L'épisode culte : Star Trek, le meilleur épisode indéniable de la série ?

Geoffrey Crété | 18 août 2016
Geoffrey Crété | 18 août 2016

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie d'un cinéphile, nouveau rendez-vous nostalgique sur Ecran Large : l'épisode culte, qui reviendra sur un morceau de choix d'une série remarquable. 

Star Trek, c'est la série originale de 1966 à 1969, La Nouvelle Génération de 1987 à 1994, Deep Space Nine de 1993 à 1999, Voyager de 1995 à 2001, Enterprise de 2001 à 2005. Sans compter une dizaine de films autour des séries, les films modernes de J.J. Abrams et Justin Lin depuis 2009, et une nouvelle série, Discovery, fraîchement lancée avec un pilote explosif.

A l'origine de ce phénomène qui va bien au-delà des fameux trekkies, il y a pourtant une série, imaginée par Gene Roddenberry, qui n'a duré que trois saisons avant d'être annulée faute d'audiences satisfaisantes pour NBC, alors même que les fans se battaient pour la sauver. Née après plusieurs modifications en profondeur et un premier pilote abandonné, où le personnage du capitaine Kirk n'existait pas encore, la série originale a vite emballé et embarqué son public dans les folles aventures de l'Enterprise, piste de décollage pour l'imagination.

 

Photo Star Trek série originale

 

Parmi les 79 de la série matricielle, un épisode est resté gravé dans les mémoires : The City on the Edge of Forever (Contretemps en VF), épisode 28 de la première saison diffusé en avril 1967. Encore considéré comme l'un des grands moments de la mythologie Star Trek, il tourne autour du voyage dans le temps, avec des notions devenues depuis ordinaires dans le genre. La célèbre Joan Collins, connue notamment pour son rôle dans la série Dynastie, est l'invitée de luxe.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

"I AM THE GUARDIAN OF FOREVER"

L'histoire démarre avec l'Enterprise qui traverse une zone de turbulences temporelles. Alors que le médecin Leonard McCoy s'apprête à soigner Sulu, une secousse remue le vaisseau : il s'injecte accidentellement une énorme dose de cordrazine, qui le plonge dans un état de paranoïa et de panique. McCoy se téléporte sur la planète la plus proche, suivi par Kirk, Spock, Uhura et quelques membres de l'équipage. Le groupe découvre alors un étrange portail temporel dans lequel McCoy disparaît. Le portail leur explique qu'il a échoué dans le passé, et qu'il a modifié le cours des événements : l'Entreprise, la Fédération n'existent plus.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

Kirk et McCoy décident de suivre McCoy pour tenter de le ramener et réparer le tissu du temps. Ils atterrissent ainsi dans le New York des années 30, en pleine Grande Dépression, un mois avant l'arrivée de McCoy. Alors qu'ils tentent de se fondre dans la masse, ils rencontrent Edith Keeler (Joan Collins). Jeune femme idéaliste, elle dirige un refuge et les aide, notamment parce qu'elle croise le regard du séducteur Jim Kirk.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

Alors qu'ils tombent amoureux, Spock découvre la terrible vérité : l'arrivée de McCoy, qui croisera aussi la route d'Edith, lui évitera de mourir renversée par une voiture. Elle lancera alors un mouvement pacifiste qui retardera l'entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, permettant ainsi aux Nazis de développer l'arme nucléaire et gagner. Edith doit donc mourir pour sauver le monde, malgré elle.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

McCoy finit par arriver à son tour, et le trio se retrouve. L'inévitable se met alors en place : Edith s'apprête à les rejoindre lorsqu'un camion approche. Kirk a d'abord le réflexe d'aller à son secours, avant de s'en empêcher. Lorsque McCoy essaie à son tour de la sauver, il l'arrête, détournant les yeux pour ne pas voir celle qu'il aime mourir par sa faute.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

Edith morte, l'histoire reprend son cours. Kirk, Spock et McCoy reviennent dans leur présent, où l'Entreprise est réapparu. Le portail leur confirme que le tissu du temps a été réparé avant que Kirk, sombre, ordonne à son équipe de retrouver leur vaisseau et quitter ce planète.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

"Assassins ! Murderers ! Murderers ! Assassins !"

The City on the Edge of Forever  a été imaginé par Harlan Ellison, écrivain de science-fiction qui signera par la suite quelques épisodes d'Au-delà du réel et La Cinquième Dimension avant d'être consultant sur Babylon 5. La première version était sensiblement différente : un lieutenant avec de sévères problèmes de drogue, qui apparaissait pour la première fois, était condamné à mort après avoir tué un membre de l'équipage. Kirk et Spock l'escortaient sur une planète voisine pour l'exécuter, et le groupe découvraient une ancienne civilisation où des gardiens de presque 3 mètres de haut protégeaient le fameux portail temporel.

Le condamné à mort parvenait à le traverser, avant que les Gardiens annoncent qu'il avait modifié l'Histoire. Contrairement à l'épisode diffusé, le groupe revenait à bord de l'Enterprise, qui n'avait pas disparu mais était aux mains de rebelles. Ils revenaient consulter les Gardiens, qui leur expliquait d'emblée le rôle d'Edith, dont la mort empêchée par le lieutenant avait des répercussions énormes. Kirk tombait amoureux d'elle en connaissant la vérité. Finalement incapable de la laisser mourir, il était aidé par Spock, qui permettait à l'Histoire de reprendre son cours.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

The City on the Edge of Forever a vite inquiété la production à cause du budget nécessaire à la première version. Plusieurs éléments, comme les combinaisons que les personnages devaient porter sur la planète des Gardiens, ont été enlevés pour réduire les coûts, et le scénario est passé entre plusieurs mains pour qu'il corresponde aux canons de la série.

Le budget alloué de 191 000 dollars, supérieur aux 185 de l'épisode classique, a finalement gonflé jusqu'à 245 ou 257 000 dollars.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

"She was right. But at the wrong time."

Peu importe : The City on the Edge of Forever a participé pour beaucoup à l'aura de Star Trek en offrant une belle aventure, savant mélange d'humour, de suspense et d'émotions. Gene Roddenberry a toujours dit qu'il était parmi les dix meilleurs épisodes de la série, voire le meilleur.

Un épisode qui a entraîné une guerre entre le créateur de la série et Harlan Ellison : celui-ci avait accepté de soutenir Star Trek pour l'empêcher d'être annulée après la première saison, avant d'être rejeté par Roddenberry, blessé que l'auteur ait presque renié The City on the Edge of Forever.

Un épisode qui est aussi entré dans la culture populaire pour son audace : la dernière phrase, "Let's get the hell out of here", a provoqué un petit scandale puisque c'était l'une des toutes premières fois qu'un mot comme "hell" était utilisé à la télévision.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

"Save her, do as your heart tells you to do, and millions will die who did not die before."

Mais ce qui fait de The City on the Edge of Forever un épisode si mémorable, c'est bien évidemment cette tragique histoire d'amour entre Jim et Edith. L'éternelle interrogation sur le voyage dans le temps, l'immuabilité des événements et l'effet papillon sont depuis entrés dans le langage courant des films de science-fiction, mais Star Trek reste l'un des pionniers du genre après la littérature.

En à peine 50 minutes, l'épisode tente ainsi de construire une histoire d'amour, une aventure palpitante, tout en nourrissant la complicité de Kirk et Spock. Les ficelles sont parfois grossières : Edith se lance sans vraie raison dans un discours sur les étoiles, et sa mort permet simplement de sauver le monde du nazisme. C'est une visionnaire, une âme pure qui aide son prochain, qui a la conviction profonde que l'humanité est capable d'aller dans l'espace, au-delà des limites de l'imagination.

 

Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

Mais le message de The City on the Edge of Forever est plus ambigü. C'est à cause d'une manifestation pacifiste, et d'une humaniste, que le nazisme aurait pu triompher. La lecture est plus complexe que prévue, à tel point que Joan Collins, qui interprète Edith, a répété au fil des années que le personne était pour elle une sympathisante nazie. Ellison a affirmé que ça n'avait jamais été l'intention, mais le point de vue a du sens.

L'épisode met en jeu de manière archétypale les notions de sacrifice, de bien commun, et fait entrer en collision la grande et la petite histoire ; Kirk est ainsi tiraillé entre sa mission au sein de la Fédération et sa simple humanité, avec la nécessité de perdre d'une manière ou d'une autre, et de ne pas rentrer victorieux, cette fois.

Preuve que derrière ses vieux effets, son écriture désuette et son aura de pure nostalgie, Star Trek demeure un objet passionnant.

 

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Contretemps (The City on the Edge of Forever)

 

commentaires

MystereK
26/08/2016 à 16:22

"Quant à Abrams, content de voir qu'il pose problème à beaucoup de monde ! Il reste le seul homme à avoir détruit deux franchises majeures du cinéma !"

Mes potes et moi on pense qu'il a revitalisé des franchises qui s'enlisaient. Celle de Star Trek qui a glissé dans le bis, même ma fille de huit m'a demandé l'autre jour ce qu'était ces homme peint en argenté pour faire croire que c'étaient robots et ces maquillages en carton pâte moins bien réalisé que dans l'émission Face Off. Et celle de Star Wars à l'aquelle il a redonné du punch vu qu'elle se transformait en télénovella peu passionnate, on préfère voir des aventure spatiales qu'Amour, gloire et beauté.

Pris
18/08/2016 à 21:30

@dark locutus

En même temps, ils ont régulièrement des avis très tranchés (Suicide Squad atomisé, Jupiter Ascending passionnément défendu, Malick, ou des films moins médiatisés). Et ça déclenche des tempêtes et insultes à chaque fois.

dark locutus
18/08/2016 à 21:02

@Arnaud
étant à l'origine du débat, je tiens à apporter tout mon soutien à tes arguments que je ne peux qu'approuver !
@ecran large
sachez que quelque soit le ton que j'emploi ( qui peut sembler agressif !) je ne m'intéresse qu'au fond et jamais à la forme ! sachez que bien que je sois TRES rarement d'accord avec vos positions, je respecte vôtre travail et vos avis ( même si ça m'énerve souvent ! ). Je vous remercie pour la teneur de ce débat qui a été sur-élévé par Arnaud.
J'ai pleinement conscience de vos impératifs éditoriaux ET commerciaux qui vous empêchent sûrement d'avoir des positions tranchées comme celles que le fan que je suis peut avoir.
Quant à Abrams, content de voir qu'il pose problème à beaucoup de monde ! Il reste le seul homme à avoir détruit deux franchises majeures du cinéma !

Pris
18/08/2016 à 20:59

(effectivement Carolin je pensais la même chose, que je voyais tout ça comme une manière d'échanger et confronter des opinions divers, sans chercher à "gagner", mais bon le fond de la discussion était déjà bien assez complexe par écrit !)

Carolin
18/08/2016 à 20:36

" Apres oui je cherche a avoir raison (c'est un peu le principe du debat) " Non. Définition de débat. Etymologie : du verbe débattre, composé du préfixe dé-, exprimant l'intensité, et de battre, issu du latin battuere, battre, frapper, rosser. Le verbe débattre signifie discuter à plusieurs, chacun exposant ses arguments. Le débat est l'action de débattre, de discuter. Mince, mais j'essaye d'avoir raison la !

Pris
18/08/2016 à 17:53

Mais c'est vraiment intéressant de t'avoir lu. C'est cool d'avoir des débats un peu de fond, sur Star Trek la série, et pas sur Suicide Squad !

Pris
18/08/2016 à 17:44

Tu comprends et acceptes que les M:I puissent perturber et abîmer la série car Jim Phelps est là, bien. Même si tu veux absolument pas reconnaître que le film s'énonce clairement comme une suite, et pas du tout un reboot ou une version alternative haha

Je ne vois rien d'autre à te répondre que je comprends, je respecte ton avis, comme à peu près tous les avis construits et pas agressifs. Même si je ne considère pas que penser autrement que toi, avec une autre sensibilité et un autre rapport à certaines choses, n'est pas être dans le faux, ou moins connaître et respecter Star Trek. C'est d'ailleurs un débat très courant actuellement autour des super-héros entre les films et les comics : Deadshot porte la lunette de l'autre côté, les Infinity Stones de Thanos ne sont pas de cette couleur... Les fans ont souvent des avis divers et variés sur l'échelle de tolérance aux changements.

L'âme de Star Trek va pour moi au-delà d'une somme de détails. Surtout pour ces détails que tu cites comme exemple de non-respect, il y en a d'autres (dans les personnages, les décors, la mythologie globale) qui sont respectés.

Arnaud
18/08/2016 à 17:32

Ah mais qu'ils aient utilisé Jim Phelps pour vendre le film et assuré un lien avec les deux series d'origine ca oui bien entendu. Et si rien dans le film ne sous-entend que ce n'est pas la suite, je pourrais repondre (avec un chouilla de mauvaise foi c'est vrai) que rien n'indique ca le soit :)
Je me base juste sur ce que j'avais lu a l'epoque de la part de De Palma, mais sinon en effet sans cela on pourrait totalement penser que c'en est la suite (je ne pense pas que je l'aurais pris comme ca perso, surtout qu'a cette epoque beaucoup de series ont ete adaptées sur grand ecran sans qu'il y ait de liens direct avec les series meres).
Mais pour en finir avec IMF, si un puriste vient me dire que ce n'est pas un Mission Impossible, j'aurais du mal a le contredire pour le coup

Pour Star Trek, je pense que je dois mal m'exprimer. Parce que moi je m'appuis uniquement sur les details que tu cite, sur les exemples que j'ai donné. Tout mon propos de non respect de la part d'Abrams ne reposent a 100% QUE sur ces details de force, de distance, de defense etc ...

Encore une fois la modernisation que ce soit en terme d'esthetisme general (la passerelle de l'Enterprise par exemple), ou en terme de realisation pour coller a des standards mainstream ne me choque pas du tout (meme si ces arguments n'auraient jamais vu le jour si leur film s'etait deroulé a une autre epoque. Le but d'Abrams etant en plus d'ouvrir Star Trek a un nouveau public, donc qui ne connaissait ni Kirk ni Spock, c'etait totalement possible)
Encore une fois un film selon les standards Star Trek des series et films precedents n'auraient pas eu le succes esperé par Paramount (d'ailleurs aucun film Star Trek precedent n'a eu un succes incroyable)
Le coté spectacle du film je n'en parle pas (et d'ailleurs je l'apprecie grandement), mais en revanche les details que tu sembles minimiser sont ce qui montrent le non respect de l'oeuvre original (encore une fois dans un contexte où Abrams s'approprie ces oeuvres comme etant en lien avec ses films, partageant un même univers mais dans une autre dimension, et avec un passé commun).

Je ne prefere pas du tout "avant", je regrette le manque total de respect et d’incohérences entre ses films et le reste. Et je reste persuadé qu'il était totalement possible de faire le même genre de film, en respectant ces règles de distances, d'age et autre.
Quand on a posé des concepts de bases, des fondations, a un univers, et que qqun arrive et change ces fondations tout en prétendant les garder, je ne pense pas qu'on puisse parler de respect vis a vis de l’œuvre originale.

On peut faire un film en 2010 avec les standards les moyens et les dimensions de 2010 tout en respectant les principes établis avant. Ça n'est pas incompatible.

Pour revenir sur le dernier exemple, celui qui en plus revient le plus alors que ce n'est pas le plus important, l'age de Chekov.
Le choix d'Anton Yelchin est, comme d'ailleurs la quasi-totalité du casting, parfait. Mais je ne vois en quoi ce choix justifie qu'on diminue l'age du personnage

Pris
18/08/2016 à 17:08

Mais M:I, c'est un exemple concret qui a été donné. Tu le balayes car pour toi c'est évidemment pas la suite... mais rien dans le film ne l'indique. C'est peut-être savamment évité, mais la présence de Jim Phelps, l'un des mentors mémorables de la série, c'est pas rien. Il est établi auprès de l'équipe, du héros, sa trahison repose sur leur complicité, leur passé. RIEN n'indique que c'est une autre histoire, une autre version. Le film entier repose sur l'idée que c'est ce mentor parfait, cette figure paternelle, qui est un traître, alors qu'il fait partie des meubles.

La question n'est pas dans le détail que les fans de la série ont remarqué (l'âge, la force, la distance entre deux lieux, la présence de défense...). Bien avant de dire que c'était pas scandaleux (et je suis d'accord, même si je connais la série), vous avez parlé des principes de modernisation, de s'adapter au public d'aujourd'hui, aux effets de mode, aux contraintes des studios... Tu résumes tout ça à "c'est pas scandaleux" ?
Tu parles de choses hyper précises, parfois de l'ordre du détail ou dans le principe, mais il est aussi question du fond. De la méthode actuelle de faire du cinéma mainstream.

Pour moi, tu as mal lu : parler de la force de Khan, la distance, les choses que tu cites, sont des faits, peut-être. En revanche, que ça te gêne ou choque ou énerve, c'est de l'interprétation. J'aime Khan, et le voir dans Into Darkness ne m'a pas fait dire que c'était trop. J'ai juste vu un film Star Trek dans les années 2010, pour le public des années 2010, avec les moyens et les dimensions de 2010.

On peut clairement regretter et préférer "avant", c'est même logique et constamment la question qu'on a ces temps ci. Mais entre la donnée froide (l'âge de Chekov) et l'impact de cette chose (tu es gêné, tu es mécontent ; moi j'y vois une partie de leur liberté, leur choix de casting), il y a l'interprétation. Il y a donc du subjectif, et pas "j'ai raison".

Arnaud
18/08/2016 à 17:05

Ah et Arnaud etant mon vrai prenom, tu n'es pas obligé de mettre les guillemets :)

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