Exorcisme, possession, satanisme… Depuis une dizaine d’années, l’imaginaire et la symbolique chrétienne règnent sur le fantastique américain, avec la bénédiction d’un public jeune, qui plébiscite ce revival sous influence (Insidious, The Conjuring, etc…). Avec The Witch, le réalisateur Robert Eggers nous propose de revenir aux origines de cette mythologie populaire et de comprendre combien la vision que nous en proposent nombre de films contemporains est aseptisée, simplifiée à l’extrême.
Il sera ici question d’une famille, que son fondamentalisme religieux a condamné à vivre éloigné de la Colonie de Nouvelle Angleterre où elle avait trouvé refuge. Installé à l’orée d’une forêt inquiétante, le clan se dissout alors que des évènements de plus en pus étranges le mettent à l’épreuve. De ce postulat, le film tire une passionnante analyse de nos peurs et de leurs origines, en revenant aux fondements esthétiques de notre conception du mal.
C’est tout un pan de l’imaginaire occidental qui assaille les personnages de The Witch. Car si sorcière il y a, la peur s’insinue ici via un complexe jeu de références. Symbolique païenne, retour de l’animalité, sexualité réfrénée mais suintant de chaque image, importance du sang… La présence du surnaturel ne sera jamais circonscrite à un élément ou à un personnage, mais guette littéralement à l’intérieur de chaque séquence, s’infiltre dans le film et le spectateur, créant un hors-champ fantasmagorique d’une remarquable puissance.
Chaque scène referme inexorablement le piège qui se noue autour des personnages. Au centre du dispositif, l’excellente idée de mener à la fois une analyse critique du fondamentalisme religieux ET un récit fantastique frontal. Entre la folie religieuse, les interprétations implacables de faits anodins et la propagation d’une horreur venue du fond des âges, le spectateur n’a aucune échappatoire, aucun répit.
On l’aura compris, The Witch entend nous reconnecter violemment avec une peur primitive. Et Robert Eggers y parvient. Âpre, tournée dans un décor rugueux et porté par un anglais du XVIIème siècle dont les accents gutturaux hantent une bande-originale tourmentée, son oeuvre est exigeante mais terriblement accessible, en cela qu’elle nous ramène à un état de pure croyance, où l’interprétation des signes, la foi et la folie s’entremêlent.
Plastiquement somptueux, toujours ambigu, le film atteint lors de sa conclusion une maîtrise telle qu’une simple voix, guettée par le spectateur depuis le début du cauchemar, suffit à créer un sentiment de terreur abyssal. Ce sont les dernières minutes du film qui révèlent le talent de Robert Eggers, alors que The Witch s’assume totalement et nous plonge dans une horreur inscrite en filigrane dans la culture occidentale.
J’ai pu lire des avis de nombreux internautes concernant ce film qui divise. Si vous cherchez le classique film d’horreur insipide à la Saw ou autres absurdités du genre, passez votre chemin. Il ne s’agit pas ici d’attendre que la peur s’invite à l’écran, mais bien de plonger dans les profondeurs indicibles de la psyché humaine qui ont conditionné une période d’obscurantisme historique crasse. Ce film est un hommage à celles que l’on accusait et que l’on brûlait ou pendait.
Lorsque Robert Eggers nous plonge dans le monde obscur et sauvage de « The Witch », sorti en 2015 aux États-Unis, il ne s’agit pas seulement d’un film d’horreur, mais d’une descente dans les recoins les plus torturés de l’esprit. Anya Taylor-Joy, dans son rôle remarquable de Thomasin, nous guide à travers une époque où la réalité et la superstition se fondent de manière inextricable.
Et cela fonctionne ! Nous avons un psychodrame perturbant. Alors non, vous ne verrez pas de tête qui tournent à 360° avec des voix mécaniques. Mais c’est pire que cela. Vous verrez une forme de réalité. « The Witch » est avant tout un chef-d’œuvre psychologique. Situé en Nouvelle-Angleterre dans les années 1630, le film explore les effets corrosifs de la peur et de la paranoïa sur une famille isolée. La représentation minutieuse des mœurs et des croyances puritaines de l’époque ajoute une dimension documentaire qui renforce l’authenticité et la profondeur du récit. L’isolement et la méfiance croissante au sein de la famille sont décrits avec une précision glaçante, transformant chaque interaction en une scène tendue et oppressante.
Le génie de Robert Eggers réside dans sa capacité à créer une atmosphère profondément oppressante à travers des choix de mise en scène et de cadrage réfléchis. Les plans statiques et les longs silences accentuent le malaise, tandis que la lumière naturelle et les décors authentiques transportent le spectateur directement dans ce monde austère et inhospitalier. Chaque cadre est une peinture sombre, évoquant une beauté lugubre qui reste gravée dans l’esprit longtemps après la fin du film.
Le film s’appuie fortement sur des sources historiques et folkloriques, ce qui lui confère un réalisme troublant. Les dialogues archaïques, tirés de documents de l’époque, comme c’est dit à la fin du film, et les détails méticuleux des costumes et des décors ajoutent une dimension quasi clinique d’une époque révolue. Cela crée un contraste saisissant avec l’élément surnaturel, rendant les apparitions de la sorcière encore plus terrifiantes. Cette fusion de réalisme et de mythe permet à « The Witch » d’explorer la frontière entre la réalité et la superstition, un thème central qui traverse tout le film.
Anya Taylor-Joy, elle, livre une performance hypnotique, incarnant parfaitement la fragilité et la résilience de Thomasin. Son visage, souvent éclairé par une lumière douce, transmet une gamme d’émotions complexes, du désespoir à la détermination. Chaque geste, chaque regard contribue à l’ambiance psychologiquement chargée du film.
Pour moi, « The Witch » de Robert Eggers est un bijou de l’horreur psychologique, un film qui transcende le simple divertissement pour devenir une étude intense et perturbante de la condition humaine. À la fois film d’épouvante et documentaire, il capture avec une précision terrifiante l’essence des peurs et des croyances qui façonnaient le monde des premiers colons américains (cela vaut aussi pour l’Europe ensauvagée des superstitieux de l’époque et ce n’est pas sans penser au cas de Pendle Hill, par exemple). Eggers a créé une œuvre d’art cinématographique où chaque plan est un témoignage de son génie, offrant une expérience visuelle et émotionnelle inoubliable.
Robert Eggers… Réalisateur Arty, Intello mais iconoclaste, explorateur des frustrations et culpabilités que l’esprit humain peut générer. Un peu pompeux, mais il se rattrape toujours au vol :
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« The Witch » (ou avec deux V, comme des canines de vampire) est l’archétype d’un premier film car tourné à l’économie, mais avec un grand soucis du détail pour ce qui est de reconstituer un contexte historique, avec son esthétique, ses idomes.
Cette réflexion sur l’obscurantisme et la chasse au sorcières tient moins d’un film d’horreur, car les séquences violentes n’y servent jamais de catharsis – pour ça il faudra attendre la toute fin, avec une apothéose troublante bien que pas si effrayante.
La terreur vient du hors-champ, des ellipses, comme dans beaucoup de films d’horreur modernes (qui misent plus sur l’économie de budget que sur le choc frontal)… et du huis clos en bordure de forêt, tellement isolé de tout que les personnages n’ont plus la notion du temps, présent comme passé (les souvenirs d’antan deviennent même imprécis).
Mais ce qui compte le plus pour l’auteur, c’est cette famille en crise, présentée d’une façon intemporelle et qui s’abstient d’être trop assujettie à son contexte d’époque.
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Ainsi, contre toute attente, le père de famille a beau être présenté comme un puritain complet, au point de rejeter sa communauté, trop laxiste à son goût (ce qui contredit les codes habituels des films au climat paranoïaque, avec la folie religieuse qui grandit à cause de la foule)… le film choisit finalement de montrer cet homme comme quelqu’un de fragile, qui ne terrorise pas du tout ses enfants, perclu de honte parce qu’il manque de qualités pratiques, d’habileté. Et Ralph Ineson lui offre toute son étrangeté, et derrière, toute son humanité.
La mère (Kate Dickie) est fragilisée, en butte avec sa fille ainée, le fils ainé est un garçon brave mais troublé par ses premières pulsions sexuelles, les deux derniers gamins sont des petits gremlins – car c’est souvent marrant aussi chez Eggers.
Bref une famille typique, qui s’engueulent entre eux faute de réussir à communiquer. Et dont le destin fait de la peine.
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Évidemment l’aînée est le protagoniste principal, d’abord parce qu’elle a une faute sur la conscience (le bébé de la famille, qu’elle a définitivement perdu). Et aussi parce qu’elle est un esprit indomptable, qui n’a pas peur de répondre face à ceux qui l’agace, quitte à se que ça se retourne contre elle – on sait très bien ce qu’il en coûte aux jeunes femmes dans la Nouvelle-Angleterre du xviie siècle.
La révélation de Anya Taylor-Joy, et toute la bizarrerie qui émane indirectement d’elle.
Même si le film crée peu de visions d’épouvante, l’idée qu’il s’agirait surtout d’horreur psychologique (donc créée avant tout par l’esprit humain) ne tient pas longtemps, le Fantastique existe bel et bien dans cette histoire, même s’il doit émerger sous les traits d’un bouc farceur.
Et quand il ne restera plus rien, se posera alors la question du choix de se réinventer, en pactisant avec des forces qui paraissent bien plus libres et vivantes en comparaison…
Ici tout est question de survie plus que de conscience.
J’ai vu ce film en retard, il y a tout juste quelques semaines. J’en ai eu des cauchemars et c’est peu dire que je suis relativement blasé en terme de films d’épouvante.
« A part le son , ce n’est pas un film d’horreur. »
Et pourtant… j’en ai vus des gens pris par le film flipper à mort dans la salle où j’étais. Rarement j’ai vu un film avec une telle ambiance oppressante où chaque image baigne dans la terreur sous-jacente.
« A part la musique c’est pâs un film d’horreur »
ce qu’il ne faut pas lire. tu fais une plongée étouffante dans le satanisme et les croyances dan sle mal, en pulvérisant une famille et en retournant aux sources de l’idée même de peur et de vice, mais non c’est pas un film d’horreur hein.
Ce qu’il faut pas lire.
C’est effectivement une merveille à ranger aux côté de It Follows ou Mr Babadook, les deux autres merveilles de ces 10 dernières années
A la place de vous faire chier allez aun kebab .( tu paye moins et c’est mieux . Ça peut même faire plus peur . )
A part le son , ce n’est pas un film d’horreur. Si vous avez de l’argent et du temps à dépenser pour rien , allez voir se film.
Enorme. C’est beau, c’est intelligent, c’est super fin et ça réserve aussi d’énormes moments de flippes, atmosphérique ou plus viscérale.
Et bordel la fin est absolument démente.
Après c’est sûr pour les minots fans de Conjuring ça doit être un peu rude.
Un film qui ne laisse clairement pas de marbre. Quand Le Nouveau Monde rencontre Suspiria 🙂 The VVitch, on en parle également ici http://docteur-zaius.podcloud.fr/cornelius-and-zira-ep-number-0-part1-gerardmer-2016
Une petite pépite excellemment interprétée par tous les acteurs, une photo quasiment picturale, la scène de fin est un véritable tableau!
Moi j’ai adoré,il y a de vrai moment d’interrogation, la première scène d’horreur on peut se poser la question si elle est vrai ou non… mais ce n’est pas un film d’horreur, plutôt un conte d’horreur à l’image des contes de Grimm notamment, véhiculant toujours les mêmes thèmes: sorcières, enfants, forêts, croyances, virgnité et vieilles mégères….