The Night Of : un nouveau coup de maître de HBO digne de True Detective ?

Jacques-Henry Poucave | 12 juillet 2016
Jacques-Henry Poucave | 12 juillet 2016

On s’inquiétait il y a quelques semaines de voir HBO naviguer en eaux troubles. Mais The Night Of pourrait bien faire office de bouée de secours.

NI VU NI CONNU

Annulations en cascades, départ de Michael Lombardo, échec cinglant de Vinyl, report inquiétant de Westworld : n’en jetez plus, HBO subit de plein fouet la concurrence accrue de nouveaux venus tels que Hulu, Amazon ou Netflix. Sauf que le géant du câble américain vient de nous sortir de derrière les fagots une nouvelle série qui pourrait bien être la claque de l’été.

Sur le papier pourtant, on doit bien reconnaître qu’on n’avait pas vu venir The Night Of. Mini-série vouée à ne durer qu’une seule saison, remake d’une aînée britannique, coincée entre le mastodonte Game of Thrones et l’ultra-attendue Westworld, on n’aura finalement eu que peu de temps pour flairer la bonne affaire.

 

HBO série

 

TROU DETECTIVE

Et pourtant, dès les premières minutes d’un pilote qui en dure près de 80, The Night Of s’impose comme une véritable leçon de maîtrise et de crescendo dramatique. Grâce à une mise en scène tour à tour chirurgicale et ample, qui évite l’écueil du pur naturalisme tout en préservant un sentiment d’authenticité indiscutable, on plonge instantanément au cœur du quotidien de Naz, descendant d’émigrés pakistanais qui va rapidement se retrouver au cœur d’un cauchemar judiciaire.

Alors qu’il a dérobé le taxi paternel pour rejoindre une fête, Naz se retrouve à transporter une jeune femme, avec laquelle il va passer boire, se droguer puis faire l’amour. A son réveil, elle git dans son lit, poignardée à mort. Naz panique, s’enfuit, avant d’être rattrapé par la police. Littéralement tout l’accuse.

 

HBO série

 

De ce point de départ basique au possible, le showrunner Steve Zaillian (qui met également en scène le pilote) se sert pour déployer un programme aussi instantanément addictif que potentiellement passionnant. A l’issue de cet épisode introductif, impossible de se faire une idée précise des faits. Naz est-il coupable ou la victime idéale du meurtre commis par un autre ? Qui, des inspecteurs qui l’entourent, de l’avocat qui le prend sous son aile et de ses proches est véritablement de son côté ?

 

THE KILLER INSIDE THEM

Chaque nouvelle séquence parvient à apporter son lot d’interrogation, épaississant un mystère d’autant plus excitant que l’on sent toutes ses clefs à la fois proches et encore impalpables. Une impression renforcée par le sentiment de réalité dégagée par ce pilote. Du quotidien déprimant d’un petit commissariat de New York, à la cascade d’humiliations générée par le système judiciaire, en passant par le mille-feuille technocratique qu’il met en branle, c’est une machinerie à la fois kafkaïenne et cauchemardesque que nous découvrons.

 

HBO série

 

Et au cœur de cet engrenage infernal, une série de personnages qui parviennent dès cette introduction à frapper par la puissance de leur incarnation. John Turturro nous promet une prestation élégante (il a remplacé au pied levé le regretté James Gandolfini), tandis que le trop rare Jeff Wincot dévore littéralement l’écran dès lors qu’il prend la direction de l’enquête.

Mais le grand bonheur de The Night Of, c’est de voir un comédien aussi exceptionnel que Riz Ahmed, encore à peu près inconnu du grand public, prendre les rênes d’un show aussi exigeant, quelques mois avant sa prestation dans Rogue One. Il confère à ce casting une ambiguïté, une profondeur, que seule une performance remarquable permet d’insuffler.

 

HBO série

 

DE SANG FROID ?

Enfin, si The Night Of se dessine comme une si belle révélation, c’est aussi parce qu’elle renoue avec deux grandes formes classiques de la culture populaire américaine. Tout d’abord le récit criminel, profondément ancré dans une certaine réalité sociale. Ainsi, on se trouve en permanence à mi-chemin entre l’empathie d’un Truman Capote et la rage désenchantée d’un Jim Thompson. Impossible pour le moment de savoir de quel côté penchera ce récit, qui devrait encore distiller une sacrée dose de trouble.

De même, le show de Steve Zaillan fait preuve d’une maîtrise ahurissante en matière de suspense. Alors que nous regardons un premier épisode dont l’objet est justement l’arrestation et la mise en examen d’un homme potentiellement innocent, chaque étape du processus est source de tension. Un suspense qui culmine lors d’une interminable fouille au corps, qui renvoie le spectateur aussi bien à ses propres angoisses, qu’aux images de violence policière dont l’actualité est actuellement gorgée.

 

série HBO

 

Si elle parvient à ménager avec autant d’élégance et d’intelligence polar implacable et leçon de tension menée de main de maître, The Night Of pourrait bien nous rappeler que c’est parfois dans ses projets les plus « simples » qu’un géant comme HBO peut montrer toute l’étendue de son savoir-faire.

Et si la dimension sociale du show se confirme, voire s'amplifie et s'avère véritablement pertinente, HBO tiendra peut-être non seulement un grand polar, mais également une de ses productions de mémoire récente parmi les plus politiques. Car la descente aux enfers d'un émigré pakistanais dans les rouages de la justice américaine, à l'heure où l'un des deux principaux candidats à l'élection américaine excite ses électeurs en leur promettant d'interdire l'accès du pays aux hommes et femmes musulmans constitue une matière première dramatique aussi explosive que passionnante.

Diffusé par HBO et OCS en juillet 2016, The Night of revient sur Canal + chaque lundi soir à partir du 30 octobre 2017. 

 

The Night Of

commentaires

vax57
13/07/2016 à 11:05

Belles promesses avec cet épisode pilote mais ça ne va plus plus loin que le synopsis pour l'instant. Wait and see!

postman
13/07/2016 à 08:53

Ah oui, lu trop vite !
désolé, c'est ma très grande faute !

Zanta
12/07/2016 à 18:21

Si la série marche, un distributeur français se penchera peut-être enfin sur "The Reluctant Fundamentalist" avec le même RIz Ahmed, et réalisé par Mira Nair.
Ce film de 2012, inédit en France, méritait mieux.

Simon Riaux - Rédaction
12/07/2016 à 17:30

Si si, c'est cité dans l'article.

postman
12/07/2016 à 16:54

Oui, c'est très bien !
ceci dit, il n'y a rien de révolutionnaire jusqu'ici, c'est un peu long à démarrer et le pakistanais (ambigu, mon cul) avec ses yeux de Droopy peut énerver...
Mais, il y a un vrai suspense, une ambiance anxiogène en diable et de belles promesses pour la suite.
Non précisé dans l’article : c'est une adaptation d'une mini série anglaise...

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