The Witch : critique d'une horreur envoûtante

Simon Riaux | 16 juin 2016

Récompensé à Sundance, encensé à Toronto, The Witch arrive précédé d'une formidable réputation. Ce premier film est-il à la hauteur de l'aura qui le devance ?

 

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18 réactions

Exorcisme, possession, satanisme... Depuis une dizaine d'années, l'imaginaire et la symbolique chrétienne règnent sur le fantastique américain, avec la bénédiction d'un public jeune, qui plébiscite ce revival sous influence (Insidious, The Conjuring, etc...). Avec The Witch, le réalisateur Robert Eggers nous propose de revenir aux origines de cette mythologie populaire et de comprendre combien la vision que nous en proposent nombre de films contemporains est aseptisée, simplifiée à l'extrême.

Il sera ici question d'une famille, que son fondamentalisme religieux a condamné à vivre éloigné de la Colonie de Nouvelle Angleterre où elle avait trouvé refuge. Installé à l'orée d'une forêt inquiétante, le clan se dissout alors que des évènements de plus en pus étranges le mettent à l'épreuve. De ce postulat, le film tire une passionnante analyse de nos peurs et de leurs origines, en revenant aux fondements esthétiques de notre conception du mal.

 

Photo Anya Taylor-Joy

 

C'est tout un pan de l'imaginaire occidental qui assaille les personnages de The Witch. Car si sorcière il y a, la peur s'insinue ici via un complexe jeu de références. Symbolique païenne, retour de l'animalité, sexualité réfrénée mais suintant de chaque image, importance du sang... La présence du surnaturel ne sera jamais circonscrite à un élément ou à un personnage, mais guette littéralement à l'intérieur de chaque séquence, s'infiltre dans le film et le spectateur, créant un hors-champ fantasmagorique d'une remarquable puissance.

Chaque scène referme inexorablement le piège qui se noue autour des personnages. Au centre du dispositif, l'excellente idée de mener à la fois une analyse critique du fondamentalisme religieux ET un récit fantastique frontal. Entre la folie religieuse, les interprétations implacables de faits anodins et la propagation d'une horreur venue du fond des âges, le spectateur n'a aucune échappatoire, aucun répit.

 

Photo Anya Taylor-Joy

 

On l'aura compris, The Witch entend nous reconnecter violemment avec une peur primitive. Et Robert Eggers y parvient. Âpre, tournée dans un décor rugueux et porté par un anglais du XVIIème siècle dont les accents gutturaux hantent une bande-originale tourmentée, son oeuvre est exigeante mais terriblement accessible, en cela qu'elle nous ramène à un état de pure croyance, où l'interprétation des signes, la foi et la folie s'entremêlent.

Plastiquement somptueux, toujours ambigu, le film atteint lors de sa conclusion une maîtrise telle qu'une simple voix, guettée par le spectateur depuis le début du cauchemar, suffit à créer un sentiment de terreur abyssal. Ce sont les dernières minutes du film qui révèlent le talent de Robert Eggers, alors que The Witch s'assume totalement et nous plonge dans une horreur inscrite en filigrane dans la culture occidentale.

  

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Résumé

Exigeant, complexe, The Witch est une autopsie terrifiante de nos peurs les plus ancestrales.

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beyond
03/05/2018 à 18:36

J'ai vu ce film en retard, il y a tout juste quelques semaines. J'en ai eu des cauchemars et c'est peu dire que je suis relativement blasé en terme de films d'épouvante.

MystereK
21/12/2016 à 13:11

"A part le son , ce n'est pas un film d'horreur."

Et pourtant... j'en ai vus des gens pris par le film flipper à mort dans la salle où j'étais. Rarement j'ai vu un film avec une telle ambiance oppressante où chaque image baigne dans la terreur sous-jacente.

Cervo
27/06/2016 à 16:58

"A part la musique c'est pâs un film d'horreur"

ce qu'il ne faut pas lire. tu fais une plongée étouffante dans le satanisme et les croyances dan sle mal, en pulvérisant une famille et en retournant aux sources de l'idée même de peur et de vice, mais non c'est pas un film d'horreur hein.
Ce qu'il faut pas lire.

C'est effectivement une merveille à ranger aux côté de It Follows ou Mr Babadook, les deux autres merveilles de ces 10 dernières années

Allal
26/06/2016 à 23:23

A la place de vous faire chier allez aun kebab .( tu paye moins et c'est mieux . Ça peut même faire plus peur . )

Coucou les amateurs
26/06/2016 à 23:21

A part le son , ce n'est pas un film d'horreur. Si vous avez de l'argent et du temps à dépenser pour rien , allez voir se film.

Joris
20/06/2016 à 13:52

Enorme. C'est beau, c'est intelligent, c'est super fin et ça réserve aussi d'énormes moments de flippes, atmosphérique ou plus viscérale.
Et bordel la fin est absolument démente.

Après c'est sûr pour les minots fans de Conjuring ça doit être un peu rude.

Dr. Zaius
18/06/2016 à 00:54

Un film qui ne laisse clairement pas de marbre. Quand Le Nouveau Monde rencontre Suspiria :) The VVitch, on en parle également ici http://docteur-zaius.podcloud.fr/cornelius-and-zira-ep-number-0-part1-gerardmer-2016

Ben
16/06/2016 à 14:35

Une petite pépite excellemment interprétée par tous les acteurs, une photo quasiment picturale, la scène de fin est un véritable tableau!
Moi j'ai adoré,il y a de vrai moment d'interrogation, la première scène d'horreur on peut se poser la question si elle est vrai ou non... mais ce n'est pas un film d'horreur, plutôt un conte d'horreur à l'image des contes de Grimm notamment, véhiculant toujours les mêmes thèmes: sorcières, enfants, forêts, croyances, virgnité et vieilles mégères....

Raijin
15/06/2016 à 18:19

Vu aussi il y a quelques temps. Y a pas grand chose à reprocher au film au niveau de la forme mais je l'ai trouvé moi aussi assez plat. A part un certain sentiment de malaise léger lors de certaines scènes, pas grand chose d'autre à signaler niveau émotions véhiculées par le film.

LambdaZero
15/06/2016 à 13:54

Une belle proposition de cinéma ! Ce n'est pas "long", ça prend juste son temps, ce qui est rare dans le cinéma d'aujourd'hui. L'ambiance sonore est incroyable, les acteurs au top. Difficile de définir le film, le "vrai film d'horreur social" de @icarius me convient bien.

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