L'Echange des princesses : Critique échangiste

Christophe Foltzer | 26 décembre 2017
Christophe Foltzer | 26 décembre 2017

Deuxième long-métrage du romancier Marc Dugain, L'Echange des Princesses ose le pari de la reconstitution historique en nous racontant un épisode de l'Histoire de France plutôt particulier.

Affiche officielle
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Qu'importent l'époque et le système gouvernant le pays, le plus important est la diplomatie et la politique. Maintenir l'entente entre les peuples, se prémunir de la guerre : des thématiques terriblement actuelles que L'Echange des Princesses nous expose très vite et transpose dans l'histoire vraie de l'accession au pouvoir du Louis XV à l'âge de 11 ans. Pour éviter une nouvelle guerre avec l'Espagne, le régent Philippe d'Orléans décide de marier le futur roi à l'infante Anna Maria Victoria, âgée de 4 ans, tandis qu'il envoie sa propre fille, Mlle de Montpensier, épouser le futur Roi espagnol afin de guarantir une paix durable entre les deux royaumes. Evidemment entre le projet politique et les réalités humaines, il y a un fossé qui se creuse de plus en plus avec les années.

 

Photo Igor Van Dessel

 

SATISFAIT OU REMBOURSE

En adaptant le roman de Chantal Thomas (qui a participé au scénario), le romancier-réalisateur Marc Dugain n'a clairement pas choisi la facilité, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Nanti d'un budget modeste en regard de l'ambition du projet, L'Echange des Princesses aurait très bien pu ressembler à ces petits films qui se prennent pour des blockbusters et qui ont l'audace de se comparer à Barry Lyndon parce qu'ils ont pu se payer deux costumes d'époque.

Heureusement, il n'en est rien ici et la reconstitution fonctionne, notamment grâce à une photographie absolument magnifique qui met en valeur les intérieurs autant que les corps, laissant aux extérieurs le soin de montrer cet Empire un brin décadent sous son vrai visage. Il y a aussi ces petits détails par-ci par-là (murs gris ou sales, boiseries craquelées), jamais jetés au visage du spectateur mais qui participent beaucoup à l'ambiance générale.

 

Photo Lambert Wilson

 

L'autre pari, et il est énorme, c'était ses comédiens. Si l'on passera sur Olivier Gourmet et Lambert Wilson (tous deux très bons mais dans des registres très différents), il nous faut évidemment nous attarder sur les enfants qui incarnent les malheureux héros de cette histoire sordide. On le sait, c'est toujours risqué d'utiliser un enfant pour jouer un rôle important, surtout dans un film français, et les frissons de la honte ne sont jamais bien loin.

Or, encore une fois, Marc Dugain réussit un véritable miracle en nous proposant quatre jeunes acteurs à l'intensité et à la qualité de jeu proprement incroyables. On s'étonne d'ailleurs régulièrement de voir une telle maturité de jeu chez d'aussi jeunes comédiens, tous reflétant à merveille l'aspect désabusé de leurs personnages, contraints et résignés à passer leur vie utilisés comme un outil politique alors qu'ils espéraient juste pouvoir vivre leur enfance. Igor Van Dessel, Anamaria Vartolomei, Juliane Lepoureau et Kacey Mottet Klein sont troublants de vérité.

 

Photo Juliane Lepoureau, Catherine Mouchet

 

LE ROI ET MOI

Bien entendu, le film n'est pas parfait, mais les quelques défauts mineurs qui apparaissent ça et là n'amenuisent en rien la qualité de l'ensemble. On pourrait par exemple lui reprocher la sensation qu'il perd quelque peu le fil de son histoire dans sa seconde partie pour le reprendre par la suite heureusement, que certains seconds rôles dénotent par un jeu particulièrement outrancier qui s'intègre mal à l'ambiance (notamment le premier ministre du Roi), mais ce ne serait que chipotages. Et le film a d'autres richesses à offrir, si l'on passe outre ces quelques aspects.

 

Photo Olivier Gourmet

 

Ce qui impressionne, et c'est vraiment une surprise, c'est que dès le départ nous sommes dans une désacralisation de la figure royale, présentée comme un destin tragique et déterminé où l'humain n'a guère de place. Une vision peu courante de la royauté qui montre la lutte intestine entre la religion très présente et l'évolution d'un adolescent qui s'éveille à la vie, marqué par la mort depuis son plus jeune âge. Il y règne ainsi une sorte de fatalisme doux qui transforme ses personnages tout au long du film tout autant qu'il les prive de leur enfance. Et lorsqu'une fille de 4 ans parle déjà de mort et d'inéluctabilité, cela procure une sensation très, très étrange.

 

Affiche officielle

Résumé

S'il comporte quelques imperfections, L'Echange des Princesses est cependant un très bon film, d'une grande ambition mais pleinement conscient de ses limites. Magnifiquement mis en lumière et traversé par un jeu d'acteur époustouflant, il fait très plaisir à voir, surtout en ce moment. Si l'on pourra tirer des parallèles avec l'époque actuelle, il s'agit avant tout d'une fresque historique tragique et saisissante qu'on aurait tort de bouder.

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