Rocketman : critique team Rocket

Lino Cassinat | 23 mai 2019
Lino Cassinat | 23 mai 2019

Soyons honnêtes, après la pantalonnade Bohemian Rhapsody (officiellement de Bryan Singer mais dont tout le monde sait que le tournage a été sauvé par Dexter Fletcher, réalisateur du présent film), on ne donnait vraiment pas cher de Rocketman, biopic d'Elton John emmené par Taron Egerton. Pardonnez nous notre offense, on ne savait pas ce qu'on faisait.

TEAM ROCKET

Petit rappel pour ceux qui ne connaîtraient pas : Elton John est une pop-star exubérante ayant émergé au tout début des années 70 et dont le succès a été aussi fulgurant que phénoménal (pour info, il a vendu plus d'albums que Queen). Évidemment, ce succès colossal ne signifie pas que la vie du Rocketman a été simple pour autant, bien au contraire.

Derrière les costumes flamboyants se cache un homme vulnérable, en lutte contre son image de petit gros homosexuel, en proie aux vicieux manipulateurs de tous bords (parents et managers en tête) et aux prises de ses nombreux abus de substances.

 

photo, Taron Egerton, Bryce Dallas HowardBonjour, je vous déteste tous

 

Nanti d'un pitch pareil, sorti quelques mois après le turbo-carton Bohemian Rhapsody et de nouveau avec Dexter Fletcher à la barre, les comparaisons avec le biopic sur Queen étaient inévitables... et la surprise est totale. L'écart qualitatif entre les deux oeuvres est absolument abyssal, et si Rocketman a bien quelques défauts, le film est néanmoins un excellent moment qui réussit quasiment partout où Bohemian Rhapsody échouait.

Cette réussite, Rocketman la doit en premier lieu à son genre, beaucoup plus proche du musical flamboyant que du biopic lénifiant (on n'a pas compté, mais à vue de nez il y a un peu plus de chanté que de dialogué). Une forme qui, par essence, tolère bien mieux les gros dialogues dramatiques sur la destinée torturée et le génie musical du héros, puisqu'ils sont enrobés dans l'outrance des séquences musicales chantées et dansées. Un choix gagnant donc.

 

photo, Taron EgertonUn biopic ? Un musical, c'est mieux en fait

 

DEXTER L'EXPERT

Rocketman partait pour être un biopic ultra-académique et aseptisé, mais Fletcher s'est senti très bien inspiré en ajoutant une grosse dose de Moulin Rouge ! ou de Anna Karénine. Sans être aussi baroque que ces deux oeuvres (d'ailleurs ne cherchez pas les fesses de Taron Egerton ou Richard Madden), Rocketman tend vers une fièvre similaire, ce qui, couplé à la prestation énergique de Taron Egerton, le rend très récréatif.

Dexter Fletcher fait ici feu de tout cinéma et explore cette fois toutes les possibilités que son medium lui permet. Le moyen de tordre l'espace-temps avec malice et pertinence, et opérer des transitions avec un style et une finesse qui fleurent bon le old-school. Ainsi, en témoignent la complexe séquence au restaurant, ou l'ouverture du film dans le lit de l'enfant Reginald.

 

Photo Taron EgertonTaron Egerton au top du top

 

Pertinent, Dexter Fletcher l'est aussi dans son écriture. Si on avait étrillé (et nous n'étions pas les seuls) Bohemian Rhapsody sur sa représentation "maladive" de l'homosexualité de Freddie Mercury, celle d'Elton John est en revanche parfaitement maîtrisée. Il est clairement victime non pas de ce qu'il est, mais bien de ce qu'on fait de lui.

Une différence cruciale et un point de vue particulièrement efficace, puisque les plus habiles et touchants moments de Rocketman sont ceux portés par ce thème ô combien difficile et les dures confrontations qui en découlent. Au point que, en filigrane, c'est bien ce combat là qui devient naturellement le moteur principal du film, sans pour autant phagocyter le récit et s'imposer avec de gros sabots. Un bel exercice d'équilibriste en somme.

 

photo, Taron Egerton, Richard MaddenIl est vachement moins sympa qu'avant Robb Stark

 

TA FUSÉE, ELLE TONNE

Cependant, si Rocketman emporte facilement le spectateur, une fois l'emballement d'un climax jouissif retombé, un constat s'impose : si le film a beaucoup plus de cran et d'honnêteté qu'on attendait de lui, il n'en reste pas moins un pur exercice hagiographique (Elton John en est d'ailleurs producteur avec la Paramount).

L'artiste voit ses travers auto-destructeurs mis à nu pour être mieux magnifié. On salue déjà ce courage là, mais il n'est jamais franchement confronté quand ses actions détruisent d'autres personnes que lui-même. Cela pousse Rocketman a faire quelques pirouettes un peu déplacées, notamment en ce qui concerne la pauvre Renate Blauel, pour ne pas trop abîmer son personnage principal. Dommage.

 

Photo Taron EgertonRenate qui ?

 

À cause de son genre hybride, Rocketman pâtit également d'un rythme assez bâtard. Rien qui ne gêne franchement au visionnage, mais on a l'impression qu'à force de faire l'aller retour entre deux genres, Dexter Fletcher s'emmêle un peu les pinceaux.

Certains dialogues sont ainsi très bizarrement montés, trop empressés. Dommage à nouveau, car avec à peine 2h au compteur Rocketman n'aurait pas particulièrement souffert de 5 minutes supplémentaires.

 

Affiche

Résumé

Si Rocketman n'invente pas la poudre, il décolle bien et amène la formule du biopic musical grand public au stade supérieur. Et Dexter Fletcher pourrait bien s'imposer comme un nouvel artisan fort pour les studios.

commentaires

Jokjc
01/06/2019 à 10:57

Un régal
Autant bohemian rhapsody est allé dans la facilité et s'est juste reposé sur la construction du groupe et des œuvres, autant il y un vrai risque de la part de fletcher à construire rocketman sur une expérience musicale
Et ça fonctionne, emballé sur les thèmes de EJ et mis en avant dans la rédaction des moments forts de sa vie, les 2 heures sont jouissives
Et bravo à l'acteur.

Ma vraie bonne surprise de 2019 pour le moment

Babar77
30/05/2019 à 21:09

Bohemian Rhapsody est tout sauf un chef d'oeuvre... c'est un petit biopic sympa mais pas du tout un grand film.
Le film a sans doute fait succès grâce à sa bo que beaucoup de djeuns et de fans ont découvert ou redécouvert. Le côté vintage underground joue aussi je pense.
Puis c'était l'occaz pour beaucoup de djeuns de découvrir de la vraie musique. Ce sont les albums de Queen les véritables chefs d'oeuvres... le film ne fait que les mettre en valeur.. et encore seulement en partie

Chewie52
29/05/2019 à 19:56

Mouais mouais mouais. Pas sûr qu'on ait vu le même film....
Un bon film certes, mais rien à voir pour moi avec le chef-d'œuvre qu'est Bohemian Rhapsody.

Opale
24/05/2019 à 14:02

Me voilà rassuré! Merci!:))

Geoffrey Crété - Rédaction
24/05/2019 à 12:38

@Opale

Comme je le disais : pas d'inquiétude, ce n'est pas du tout l'idée ! Ecran Large restera très largement ouvert sans abonnement.

Opale
24/05/2019 à 11:46

Espérons qu'EL de devienne pas un site comme celui de Mad Movies par exemple, du style tu payes sinon t'a droit à des miettes... Et du coup je n'y vais plus du tout...:( J'espère vraiment, sinon gros, gros dilemme pour moi les amis...

Geoffrey Crété - Rédaction
23/05/2019 à 18:26

@Pseudo1

Pas du tout, les lecteurs qui ne veulent ou peuvent pas payer d'abonnement resteront précieux dans notre cœur, et pas grand chose ne changera pour eux.

Pseudo1
23/05/2019 à 18:23

@EL

OK. J'espère que les non-abonnés ne seront pas laissés pour compte comme chez d'autres sites en tout cas.
Non pas que ne pas s'abonner relève d'une non-volonté de vous soutenir, au contraire (pour ça qu'on ne se plaint pas de la pub), mais vient un moment, quand tous les acteurs de tous les domaines (TV, cinéma, musique, presse, jeux vidéo, sport, culture...) se mettent à passer à l'abonnement, difficile de suivre pour le porte-monnaie.

Geoffrey Crété - Rédaction
23/05/2019 à 18:16

@Pseudo

On explique tout ça dans une vidéo et un article très vite :)

Pseudo1
23/05/2019 à 18:12

@EL
Il faut s'attendre à des restrictions pour les non-abonnés par rapport au site actuel, en dehors de la présence des pubs j'imagine ?
En gros, les abonnés auront-ils accès à de nouveaux contenus par rapport aux actuels ? Ou certains actuels seront-ils uniquement dispos aux abonnés ?

Dans les 2 cas, ces contenus seront rendus publics à tous au bout d'un temps donné, ou ad vitam pour les abonnés uniquement ?

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