Artemis Fowl : critique Men in Bad

Geoffrey Crété | 12 juin 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 12 juin 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Censé sortir en salles fin mai en France, repoussé avec la pandémie et finalement relégué sur Disney+, Artemis Fowl arrive enfin. Adaptation de la saga littéraire d'Eoin Colfer par Kenneth Branagh, tombé dans la machine hollywoodienne depuis Thor en 2011, cette superproduction à 125 millions échoue donc sur le service de streaming de Mickey, dernière étape d'un projet bien étrange.

UN RACCOURCI DANS LE BIDE

Le destin d'Artemis Fowl aura été moisi jusqu'à la fin. Discutée depuis 2001, récupérée par Disney en 2013, l'adaptation des livres d'Eoin Colfer devait sortir en août 2019, avant d'être repoussée sans raison claire à mai 2020, soit pile pendant la crise mondiale de Covid-19. Que le film ait été rétrogradé sur Disney+ laissait entendre trois choses : le studio ne croyait pas en son film, ne croyait pas en une éventuelle franchise, et ne croyait pas pouvoir s'en sortir en salles avec un tel budget en jeu.

Difficile de ne pas comprendre Mickey face au bousin, sur lequel plane le fantôme d'Un raccourci dans le temps, récent gros navet avec des mioches, garanti 100% kitsch, lui aussi tiré d'un succès en librairie et qui a été un désastre financier en salles. Avec un budget insensé de 125 millions de dollars (soit le prix d'un petit épisode du MCU), Artemis Fowl est une anomalie qui donne des fous rires nerveux tant le résultat n'a aucun sens, et semble avoir été écrit, filmé et monté en dépit du bon sens.

Du petit héros qui donne envie de lui briser les tibias au bout de trois scènes, aux dernières vingt minutes qui ne sont qu'un gros épilogue pour une suite qui ne verra a priori jamais le jour, c'est bien un désastre entier qui s'étend à l'écran, et confirme que Kenneth Branagh est devenu l'un des pires réalisateurs actuels.

 

photo, Ferdia Shaw, Josh Gad, Lara McDonnell, Nonso AnoziePourquoi ça ressemble Scary Movie qui s'en prend à Men in Black et Harry Potter ?

 

NAISSANCE D'UN ZÉRO

Premier problème : comment s'attacher à un gamin de 12 ans super-intelligent et arrogant, qui n'a à peu près aucun problème, et ne tremble devant rien ? L'idée d'un super-criminel de 12 ans habillé comme un mini-Men in Black, vivant dans un grand manoir irlandais au bord de l'océan où il va surfer tranquille le matin, ressemble déjà à une blague. Dans le premier livre, cet esprit d'aventurier potentiellement tête à la claque résonnait avec une blessure intime : Artemis voulait sauver sa mère, mentalement instable depuis la mort de son mari. C'est grâce à cette magie omniprésente dans le monde qu'il y arrivait, du moins en apparence.

Dans le film, c'est remplacé par la disparition de son père, et tout tourne autour d'un plan pour le retrouver et le sauver. Sauf que tout ça est raconté en quatrième vitesse, avec aucune accroche émotionnelle pour ce morveux, auquel Ferdia Shaw n'apporte pas grand-chose. Artemis a tellement peu de choses à dire, à vivre, à découvrir, à affronter, qu'il ne suscite aucun sentiment, hormis l'envie de lui mettre une baffe ou deux. Ce n'est pas plus joyeux du côté de Holly, la fée héroïque et rebelle, interprétée par Lara McDonnell. Elle aussi a un mystère à résoudre avec son père, comme lourdement évoqué dans deux ou trois scènes.

C'est d'autant plus embarrassant que tout ça est raconté avec un peu trop de premier degré, même si ce Artemis ressemble à un petit cousin Razmoket de Lara Croft (l'arrogant héritier d'une fortune avec une tendance tête brûlée). Il n'y a qu'à voir la présentation de Butler, la garde du corps des Fowl apparemment expert en arts martiaux, pour être perplexe face à cette mise en scène qui invoque la parodie de Michael Bay.

 

photo, Ferdia ShawPourquoi on dirait un sketch du Saturday Night Live ?

 

PAPA J'AI PAS RATÉ LA MAISON

Les personnages seraient-ils à ce point nuls, pour que l'attention soit concentrée sur l'intrigue et l'action ? Pas dans la dimension d'Artemis Fowl, où le vide menace toujours plus d'engloutir les neurones dans un espace-temps dédié aux navets. Tout le film tourne ainsi autour d'un machin nommé Aculos, cité toutes les 6 minutes pour que le spectateur accepte bien que ce soit un artefact super-magique, super-précieux, super-dangereux - à défaut d'être super-intéressant ou super-clair. En parallèle, l'insupportablement attendu Josh Gad est chargé d'encadrer le récit dans un flashforward en noir et blanc - parce que, pourquoi pas. Sa mission sera de répéter que le petit Artemis est super-malin, super-futé, super-cool, super-tu-l'as-pas-vu-venir.

C'est la partie émergée de l'iceberg des problèmes où le film s'écrase inexorablement, en racontant n'importe comment une histoire déjà bien molle, et avec un incroyable refus de toute dramaturgie (en l'espace de 10 minutes, deux personnages sont tués et ressuscités dans la bonne humeur). Artemis débloque à peu près toute l'intrigue avec le journal intime de papa, qui permet de vomir la mythologie et les enjeux en voix off, et lui confère 1000 points d'XP en deux scènes, puisqu'il passe de "Comment ça les fées existent ?!" à "Vous avez vu Ocean's Eleven, parce que j'ai un plan parfait pour piéger les fées, leur magie, leur armée, retrouver mon papa et l'Aculos, tout ça avant le goûter".

L'aventure et le merveilleux devront se contenter de quelques scènes au début du film, notamment lorsque le monde sous-terrain des fées est révélé. Le reste se réduira à un remix de Maman j'ai raté l'avion, Men in Black et Star Trek cheap, version gros manoir et cloche temporelle, puisque tout ce petit monde promène surtout ses oreilles en latex et costumes en plastique dans un hall et un jardin. Quand ce n'est pas le cas, il y aura au moins l'étrange plaisir de voir Judi Dench continuer à glisser sur la pente de Cats, puisqu'elle joue une commandante avec les oreilles de Spock et la voix de Jeanne Moreau, qui aime bien se déplacer en Segway, et discute parfois avec un centaure coiffé comme dans RuPaul's Drag Race.

 

photo, Judi DenchPourquoi, tout simplement

 

L'HISTOIRE SANS FIN

Le clou du spectacle arrive lorsqu'il devient évident que personne n'avait pensé Artemis Fowl comme autre chose qu'un début de saga, avec une confiance qui force l'irrespect à ce niveau. Le film n'a donc aucun sens en l'état. Le pauvre climax (qui ne mérite ce nom que parce que c'est la dernière scène d'action) intervient au bout d'une heure de film, avant de laisser place à un interminable épilogue qui boucle le minimum du minimum, et s'affaire plutôt à lancer de multiples pistes pour la suite des aventures.

 

photo, Josh GadPourquoi cette pilosité vivante ?

 

Artemis sort ainsi son téléphone portable pour prévenir Koboi, la grande méchante à capuche de l'histoire, qu'il n'est pas content et que ça va mal se passer pour elle. La grande méchante à capuche, elle, promet que ça va chauffer. Holly est chargée par la grande commandante aux mèches blanches d'enquêter pour nettoyer le royaume des fées. Et le débilos Mulch Diggums rouvre sa grande gueule pour ce qui ressemble à un twist sur sa véritable nature, avant d'être récupéré par les héros. Tout le monde s'en va en hélico comme dans une parodie de Mission : Impossible (ou Jurassic Park, avec une fée à la place d'un ptérodactyle), après quelques plans au ralenti et des sourires estampillés Disney, tandis que la musique fait son possible pour enrober cette andouillette hollywoodienne.

C'est l'ultime barrière de cette hallucination industrielle, qui tourne autour d'un môme mastermind criminel, d'une fée de 84 ans qui ressemble à votre cousine de 9 ans, d'un gros nain qui déclare que "La plupart des humains ont peur du gluten, alors qu'est-ce que vous pensez qu'ils feraient face à un gobelin ?", et d'un Colin Farrell qui devrait éviter de voir ce film s'il ne veut pas retenter l'alcoolisme.

 

affiche Disney+

Résumé

Avec tant d'oreilles pointues, d'effets spéciaux dégueulasses, et de personnages qui donnent envie de leur casser les tibias, Artemis Fowl aurait pu être un ridicule plaisir. Mais comme le film se résume à une chasse à la boîte magique et trois scènes d'action, et ressemble au pilote d'une série, il n'y a que le ridicule, sans le plaisir.

Autre avis Mathieu Jaborska
Après des années de développement, l'adaptation du roman d'Eoin Colfer est paradoxalement si vide de sens qu'elle ressemble plus à une sorte d'improvisation visuelle et narrative perpétuelle, orchestrée par une classe de maternelle. Pas le meilleur candidat pour lancer une saga, donc.
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Lecteurs

(2.5)

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commentaires
Soa
23/12/2020 à 05:09

J'ai vue la bande annonce et sa ma suffit pour comprendre que que sa ne correspondrait pas au livres qui son vraiment super et que sa serai un massacre .
Je comprend pas pourquoi ils changent tous et a leur sauce en changeant le scénario ou en prenant des acteurs qui ne corresponde pas au personnage ( franchement Butler est très mal représenté ) quand ils fond une adaptation ciné de livres a succès faut vraiment être débile ou alors tous changé pour que sa sois plus vendeur et faire du fric ,qu'ils ne la fassent pas et fassent leur propre films et je comprend pas que que les auteurs laisse ces mecs massacré leurs oeuvres.

Sa ne fera que une franchise de plus vous me direz ,x-men ,Eragon ,l'epouvanteur etc..on été démolie dejà

Stef
23/06/2020 à 00:25

Je ne vais écrire longuement sur ce... film... la pire daube vue depuis longtemps. J'ai passé un moment détestable, j'aurais été seul sans enfants, j'aurai déguerpi ; je n'ai jamais autant décompté les minutes me séparant de la fin, espérant le générique ; je n arrive pas à comprendre que l'on puisse réaliser ou produire cela sans se dire... Un des films les plus nuls vu. Le meilleur moment, comme je l'ai lu, c'est les critiques hyper drôles lues qui m'ont fait penser que ce navet avait pu permettre des posts amusants, mais honnêtement c'est cher payé. Amis qui passez ici, un conseil évitez ce "film", tout ce que vous lisez-lirez de pire est... vrai.

Ellana
21/06/2020 à 00:23

C'est vraiment dommage, les livres étaient super..
J'ai de très vagues souvenirs car ça fait plus de 10 ans que je les ai lus, mais j'avais bien vu déjà avec la bande annonce qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas en voyant l'acteur jouer Artemis, mais de là à changer toute l'histoire.. Ils se sont royalement plantés, si seulement ils avaient suivi les livres, même avec les mêmes acteurs ça aurait été moins catastrophique.

Yuki
21/06/2020 à 00:20

J’ai pris plus de plaisir à lire cette critique qu’à regarder le film

Alik
18/06/2020 à 15:11

Bah je calque la plus part des commentaires... J ai lu tous les bouquins et ...grosse daube !!! Mais pourquoi n avez pas lu les livres ?? Non mais parceque la c est clairement un résumé mal résumé ???? !! Bon ben arrêtez vous a la bande annonce pour ceux d entre vous qui n ont pas encore vu ce film ... Triste et méga déçu du résultat !!!!

Limon
18/06/2020 à 11:03

Nul nul de chez nul, un Vrai naver, l'ai rarement vu aussi décevant pour un adaptation de livre , au même niveau que l'adaptation d'Eragon.....
Jeux d'acteur POURRI, on passe d'une scène à l'autre sans avoir le temp de voir quelque chose de bien , le gosse on a envie de lui brisser les bras les jambes les dents et de baffer a mort au bout de 5 min , le centaure a l'allure de ken.....wtf??A ranger dans un coffre avec tout les navets sorti et à détruire sans laisser de traces...
Mention spéciale tout de même à la petite fée qui est assez mignonne et qui a du potentiel ^^

Blatte
17/06/2020 à 21:47

Critique condescendante et sans intérêt

Ceddine
16/06/2020 à 22:49

Vous avez tous raison sur un point : C’est une pure daube en barre pour être poli.

J’ai commencé la lecture de cette saga en été 2018. Je les lisais le soir avant de me coucher et pendant mes vacances
J’ai fini la lecture de la saga une semaine avant l’apparition du film sur D+.

Cette saga avait tout pour talonner la saga Harry Potter ! Il y avait de quoi faire 5 films au minimum ! Oui parce qu’il aurait été judicieux de jumeler les deux premiers tomes en un long film de 2h45 pour permettre de donner toute leur dimensions à chacun des personnages.

Mais, en tant que fan de cette saga, comment ne pas m’énerver tout rouge juste après le simple visionnage du trailer ???

- Un petit gros, noir, aux yeux bleus et cheveux blanc ?!?! Mais... que... qui... pourquoi ?
J’ai rien contre l’acteur (qui joue très bien dans la série ZOO) mais bordel de mer..., a la base BUTLER est un eurasien chauve, maître dans la quasi totalité des arts martiaux, de stratégies tactiques, qui n’a pas froid aux yeux et SURTOUT d’une stature tellement impressionnante qu’il fout la trouille à quiconque le voit.
Tout au long des tomes, sa taille est sujet à de nombreuses boutades et/ou sauvetage de vie au dernier moment.
- Le colérique et gueulard commandant Julius ROOT et son éternel cigare a l’infecte odeur de champignon qui affectionne particulièrement Holly Short (car il se retrouve en elle à son âge) est interprété par Judith Dench !!!
Ça casse tout là...
- Mulch Diggums, alors lui... un nain... un grand nain... d’1m80... Euh... non Kenneth ! non ! Un nain c’est... petit ! Relis la définition dans le dico !
- Et c’est quoi cette tenue de M.I.B junior ?
- Et ces armes bizarres qu’Artemis et Butler utilisent ? Y a pas ça dans le 1er roman !
- Et pourquoi voit-on le père d’Artemis dans le trailer ? Normalement, il n’apparaît qu’à la fin du 2ème tome quand Artemis monte une expédition en Russie pour le sauver !!!
- Quand a ce troll coiffé de Dredlocks... pffff !

Hey les gars, vous avez lu les romans trop vite ou quoi ? Si vous ne saviez pas quoi faire de vos 125 millions de dollars, moi j’avais une idée en tête.
Elle est gonflée, j’hésite... Allez je vous la donne : Vous auriez pu faire un film sur.... Artemis Fowl - tome 1 et 2, par exemple !!!

Allez hop, les gars, vous retournez lire les 8 tomes et vous m’refaites ça et correctement !!!

Camille
16/06/2020 à 11:27

Je confirme, c une daube. Colin Farell a pris un.coup de vieux, on dirait quil a au moins 50 ans.

Nyl
14/06/2020 à 10:31

Euh.... Le père a disparu, pas mort. Le retrouver, est une des raisons de la rançon de Fowl au FAR

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