Première année : critique sous calmant

Geoffrey Crété | 11 septembre 2018
Geoffrey Crété | 11 septembre 2018

Propulsé par Hippocrate en 2014, qui lui a valu deux nominations aux César, Thomas Lilti a continué à puiser dans ses expériences comme médecin généraliste la matière à ses fictions, avec Médecin de campagne. Et comme une fin de trilogie sous forme de flashbacks, il replonge dans cet univers avec Première année, récit de la première année de médecin compliquée de deux garçons, interprétés par Vincent Lacoste et William Lebghil.

HIGH SCHOOL MEDICAL

Après l'hôpital animé de Hippocrate et la province vieillissante de Médecin de campagne, retour en arrière. Première année raconte ainsi l'arrivée de Benjamin en fac de médecine et sa rencontre avec Antoine, un futur ami-ennemi, qui en est à sa troisième première année. Pour Benjamin, c'est un parcours logique et naturel puisque son père est chirurgien, et que c'est le moule de sa famille. Pour Antoine, c'est moins une évidence qu'une passion, voire une obsession autodestructrice : il veut être médecin généraliste, ou rien.

Première année est ainsi une histoire de passion. Celle qui anime le cinéaste, lui-même passé sur les bancs de la fac de médecine, et celle des personnages. La passion qu'on choisit dans son cœur, et celle qu'on nous impose pour des raisons sociales ou familiales. C'est la raison qui fait du quatrième film de Thomas Lilti sa réalisation la plus touchante et sobre, et peut-être son film le plus humain.

 

photo, William Lebghil, Vincent LacosteVincent Lacoste et William Lebghil

 

QUOI DE NEUF DOCTEURS

Sans surprise, Thomas Lilti se repose sur une formule très classique, voire scolaire. Les deux garçons vont donc d'abord être amis, puis quasiment ennemis à mesure que la jalousie, la tension et leurs différences grandissent à l'approche du fameux concours. Le réalisateur a clairement un talent pour concocter des films populaires, en tirant ses petites histoires vers quelque chose d'universel, autour de protagonistes attachants. Mais il a aussi cette tendance à trop se reposer sur les stéréotypes, et une mécanique scénaristique trop huilée.

Première année ne déroge pas à la règle, et n'évite pas certains écueils, notamment dans sa dernière ligne droite trop lumineuse qui dénote presque avec le reste. Et si ce récit initiatique se suit avec une facilité évidente dès ses premiers instants, c'est au prix d'un manque de surprises et d'audaces au fil des étapes du parcours. Il y a donc l'impression de voir un film qui manque un peu de vie, trop télécommandé pour véritablement séduire et convaincre.

 

photo, William Lebghil William Lebghil, prochainement dans Voyez comme on danse

 

AUTOPSIE SOCIALE

Thomas Lilti anime néanmoins son récit d'une belle lecture de la lutte non pas des classes, mais des éducations. Entre un Benjamin qui a les codes à défaut de la passion, et un Antoine dans la position contraire, Première année raconte quelque chose d'intéressant et plus fin que prévu sur la société et le déterminisme social. C'est d'autant plus réussi que le discours reste en arrière-plan, jamais trop démonstratif malgré quelques dialogues explicatifs.

C'est aussi ça qui rend le film particulièrement touchant, lorsque cette réalité rattrape les personnages, pour les confronter à leurs échecs - avec les rêves, avec le père. Et si le réalisateur peine toujours à donner une vraie ampleur cinématographique à son film, malgré des efforts évidents dans plusieurs scènes, les talents conjugués de William Lebghil et Vincent Lacoste suffisent à inonder l'écran.

Ils sont tous deux nés avec Riad Sattouf - le premier dans la web-série Mes colocs, le second avec Les Beaux gosses. S'étaient croisés sur Jacky au royaume des filles. Et se trouvent finalement réellement ici, pour former un beau duo. Sobre, simple, charmeur, William Lebghil est parfait en premier rôle. Vincent Lacoste, lui, rappelle après Victoria  ou Plaire, aimer et courir vite, qu'il vaut bien plus que ses rôles qui lui collent à la peau, et qu'il a de quoi étonner et émouvoir au premier degré. Ensemble, ils font de cette Première année un film parfaitement dans la lignée modeste de Hippocrate.

 

Affiche

Résumé

S'il se repose toujours autant (et trop) sur des recettes et stéréotypes, Thomas Lilti touche ici à quelque chose de plus humain et touchant, et donc d'un peu moins scolaire.

Lecteurs

(4.0)

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commentaires

EUh
01/02/2019 à 22:15

Bon, comme prévu, début sympa puis on se rend vite compte qu'on a droit à un film hyper stéréotypé, l'a rencontre, l'amitié le conflit puis on se retrouve etc, le film ne cherche tellement pas l'originalité qu'il utilise 3 fois le procédé du montage à la rocky pour les montrer réviser, mais merde depuis plus de dix ans et Team America (we need a montaaage) ca ne devrait plus être autorisé ce genre de facilité. Bref, aussi passionnant qu'un docu sur des étudiants en médecine, même Lacoste et les petites idées sur le déterminisme (mais qui passent souvent par des dialogues peu subtils) n'arrivent pas à rehausser l'intérêt.

Ben
11/09/2018 à 17:45

(télé)film biberonné à la subvention du CNC, acteurs à la mord-moi-le_noeud et au physique de voyageurs du métro, scénario d'un inventivité de dinguo... mais franchement qui va perdre son temps (vie) à aller voir un film comme ça? Pire... je commente l'article!

Zanta
11/09/2018 à 16:14

"Hippocrate" partait complètement en sucette sur la fin, avec le perso de Lacoste qui pétait un câble en guise de rebondissement dramatique.
Apparemment, ce "Première Année" souffre du même problème : un vrai talent du scénariste/réal pour installer un univers (qu'il connait certes très bien) mais une difficulté à raconter une histoire équilibrée jusqu'au bout.

Sanchez
11/09/2018 à 15:16

JPP ça fait 3 mois que UGC nous foutent la bande annonce avant chaque p***** de films, je suis déjà saoulé. A quand la suite , « 2ème année » puis le prequel « bac » .

Sanchez
11/09/2018 à 15:11

JPP ca fait au moins 3 mois que UGC passe la bande annonce avant chaque putain de film , ça m’a déjà ultra saoulé. Et puis c’est quoi ce nouveau concept ? Bientôt la suite , « deuxième Année » , puis le prequel « bac ».

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