CoExister : critique hérétique

Créé : 12 octobre 2017 - Simon Riaux

Alors que tout un pan de la comédie française dite populaire se retranche sous ses airs de bouffonerie bon enfant derrière un repli droitier et identitaire problématique car jamais franchement assumé (A Bras Ouverts, Le Grand Partage, Gangsterdam…), c’est forcément avec une pointe d’appréhension que l’on voit débarquer Coexister. Ce serait oublier que Fabrice Eboué est à la barre.

 

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QUAND LA MUSIQUE EST CONNE

Co-auteur et co-réalisateur de Case départ et Crocodile du Botswanga, l’humoriste s’est fait le chantre d’un rire aussi décomplexé que sympathiquement agressif, renvoyant dos-à-dos sans amertume les antiennes communautaires et les présupposés mongolo-ethnico-cultureux. C’est le même traitement qu’il applique ici aux trois religions dites « du Livre » et à leurs représentants, avec une malice qui donne souvent le sentiment que CoExister a été pensé comme une réponse au toxique Qu’Est-ce Qu’on a fait au bon Dieu ?

Fabrice Éboué, qui se donne ici le rôle d’une sorte de sorte de Scapin fatigué, réunit un simili-imam, un proto-curé, et un quasi-rabbin, avec dans l’idée de les transformer en icône du vivre-ensemble aisément consommable, afin de vendre des trillions d’un disque surfant sur une certaine bien-pensance de l’époque. Le procédé est idéal, en cela qu’il l’autorise à moquer l’idée de culte plutôt qu’une spiritualité, les ambassadeurs du religieux plutôt que ceux qui les suivent, tout comme il croque alternativement avec tendresse puis rouerie un monde du spectacle vérolé par sa suffisance.

 

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Jonathan Cohen, arme de destruction comique

 

Pas donneur de leçon, son Coexister s’amuse – et nous avec – des illusions consenties par le corps social, de l’hypocrisie ambiante et de la médiocrité de son temps. La cible dessinée en creux par le film est une idée factice du vivre-ensemble, qui gommerait à la fois les différences de ses membres tout en écartant ceux qui n’en seraient pas digne. Un positionnement qui confère au film une hargne tendre, et l’autorise à lancer des piques aussi drôles que bien senties.

 

Photo Fabrice Éboué

 

RIRE ET CHANSONS

Un équilibre qui tient essentiellement par la foi qu’il insuffle dans ses personnages, tous excellemment croqués, et qui ne manquent jamais d’humanité. Si on excepte Guillaume De Tonquedec, décidément trop attendu dans sa partition de franchouillard pur sucre, tous réserve au métrage quantité de trouvailles, comiques ou purement cinégéniques, particulièrement appréciables.

 

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Les Trois de l'Apocalypse

 

À ce titre, Jonathan Cohen impressionne par la vélocité de son jeu, aussi vif dans le pantomime cocaïné que dans la cartographie des failles d’un type toujours à contretemps, qu’il soit en sur ou sous régime. Il rappelle, souvent de brillante manière, que Coexister ne sacrifie jamais la satire politico-religieuse au pur comique de situation.

On regrettera en revanche que Fabrice Eboué encombre inutilement son récit de sous-intrigues (notamment sentimentales), qui ne serve d’autre intérêt qu’un remplissage artificiel et nuisent au rythme de l’ensemble. De  même, les séquences musicales sont trop sages, et échouent à surligner amusamment les tics de l’industrie musicale, et alourdissent à leur tour, autant qu’elles affadissent, un ensemble qui demeure toujours séduisant.

 

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Résumé

Fabrice Eboué, malgré deux trois anicroches formelles, prouve qu'on peut s'emparer des sujets les plus stérilement débattus dans ce pays et les transformer en un rire euphorisant et sincère.

commentaires

Le monde 13/10/2017 à 23:08

Je pourrai le regarder une deuxieme fois, Audrey Lamy ai juste trop drôle quand elle chante du rap. Pleins de passages marrant. Même si on ai loin de la réalité de la vie je prefere voir un film ou la différence fait une force o lieu de regarder les infos ou la différence nous tue!!! Je valide coexister.

miaoumiaou 12/10/2017 à 22:21

très bonne comédie, ça fait longtemps que je n'ai pas ri autant. Je n'ai pas trop aimé les deux premiers films d'Eboué mais celui-là est vraiment réussi.
Bravo à lui de nous donner le sourire pendant tout le film.

Louig 12/10/2017 à 22:15

"réunit un simili-prêtre, un proto-curé, et un quasi-rabbin"
Du coup c'est pratique pour ne pas être taxé d'islamophobie chez écran large ^^

LaTeub 12/10/2017 à 17:07

La Vérité, tout ça c'est pas du grand cinéma, hein?

Arnaud 12/10/2017 à 16:24

Heureusement que la verité des uns n'est pas celle des autres ...

Lui 12/10/2017 à 16:15

Non Qu’est ce qu’on... n’est pas un bon film. C’est la seule vérité qui existe dans cet univers l’unique chose dont l’humanite soit certaine, désolé.

Arnaud 12/10/2017 à 16:01

Vous etes durs avec Qu'Est-Ce Qu'On A Fait Au Bon Dieu, il etait franchement bien ce film

Sinon j'ai vraiment hate de voir Coexister, j'espere retrouver la verve et le piquant de Fabrice Eboué !!

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