Wonderland, le Royaume sans pluie : critique trempée-séchée

Christophe Foltzer | 23 juillet 2019 - MAJ : 23/07/2019 14:58
Christophe Foltzer | 23 juillet 2019 - MAJ : 23/07/2019 14:58

Oui, cet été 2019 a un bon goût de début des années 2000, lorsque les chefs-d'oeuvre de l'animation japonaise se succédaient dans nos salles obscures. Et on ne va pas s'en plaindre d'ailleurs, puisque, après Les Enfants de la mer (critique ici) et avant Promare et Le Mystère des pingouins (critiques très bientôt), il nous faut découvrir cet intrigant Wonderland, le Royaume sans Pluie de Keiichi Hara.

LE VOYAGE D'AKANE

Ce qui frappe dès le départ, c'est à quel point ce Wonderland, le Royaume sans Pluie possède un petit parfum de Studio Ghibli. Impossible en effet de s'enlever de l'esprit le fantastique Voyage de Chihiro d'Hayao Miyazaki, tant le film de Keiichi Hara semble en reprendre un certain nombre de codes. Point de plagiat en action et rien de plus normal au fond puisque les deux oeuvres s'inspirent de la même auteure, Sachiko Kashiwaba.

 

photo4 personnages en quête d'aventure

 

Si Miyazaki s'inspirait de son premier roman, Le mystérieux village voilé dans la brume, Keiichi Hara, quant à lui, adapte directement son second livre, L'étrange voyage depuis la cave. Nous y suivons donc Akané, une adolescente un peu taciturne qui, à la veille de son anniversaire, se rend chez sa tante, une antiquaire excentrique, pour recevoir un cadeau. Après avoir touché une pierre magique, un homme sort de la cave, Hippocrate, et lui annonce qu'elle est la déesse du vent et qu'elle doit se rendre dans son Royaume pour le sauver d'une catastrophe. Peu convaincue, Akané le suit en compagnie de sa tante et s'embarque dans une aventure qui va la changer à jamais.

On le voit, tous les ingrédients sont réunis dès le départ pour que nous ayons droit à une véritable quête initiatique, un voyage vers soi, un passage à l'âge adulte. Ce genre d'aventures porteur d'un message fort et important pour une jeune génération qui se cherche. Et si, en surface, c'est exactement ce que l'on obtient, dans les faits, c'est un peu différent.

 

photoAkané et sa tante

 

DE LA CAVE AU GRENIER

Parce que l'on sent, et c'est le principal reproche que l'on pourrait adresser au film, que Wonderland, le Royaume sans pluie lutte constamment pour s'affranchir de son cadre imposé. En effet, et c'est assez troublant au départ, le film délaisse l'aventure au profit du voyage. Nous sommes ainsi transportés dans un monde, au final, pas si étrange que cela de prime abord, dont nous allons passer une bonne partie à essayer d'en comprendre les codes, de rassembler les différentes pièces qui le constituent.

 

photoOui, il se passe des trucs bizarres à Wonderland

 

La faute à un script que l'on sent bien trop ambitieux et chargé pour un film de 1h55. Ainsi, les enjeux se diluent et ne reviennent que de façon quelque peu artificielle pour faire progresser l'intrigue. Le fond de l'histoire n'est jamais vraiment exploité et le but ultime de la quête (sauver le Royaume à l'occasion d'une cérémonie capitale) n'est abordé que de façon grossière dans la dernière partie du métrage.

On se retrouve alors avec des personnages mal dégrossis qui n'incarnent pas vraiment ce qu'ils sont censés représenter et dont la progression psychologique est un peu trop rapide pour être vraiment crédible. On sent Keiichi Hara, pourtant rompu à l'exercice (on lui doit déjà Un été avec Coo, Colorful ou encore Miss Hokusai), prisonnier d'un style de film qui ne l'intéresse pas plus que cela au final.

 

photoDes rencontres inattendues

 

Mais ce que Wonderland perd en fond, il le gagne en forme. Car, oui, le film est beau, très beau. Le character design, plutôt classique en apparence, laisse entrevoir d'intéressantes subtilités au gré de l'aventure, les décors sont assez estomaquant et l'animation au diapason. C'est vraiment dans les moments de pure magie que le talent de l'équipe s'exprime le plus librement et parvient à toucher son objectif avec une telle facilité que l'on regrette que tout le film ne soit pas comme ça.

 

photo WonderlandUne aventure que l'on voudrait plus renversante

 

Ainsi, à l'occasion d'une cérémonie palpitante, le film nous dévoile son ambition, son coeur, ce qu'il voulait nous montrer depuis le début et l'on peut dire que l'effet est plus qu'efficace. On regrette donc d'autant plus que le reste ne soit pas du même niveau. Cela dit, qu'on ne s'y trompe pas, si Wonderland est handicapé par un classicisme apparent et quelques égarements thématiques et rythmiques, il n'en reste pas moins un film d'une très bonne qualité.

Pas un chef-d'oeuvre aussi définitif que Le Voyage de Chihiro ou Les Enfants de la mer, certes, mais une belle aventure riche en magie à destination de tous les publics. En tout cas, un film parfait pour les vacances scolaires, lorsque la canicule nous oblige à nous retrancher dans les salles obscures. Un spectacle perfectible, mais de qualité que l'on vous encourage à découvrir sur grand écran.

 

photo Affiche Wonderland

Résumé

S'il se mord la queue dans ce qu'il veut nous raconter, Wonderland, le Royaume sans pluie n'en reste pas moins une belle aventure riche en émotions et en décors superbes. Un film idéal pour ces longues journées d'été en quelque sorte.

commentaires

Matt
23/07/2019 à 16:20

Un superbe animé qui se termine par une séquence extrêmement poétique qui montre enfin ses ambitions.
Dommage que le film avance en dent de scie.
Le précédent opus de Keiichi Hara, Miss Hokusai, était je trouve bien plus accompli.
Après, on va pas se plaindre vu le nombre de sorties d'animés japonais de cette année.

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