlève une symbolique forte. Musique insupportable. Armie Hammer est effacé. Seule la fraîcheur de Lily James sauve un peu du désastre. ..

Flo
22/10/2020 à 18:19

...pas vu, mais il faut tout de même voir que la version de Hitchcock n'était pas si aboutie que ça. La faute aux confrontations avec le producteur O'Selznick, mais aussi à un dernier tiers de film hors sujet. Car autant les deux premiers tiers sont formidables dans l'ambiance, créant une atmosphère de film un pervers et hanté, lorgnant souvent vers l'Expressionnisme. Mais le troisième, en se concentrant sur les hommes de l'histoire au lieu des femmes, devient moins intéressant. Pire, avec l'enquête sur la mort de Rebecca, Hitchcock cède à une de ses erreurs habituelles qui est de surexpliquer les choses... et de créer un faux suspens, mais de manière sérieuse en plus. Et du coup, c'est comme si on était dans un autre film, comme une amorce de ce que sera le plus réussi "Soupçons", où on y retrouve aussi le portrait d'une fille qui découvre le Mâle/Mal (et Cary Grant jouant un peu le même type de personnage escroc que George Sanders). "Rebecca" se rattrape alors dans ses hitchcockiennes 5 dernières minutes, en faisant "tout péter" avec sa méchante en chef... Un peu tard.

Lili
21/10/2020 à 20:40

J’avais beaucoup aimé l’adaptation d’Hitchock, c’est pourquoi j’ai souhaité regarder ce film. J’ai été déçue ; en dehors de la scène du bal, j’ai trouvé qu’il n’apportait rien... je comprends qu’un réalisateur souhaite livrer « sa version » d’une histoire, mais ici rien de neuf. Je n’y ai pas trouvé mon intérêt.

Kyle Reese
21/10/2020 à 16:07

Je n’ai vu que high rise et malgré une mise en scène élégante et surtout un super décor je me suis grave ennuyé et je ne suis même pas allé au bout.
Manque de consistance. Dommage pour Rebecca qui semble être bien beau en tout cas.

Oui enfin bon...
21/10/2020 à 14:11

@Newt23 C'est exactement ce que je pense de ce réalisateur. Touristes était tout de même assez surprenant mais Free Fire et surtout High Rise étaient des œuvres plutôt bien réalisées, mais complètement à côté de la plaque, les récits partant très rapidement en roue libre sans que ça n'apporte quoi que ce soit. En bref, on dirait que ses films lui "échappent" en court de route.

Newt23
21/10/2020 à 12:47

La critique est extrêmement bien écrite et agréable à lire...

Dommage que le film ne soit pas vraiment à la hauteur. J'y jetterai tout de même un œil.

J'ai l'impression que Weathley est condamné à rester un metteur en scène moyen, doté de vraies idées et capable de beaux moments esthétiques mais pas suffisamment doué pour fournir de véritables bons films.

votre commentaire