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True Detective : 5 raisons de revoir la saison 2, injustement décriée

Par Simon Riaux
16 janvier 2019
MAJ : 21 mai 2024
21 commentaires
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Descendue en flammes à sa sortie, la saison 2 de True Detective mérite une réévaluation. Voici 5 bonnes raisons de vous pencher dessus.

Alors que la saison 3 entame sa diffusion et bénéficie d’une réception critique largement positive, on se souvient que la série de Nic Pizzolatto revient de loin, tant sa deuxième session fut attaquée, décriée, et perçue comme un point d’arrêt. L’occasion était trop belle de rappeler que si elle n’est pas aussi éclatante ou bien calibrée que la précédente, elle demeure un beau polar noir aux multiples facettes.

ATTENTION MINI-SPOILERS !

 

photo, Colin Farrell Colin Farrell en a gros

 

DES PERSONNAGES VÉNÉNEUX

Après les charismatiques Rust et Marty, le show fait le choix extrêmement ambitieux de se reposer non pas sur deux, mais sur quatre personnages. Une direction qui oblige le récit à une certaine complexité, et à une rigueur narrative renforcée.

Ensemble, ils forment une mosaïque particulièrement sombre. Plutôt que de jouer la complémentarité, Pizzolatto a choisi de les écrire comme des miroirs des uns des autres, autant de gueules cassées qui amplifient les traumas de chacun. Caïd en quête de respectabilité, flic pourri désireux de se racheter, enquêtrice dévorée par la colère, ancien vétéran incapable de sortir du placard et mû par une pulsion de mort envahissante.

Voilà une sacrée galerie de personnages, aussi vénéneux qu’attachants.

 

photo, Rachel McAdamsEt c’est pas non plus la super teuf chez Rachel McAdams

 

UN DÉCOR INÉDIT

Los Angeles a fait les belles heures du film noir et quantité de séries ou longs-métrages ont usé de la Cité des Anges comme décor. Pour autant, il est de vastes espaces rarement immortalisés sur pellicule, à savoir les gigantesques zones industrielles et banlieues qui constituent l’essentiel de ce gigantesque maillage urbain.

Photographié à la perfection, ce décor se déploie à la matière d’une toile d’araignée poisseuse, où le spectateur se retrouve immédiatement englué. Sorte de labyrinthe répétitif et dénué d’issue, ce lieu anonyme et pourtant empreint d’un caractère entêtant est représenté ici avec une force inédite. Et c’est l’écrin parfait d’un récit qui vire progressivement au cauchemar.

 

photo, Vince VaughnChez Vince, ça grince

 

NOIR C’EST NOIR

Si l’investigation de la première saison amenait Matthew McConaughey et Woody Harrelson dans les plus ténébreux recoins de Louisiane, le récit de leur odyssée revêtait une logique plutôt positive et ultimement lumineuse, puisqu’il était question de Rust Cole à une forme d’optimisme et de foi en l’être humain.

Ici, True Detective ose le chemin parfaitement inverse et se risque à un constat désespéré et désespérant. Les fautes et démons des protagonistes les condamnent, ainsi c’est justement la quête du Salut qui perdra la plupart des protagonistes. Le monde de True Detective saison 2 est un cloaque impitoyable, privé de tout espoir d’équilibre. Vouloir s’en affranchir, c’est précipiter sa chute.

Un axiome issu de la tradition du film noir, rarement incarné en série avec autant de foi, de jusqu’au-boutisme et d’honnêteté.

 

photo, Vince VaughnUne tension insidieuse et annonciatrice d’une explosion de violence

 

LE FESTIVAL FARRELL ET VAUGHN

Si Rachel McAdams et Taylor Kitsch ne déméritent jamais dans des rôles assez éloignés de ceux qu’on leur confie le plus souvent. Mais les interprètes qui retiennent le plus l’attention sont Vince Vaughn et Colin Farrell.

Le premier a probablement trouvé là l’épaisseur et la gravité qui lui ont permis d’accéder à des rôles inattendus et marquants, comme dans le récent Section 99 – Quartier de haute sécurité. La destinée de son personnage offre au spectateur le sentiment de redécouvrir le visage du comédien, progressivement ravagé par la tristesse et la haine.

Quant à Colin Farrell, il retrouve la figure du loser intégral qui lui va si bien. Une nouvelle fois, il est fascinant de voir cet artiste, qui paraît si souvent s’affaisser quand Hollywood veut en faire un héros d’action (la panouille Total Recall) et semble touché par la grâce sitôt qu’il incarne un individu pathétique. Son Velcoro est un modèle de tragédie amère.

 

photo, Colin FarrellLe Spleen version Los Angeles

 

LA MUSIQUE AIGUISE LES MŒURS

L’identité sonore de la première saison avait été remarquée, à raison. Cette deuxième saison fait tout aussi bien, en renouvelant totalement l’identité audio de la série. Tout d’abord, on note un mixage sonore et une musique poisseuse qui s’adaptent le plus souvent parfaitement au décor évoqué plus haut. Voilà qui tranche avec le bayou et la Louisiane, avec une certaine réussite.

Mais l’atmosphère si spéciale de cette deuxième saison doit énormément à Lera Lynn. La chanteuse signe plusieurs morceaux présents dans le récit, le plus souvent utilisés dans les séquences de bars, où se retrouvent les personnages de Farrell et Vaughn. De ce jeu intra-diégétique naît une émotion cruellement mélancolique, comme si nous traversions le quatrième mur pour accompagner ces anti-héros au gré d’une nuit sans fin.

 

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Mad

La saison 2 est moins bonne que la 1 mais est bien meilleure que d’innombrables séries TV. Dommage que le spectateur lambda ne comprenne pas ça.

Scarface666

J’ai toujours dit que si ça avait été la saison 1, cette saison serait acclamée. Mais il se trouve que True Detective saison 2 n’a pas flatté les bas instincts des gens avec de l’adultère, des meurtres zarb et de l’inceste, donc forcément… c’est naze….c’est chiant… et elle n’a aucune qualité pour elle…. Je dit pas que c’est meilleure que la très prenante saison 1 mais ce bashing un peu ahurissant devant cette écriture de qualité m’a un peu frustré. Comme dit @Mad_, cette saison etait bien meilleure que d’innombrable séries TV.

Olivier637

Merci Simon, cet article rend justice à cette saison

Leraph

@Mad_ AMEN. AMEN

antw1fisher

Pareil j’avais bien aimé dans l’ensemble
Même si le scénar était un peu trop alambiqué pour son propre bien, c’était réhaussé par un très bon quatuor d’interprètes, Farrell et Vaughn en tête effectivement (et cette douceur de Rachel McAdams) et une réalisation toujours impeccable. La fusillade à la fin de l’épisode 4 c’était quelque chose quand même !