CoExister : critique hérétique

Simon Riaux | 21 août 2018 - MAJ : 03/09/2019 18:19
Simon Riaux | 21 août 2018 - MAJ : 03/09/2019 18:19

Alors que tout un pan de la comédie française dite populaire se retranche sous ses airs de bouffonerie bon enfant derrière un repli droitier et identitaire problématique car jamais franchement assumé (À bras ouverts Le Grand PartageGangsterdam et le big boss Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?), c’est forcément avec une pointe d’appréhension que l’on voit débarquer CoExister. Ce serait oublier que Fabrice Éboué est à la barre.

QUAND LA MUSIQUE EST CONNE

Co-auteur et co-réalisateur de Case départ et Crocodile du Botswanga, l’humoriste s’est fait le chantre d’un rire aussi décomplexé que sympathiquement agressif, renvoyant dos-à-dos sans amertume les antiennes communautaires et les présupposés mongolo-ethnico-cultureux. C’est le même traitement qu’il applique ici aux trois religions dites « du Livre » et à leurs représentants, avec une malice qui donne souvent le sentiment que CoExister a été pensé comme une réponse au toxique Qu’Est-ce Qu’on a fait au bon Dieu ?

Fabrice Éboué, qui se donne ici le rôle d’une sorte de sorte de Scapin fatigué, réunit un simili-imam, un proto-curé, et un quasi-rabbin, avec dans l’idée de les transformer en icône du vivre-ensemble aisément consommable, afin de vendre des trillions d’un disque surfant sur une certaine bien-pensance de l’époque. Le procédé est idéal, en cela qu’il l’autorise à moquer l’idée de culte plutôt qu’une spiritualité, les ambassadeurs du religieux plutôt que ceux qui les suivent, tout comme il croque alternativement avec tendresse puis rouerie un monde du spectacle vérolé par sa suffisance.

 

PhotoJonathan Cohen, arme de destruction comique

Pas donneur de leçon, son CoExister s’amuse – et nous avec – des illusions consenties par le corps social, de l’hypocrisie ambiante et de la médiocrité de son temps. La cible dessinée en creux par le film est une idée factice du vivre-ensemble, qui gommerait à la fois les différences de ses membres tout en écartant ceux qui n’en seraient pas digne. Un positionnement qui confère au film une hargne tendre, et l’autorise à lancer des piques aussi drôles que bien senties.

 

Photo Fabrice ÉbouéToi, je t'aime

 

RIRE ET CHANSONS

Un équilibre qui tient essentiellement par la foi qu’il insuffle dans ses personnages, tous excellemment croqués, et qui ne manquent jamais d’humanité. Si on excepte Guillaume De Tonquedec, décidément trop attendu dans sa partition de franchouillard pur sucre, tous réservent au métrage quantité de trouvailles, comiques ou purement cinégéniques, particulièrement appréciables.

 

PhotoLes Trois de l'Apocalypse

À ce titre, Jonathan Cohen impressionne par la vélocité de son jeu, aussi vif dans le pantomime cocaïné que dans personnage toujours à contretemps, qu’il soit en sur ou sous régime. Il rappelle, souvent de brillante manière, que CoExister ne sacrifie jamais la satire politico-religieuse au pur comique de situation.

On regrettera en revanche que Fabrice Éboué encombre son récit de sous-intrigues (notamment sentimentales), qui ne servent d’autres intérêts qu’un remplissage artificiel et nuisent au rythme de l’ensemble. De  même, les séquences musicales trop sages échouent à surligner amusamment les tics de l’industrie musicale. Elles alourdissent inutilement un ensemble qui demeure séduisant.

 

Affiche

 

 

Résumé

Fabrice Eboué, malgré deux trois anicroches formelles, prouve qu'on peut s'emparer des sujets les plus stérilement débattus dans ce pays et les transformer en un rire euphorisant et sincère.

commentaires

sylvinception
22/08/2019 à 17:44

Ben quoi, c'est pas la même famille ??
(désolé...)

sylvinception
22/08/2019 à 17:43

D'accord avec Satan, je ne vois d'ailleurs pas trop ce que lui trouvait notre cher Hubert Bonisseur de La Bath.

MystereK
22/08/2019 à 13:07

Et bien voilà un commentaire intilligent qui fait avancer le schmilblick... critiquer les gens sur leur physique alors qu'on parle cinéma.

Satan LaBite
22/08/2019 à 09:40

Audrey Lamy qu'est-ce qu'elle est laide ...

rorov94
22/08/2019 à 09:34

Des barres de rire!
Comme CASE DÉPART et LE CROCODILE DU BOSTWANGA d'ailleurs...
Après,ont peu aimer QU'EST CE QU'ON A FAIT...,BLACK MIC MAC,LA VÉRITÉ SI...,RABBI JACOB...bref,les comédies dites communautaires pour d'autres raisons.
L'essentiel c'est de rigoler pendant la projo'.

Le Waw
21/08/2019 à 22:49

Une des rares bonnes comédies française de ces dernières années.

zanta
19/08/2018 à 13:15

Grosse déception que ce film... Le concept alléchant est tellement sous-exploité, faute de courage scénaristique de la part d'Eboué, d'un regard plus acéré et de dialogues réussis. Le bonhomme aurait vraiment gagné à s'associer à quelqu'un pour l'écriture. Comme Blanche Gardin, avec qui il avait collaboré par le passé.

docsavage
18/08/2018 à 13:15

Eboué,le Dieudonné soumis sans le talent !

Le monde
13/10/2017 à 23:08

Je pourrai le regarder une deuxieme fois, Audrey Lamy ai juste trop drôle quand elle chante du rap. Pleins de passages marrant. Même si on ai loin de la réalité de la vie je prefere voir un film ou la différence fait une force o lieu de regarder les infos ou la différence nous tue!!! Je valide coexister.

miaoumiaou
12/10/2017 à 22:21

très bonne comédie, ça fait longtemps que je n'ai pas ri autant. Je n'ai pas trop aimé les deux premiers films d'Eboué mais celui-là est vraiment réussi.
Bravo à lui de nous donner le sourire pendant tout le film.

Plus

votre commentaire