True Detective Saison 2 épisode 8 : un final apocalyptique !

Simon Riaux | 10 août 2015
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Alors que vomir sur True Detective saison 2 est devenu un sport à la mode (surtout aux Etats-Unis), HBO et Nick Pizzolatto nous avaient prévenus et conseillé de réserver tout jugement définitif après la conclusion de la saison. Après avoir découvert le season finale diffusé il y a quelques heures, force est de constater que rien n’avait été laissé aux hasards.

Attention spoilers.

Quand viendra l’heure de faire les comptes, il y aura bien sûr des choses à redire aux choix du showrunner, des décisions et des orientations pas toujours très heureuses, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais rien ne laissait supposer que True Detective serait capable d’aligner une conclusion de 80 minutes qui surpasse encore la conclusion de la saison précédente.

 

COULEZ MES LARMES, DIT LE POLICIER

On avait bien compris, depuis l’épisode 6, que la série en avant énormément sous le capot et pouvait nous offrir des sursauts d’une intensité peu commune. Encore une fois, le show prend nos attentes totalement à revers, mais cette fois avec une maîtrise et une intelligence peu communes.

L’apparente complexité de l’intrigue, les innombrables détails et rebondissements laissaient penser à une résolution qui serait le point d’orgue de cet ultime épisode. Au contraire, la question de a culpabilité, l’identité du tueur de Caspere et son sort sont réglés dans les toutes premières minutes de l’épisode. Et sans la moindre surprise, comme annoncé, c’est bien l’un des deux enfants témoins du braquage ultra-violent qui, des décennies plus tard, a décidé de se faire justice.

Si cette révélation n’a rien d’une surprise, elle intervient lors d’une séquence qui dévoile la véritable filiation esthétique et thématique de la saison 2. Alors que Colin Farrell, cinégénique comme jamais en cowboy pathétique sur le point de s’affaisser, retrouve les protagonistes de l’affaire dans une gare routière, la fusillade qui suit place la série dans les pas de Peckinpah.

Et alors que l’ombre du réalisateur de La Horde Sauvage et Apportez-moi la Tête d’Alfredo Garcia recouvre l’intrigue et nos héros, True Detective embarque pour une autoroute apocalyptique, à pleine vitesse.

 

JEU, SET ET MORT

L’assassin tué par la police, Velcoro et Ani accusés publiquement d’être des meurtriers en cavale, Frank poursuivi par ses complices d’hier, tous doivent fuir, immédiatement. Mais pour ce faire, tous ont besoin d’un bon de sortie. L’issue est toute trouvée, Semyon et Velcoro iront donc attaquer la réunion d’édiles où doit s’échanger l’argent (entre autres) de Ben Caspere.

S’ensuit une scène d’action implacable, passablement cruelle et impressionnante de maîtrise. Ici, plus de flics, plus de voyous. Dans le monde rougeoyant de cette Californie des abimes, c’est chacun pour sa peau.

Grâce à cette nouvelle dynamique, la série sort totalement du polar (dont elle ne s’est jamais accommodée véritablement) pour muter en un suspense crépusculaire d’une sécheresse rarement vue à l’écran. Pour rendre compte de la tension qui règne sur cet épisode, il suffira de rappeler la confrontation finale de la première saison et de dire que c’est une intensité comparable qui irrigue ces 90 minutes.

Le spectateur sait pertinemment que tous ne s’en sortiront pas. Trop de pièges, pas assez de temps pour se préparer, trop de démons enfouis… Dès lors, chaque plan, la moindre scène, le lus petit échange de regards devient porteur d’une angoisse existentielle ahurissante.

Car, bon an mal an, nous avons fini par nous attacher à ces anti-héros pathétiques. Le tour de force de Pizzolatto est ici particulièrement brillant, on aura eu beau pester et tempêter contre la lenteur parfois suicidaire avec laquelle il traitait son intrigue, ou l’espace dévolu aux quêtes subalternes, il a réussi une mosaïque de caractères dont on accepte difficilement le sort funeste.

 

POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS

Impossible de ne pas penser à Apportez-Moi la Tête d’Alfredo Garcia lorsque Ray et Frank, chacun de leur côté, affrontent les fantômes de leur passé. « Nous étions les fantômes de nos meilleures intentions », murmurait le père d’Ani dans l’épisode 7. Une phrase qui résume à elle seule la dynamique de cette saison et l’impact de sa conclusion.

Une nouvelle fois trahi par son instinct paternel irrépressible et incontrôlé, Velcoro se retrouve poursuivi par un groupe d’hommes surarmés en pleine forêt. Isolé au milieu des séquoias, il comprend rapidement qu’il est sur le point de tirer ses dernières balles.

Semyon, après une altercation surprise avec de vieux partenaires, se retrouve au beau milieu du désert, à demi éventré. Alors qu’il tente désespérément de s’enfuir, des visions de son passé reviennent le hanter. La série s’achemine ainsi vers une apothéose sanglante et d’une noirceur extrême, où nos anti-héros n’ont plus d’autre choix qu’une rébellion désespérée.

 

GIRL POWER

Après avoir assisté à l’agonie cruelle des deux derniers personnages masculins du show, la série opère encore une ultime pirouette. Déplaçant l’action quelque part au Vénézuela, nous retrouvons Kelly Reilly et Rachel McAdams, mère d’un fils que Velcoro n’aura jamais connu. Elles transmettent à un journaliste toutes les pièces de l’enquête qui aura recouvert les rues de Vinci de sang, avant de disparaître.

Il ne fait aucun doute que tout cela aura été accompli pour rien, ou presque, puisque nous voyons le cercle de corruption déjà reformé et effectif, comme si les piles de cadavres accumulées n’avaient servi que de simple purge, et renforcé le système.

Mais l’essentiel est ailleurs. Il est dans l’étonnant duo soudain formé par ces deux femmes, qui apparaît d’une instantanée cohérence. Ces deux personnages brinquebalant enfant, flingues et couteaux, sorties tout droit d’une bande d’exploitation des seventies. Comme pour mieux nous adresser un clin d’œil. Nous rappeler que nous n’avions rien compris et que True Detective n’était pas une enquête ratée, mais un western en devenir. Le vermillon qui dévorait l’image n’était pas celui des night club des faubourgs de L.A, mais celui d’un soleil vorace et brûlant, embrasant un Far West putrescent.

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commentaires lecteurs votre commentaire !
lemon
02/12/2015 à 13:00

Ah, c'est toi le fan de la série ! Il en fallait un ;-)

Al
19/08/2015 à 19:52

Franchement ça fait plaisir de voir un article qui fait un peu justice a cette série. La deuxième saison a beau pas être au niveau de la première elle est clairement 100 fois mieux que beaucoup de séries US à succès actuellement. Les gens et les critiques devraient prendre un peu de recul par rapport aux attentes démentielles qu'ils avaient de cette saison, et garder leur venin pour ce qui pollue vraiment la culture populaire.

Loutre
14/08/2015 à 02:06

Un très bon article, merci.

Ju
14/08/2015 à 00:02

Sans déconner, j'ai honte pour certains d'entre vous. Trouver cette saison compliqué faut le faire. Vous avez regardez INCEPTION 18 fois avant de le comprendre aussi ? LEAULE Retournez regarder HELENE ET LES GARCONS l'intrigue est pas compliqué, quoique. La réalisation est parfaite, le casting aussi <3

HELLO
13/08/2015 à 00:37

Ce qu'il ne faut pas oublier c'est que c'est une série d'anthologie ! Donc il ne faut pas comparer la saison 2 à la saison 1. Il faut voir la saison 2 comme si la saison 1 n'existait pas ! Quand on est face à un chef d'oeuvre tel que la saison 1 on ne peut que faire une saison 2 moins efficace mais ça ne veut pas dire qu'elle était médiocre ! Je suis étonné de voir autant de critiques négatives cracher sur la saison 2 alors qu'elle est complètement différente donc faut-il la voir différemment !

true sériefile
13/08/2015 à 00:28

sinon, sans comparer (la série est une anthologie). J'ai différemment aimé cette deuxième saison.

true sériefile
13/08/2015 à 00:24

quand je lis certains commentaires, je comprends mieux pourquoi jurassic world a autant cartonné...

vistenholder
13/08/2015 à 00:21

Des personnages marqués par leur destin, voilà ce qu'il faut retenir. Vince VAUGH qui a vécu par le fer est mort par le fer. Colin FARREL rongé de l'intérieur, fini seul dans un bois embrassant la mort qu'il attendait. Les filles s'en sortent mais acceptent une vie d'errance. Les corrompus quand à eux placent leurs pions et la vie continue.
Une série, marquée par les personnages forts plus que par l'intrigue moyenne qui a mis du temps à démarrer.
J'espère une 3ème saison, après la Floride,la Californie, pourquoi pas le NORD EST en hiver ou le nord Ouest, on fera ainsi les points cardinaux.

zo
12/08/2015 à 23:51

la désagréable impression d'avoir vu la version longue d'un truc qui en version courte aurait put etre regardable, mais en l'état, désolé, ni fait ni à faire, franchement....La séquence séquoia était même gênante à regarder...

Morsay
12/08/2015 à 23:37

C'était de la merde, vive la Bicrave

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