True Detective saison 2 : une série injustement attaquée ?

Jacques-Henry Poucave | 13 août 2015
Jacques-Henry Poucave | 13 août 2015

On aura tout entendu sur True Detective. Alors que cette deuxième saison, probablement la plus attendue de l’année 2015, vient de s’achever, l’heure est au bilan. Que vaut vraiment cette nouvelle fournée d’épisodes ? Attention spoilers.

 

Les yeux plus gros que le ventre

Commençons par ce qui fâche. Oui, la série a voulu trop en faire, oui Nick Pizzolatto a sans doute été trop ambitieux. Oubliant peut-être qu’il avait fallu tout le talent d’un Cary Fukanaga pour incarner son script et qu’une grande partie du public avait été surtout impressionnée par la mise en scène de True Detective, le showrunner construit avec sa saison 2 un Pizzolato show qui se soucie finalement très peu de la dramaturgie physique.

On aura beaucoup glosé sur la trop grande quantité de personnages. Malgré trois derniers épisodes prouvant que le showrunner savait où il allait, on ne peut que constater que pendantla majeure partie de la saison, le rythme de la narration souffre terriblement de devoir porter quatre intrigues différentes. On ne voit généralement pas où veut venir le récit, ce qui occasionne de longues plages d’ennui.

 

 

Enfin, si la réalisation sait se montrer à la hauteur, voire s'avère brillante durant les deux dernières heures du show, on souffre préalablement de quelques errements difficilement compréhensibles. Pas la peine de débattre, malgré le soin réel qu’il apporte dans son travail, Justin Lin n’est pas Cary Fukanaga, et le manque de morceaux de bravoure filmiques se fait cruellement sentir.

 

Le Roi du casting

En revanche, les reproches faits à la distribution de cette saison 2 paraissent difficilement compréhensibles. Rachel McAdams nous offre ici la meilleure performance de sa carrière (qui a dit la seule notable ?), Colin Farrell déploie avec son aisance habituelle la partition du loser incandescent, Vince Vaughn nous rappelle qu’il n’a pas toujours joué les comiques grassouillets et Taylor Kitsch retrouve la flamme qui consumait déjà son regard Friday Night Lights.

 

 

Après le duo improbable de la saison 1, Nick Pizzolatto est de retour avec une partition moins évidente, plus nuancée, plus noir également. C’est sûrement là une des grandes réussites de ces nouveaux épisodes. Le choix d’abandonner le Buddy movie était audacieux, car il permettait à une narration complexe de trouver un ancrage simple, connu du spectateur et une dynamique évidente entre les personnages.

Au lieu de ça, le showrunner (quitte à en faire trop) est parvenu à créer quatre fantômes fascinants, dévorés de l’intérieur par leurs démons. Une sorte de moteur à combustion lente, qui semble ne jamais vouloir démarrer, et nous bondit finalement dessus en rugissant.

 

A la fin, on est bien

Ainsi, cette saison 2 débute terriblement ankylosée. Avec un programme plus riche et dense que la précédente, mais sans réalisateur de génie aux commandes, le plat est indigeste, malgré de délicieux ingrédients.

 

 

Jusqu’à ce que le showrunner arrive à se réapproprier son propre show et l’emmène là où il le veut. Car cette saison de True Detective est aussi l’histoire d’une mutation. Encore une raison pour certains spectateurs de repartir frustrés. On attendait une enquête policière, au lieu de quoi, la série se métamorphose à mi-parcours pour passer de polar au ralenti à western enragé.

Un changement bienvenu, qui occasionne des émotions fortes et nous amène à un final d’une intensité presque jamais vue sur petit écran. Performance remarquable, mais qui aura valu à la série un ventre mou particulièrement dommageable. Tout de même, croire que l'orientation de cette saison ne serait dûe qu'à une réaction de son auteur face à lastructure de la précédente, ou une peuve de sa mégalomanie, c'est un peu gros, trop simpliste.

 

 

C'est surtout oublier le travail phénoménal d'adaptation auquel se livre Pizzolatto. Car True Detective saison 2 est aussi une mozaïque de tansfuges littéraires. Comment ne pas penser à Thompson dans la description de l'auto-destruction qui mine tous ces personnages ? Comment ne pas reconnaîtrel'obsession del'auteur pour les masques que nous utilisons pour nous protéger ? De même, le personnage de Taylor Kitsch, ce flic incapable d'assumer son homosexualité, est directement tiré du Grand Nulle Part, chef d'oeuvre définitif de son auteur.

C'est la force du show, peut-être sa faiblesse, que de prétendre accomplir aussi un geste littéraire, forcené, une digestion accélérée du roman noir. Dès lors, le désespoir assumé, l'horreur donnée comme l'origine et la fin du récit, semble infiniment plus cohérente.

Enfin, comment ne pas mentionner l'étonnante bande originale dela série, illuminée par les chansons de Lera Lynn. Répétitives, prévisibles, intensément dépressives, elles illustrent parfaitement le spleen putrescent qui fait l'impact et aussi l'apparente mollesse de cette saison. Un choix plus audacieux qu'il n'y paraît, qui suffit parfois à rendre un plan ou une transition bouleversants.

 

 

Des leçons à tirer ?

S’il y a bien une leçon à tirer de cette saison pour Nick Pizzolatto, c’est que peu importe son talent, il ne peut porter la série seul. La différence de réception critique entre la première et la deuxième saison en atteste.

Un détail qui n’en est pas un : nombre de critiques américaines auront pointé du doigt des dialogues soit-disant sur-écrits. Le reproche est d’autant plus stupide que la série est beaucoup plus minimaliste que ce qu’elle fut lors de sa première saison, riche en aphorisme mongoloïdes. Mais en l’absence d’une mise en scène percutante, toute phrase un tant soit peu travaillée apparaît rapidement comme lourdingue voire franchement indigeste.

De même, la série va devoir jouer l'humilité, quels que soient ses défauts objectifs, la série a été attaquée avec une rare violence pour un show qui se maintient pourtant très loin devant la concurrence. True Detective devra donc ne pas afficher ses ambitions artistiques et littéraires avec autant d'évidence, de morgue, et laisser son charme opérer.

L’autre leçon fondamentale, c’est que la série risque gros à suivre le chemin de Game Of Thrones. C’est-à-dire, proposer une série vide d’intérêt pendant ses deux premiers tiers, avant un final en apothéose. Un luxe que peut s’offrir le show de Fantasy, grâce à des décors et une direction artistique qui font diversion tandis que les fans patientent.

 

 

En plaçant ses héros dans des chambres de motel et des bâtiments en préfabriqués, on doit sacrément plus se soucier de la rythmique interne des épisodes. De même, répéter à qui mieux qui mieux que le public allait voir ce qu’il allait voir et que la série ne se prêtait pas au visionnage hebdomadaire (comme l’a clamé HBO en essayant de calmer l presse) est une erreur de communication ahurissante, qui revient en substance à encourager le public à télécharger tout en reconnaissant que son propre modèle est dépassé.

Bref, malgré les pronostics, les critiques assassines des premiers épisodes, voire les crachats d’une partie de la presse américaine, les audiences ont tenu bon et True Detective s’est offert une conclusion fabuleuse. Autant de raison de conserver au show notre estime et à son créateur notre bienveillance.

Espérons simplement qu’après une entame brillante, une deuxième saison inégale mais téméraire, Pizzolatto trouve une forme d’équilibre plus stable et harmonieux pour une troisième saison qui nous fait déjà baver.

 

 

 

commentaires

WTF
20/08/2015 à 23:00

Attention auX fautes de frappE, abruti ! Si tu critiques l'écriture, sois toi-même irréprochable, bouffon...

WTF
20/08/2015 à 23:00

Attention auX fautes de frappE, abruti ! Si tu critiques l'écriture, sois toi-même irréprochable, bouffon...

mononeurone
14/08/2015 à 17:54

Une saison 2 très vertement critiqué au fil de mes lectures, mais j'y ai pris du plaisirs 8 épisodes durant.
Il est peut être rapidement oublié que la première saison commençait par un premier tiers pleine de lyrisme métaphorique assez compliqué à comprendre, chose moins flagrante cette année.
Les moments de bravoures sont bien emmenés. Les acteurs très bons, reste Kelly Reilly qui pouvait être facilement optionnelle tant elle apporte peu à l'histoire déjà dense.
Un scénar justement complexe, à même de justifier une relecture de la saison quand la première se montrait finalement plus linéaire.

Comme dit ici, c'est toujours au dessus du niveau moyen des série actuelle, pourquoi être aussi sévère? Et puis ce générique...

Boddicker
13/08/2015 à 17:25

"True Detective saison 2 : une série injustement attaquée ?"
NON.

Voilà! c'était pas plus compliqué que ça, y a pas besoin de se triturer la nouille en débats stériles.
Cheers.

Simon Riaux - Rédaction
13/08/2015 à 17:21

Le rythme et le contenu ça n'a rien à voir.
On ne reproche pas à la saison sa lenteur, et à Game of Thrones non plus d'ailleurs. On reproche le remplissage, ce qui n'a rien à voir.

Le "vide d'intérêt" est explicité plus haut dans le texte et on est beaucoup revenu dessus au sujet de Game of Thrones. Cela signifie en gros faire en huit épisodes ce qui tient en 4. Exemple tout simple, dès les premieres 20 minutes de True Detective saison 2, on sait que Frank a acheté des parcelles en donnant de l'argent à Ben Caspere, que ce dernier trésorier de la ville magouille avec le gratin. Or il faut 6 épisodes pour que les flics le découvre. Le spectateur est au courant depuis trop longtemps pour que ce rebondissement (qui n'en est plus un) ait un intérêt.

Dans Game of Thrones, le problème vient de la volonté de ralentir au maximum l'action, de la dilater, pour ne pas avancer trop vite par rapport aux romans. Regardez les 6 premiers épisodes de la saison 5 et faites la liste des évènements notables qui arrivent aux personnages. En six heures il ne se passe pas grand chose. Le rythme n'a aucun rapport.

Springfello H.
13/08/2015 à 00:06

Un dramatique final comme celui de cette lourde seconde saison en lieu et place d'un pseudo happy end pour cloturer la première aurait donné un pur chef d'oeuvre de glauquitude.

Snakehound
11/08/2015 à 21:11

"la série risque gros à suivre le chemin de Game Of Thrones. C’est-à-dire, proposer une série vide d’intérêt pendant ses deux premiers tiers"
Messieurs d'Ecran Large, ce n'est pas parce que le rythme est lent que c'est vide d'intérêt, cet argument s'applique aussi bien pour True Detective que pour GoT, ça vaut aussi pour pas mal de séries HBO fabuleuses telles que Boardwalk Empire, Treme ou The Wire. Ou alors il va falloir commencer à justifier ce qu'est le terme "vide d'intérêt" pour vous car ce n'est pas un sentiment universellement partagé !

bidal
11/08/2015 à 01:50

Ok par contre attention au fautes de frappes !

knknlk
11/08/2015 à 01:50

Ok par contre attention au fautes de frappes !

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