American Horror Story saison 10 : enfin un retour jouissif et sanglant avec Double Feature ?

Camille Vignes | 3 septembre 2021 - MAJ : 03/09/2021 17:37
Camille Vignes | 3 septembre 2021 - MAJ : 03/09/2021 17:37

Après les fantômes, les sorcières, les monstres, les clowns, et autres psychopathes en tout genre, Ryan Murphy et American Horror Story continuent leur grande fresque de l'horreur américaine.

Cette fois-ci, c'est au tour des vampires de se faire disséquer pour offrir une lecture morbide et déprimante de l'artiste et de l'humain.

L’AMÉRIQUE A LA CHAIR DE POULE

Ce ne sont pas tant les histoires développées par Ryan Murphy qui lui permettent de se distinguer sur la scène américaine et internationale sérielle. Rien de vraiment bien nouveau avec avec ces deux chirurgiens esthétiques de Miami, aussi amis que différents, l’un très famille, doutant de sa masculinité, l’autre Don Juan vieillissant et coureur de jupons. Rien de vraiment nouveau non plus avec ces histoires adolescentes pétries de clichés caricaturaux moquées, critiquées et mises en chansons. Rien non plus de vraiment différent dans ces histoires de maisons hantées et de fantômes, d’hôpital psychiatrique, de couvent de sorcières, d’hôtel monstrueux ou de bois habités d’âmes errantes et de tueurs encapuchonnés.

 

photo, Lily RabeChoix cornélien, terreurs extraterrestres ou histoire de vampire ?  

 

En fait, sur le papier, ce ne sont pas les trois quatre premières lignes des synopsis de Nip/Tuck, de Glee ou encore American Horror Story qui brillent par leur originalité. Si ce n’est la capacité de Ryan Murphy (en collaboration avec Brad Falchuk pour Glee et AHS) à faire des clins d’oeil aux thèmes basiques et connus des séries américaines de différents genres, ce ne sont jamais les premières pages de ces scénarios qui captent notre intérêt.

C’est autre part que se trouve le talent de Ryan Murphy. Dans sa capacité, par exemple, à toujours être incisif, cru et même grand-guignol dans sa manière d’aborder ses histoires. Dans sa façon de tirer le maximum, jusqu’au ridicule parfois, et à l'absurde souvent, de n’importe quelle situation, la plus banale soit-elle. Ou encore dans celle de dresser le portrait intraitable des différentes strates d’une société américaine obnubilée par les apparences.

 

photo, Sarah PaulsonQui est le plus malade : la société ou celle qu'elle a rendu "folle" ?

 

Quand s'ouvre le premier épisode de Double Feature, dans une voiture avec pour passagers un homme, sa femme enceinte et leur fille, pas encore sortie de l'enfance, il n’y a donc rien de bien étonnant à les découvrir en partance pour leur nouvelle maison, en quête d’un nouveau départ. Il n’y a rien non plus de vraiment étonnant à voir le voile de l’enfance se déchirer dès les premières secondes, avec cette petite fille qui s'amuse à compter les animaux morts croisés sur le bord de la route (ce qui lui dessine un avenir radieux), ni à sentir rapidement s’installer un certain malaise dans les rapports sociaux que cette petite famille entretient avec les autres, mais aussi entre ses membres.

Parce qu’encore une fois avec Ryan Murphy, et a fortiori dans American Horror Story, ce n’est pas tant l’ouverture de la saison qui lui donne son attrait. Et ça n’a jamais vraiment été le contrat. Ce que cette série propose, c'est une relecture différente de ce qui fait l’histoire du cinéma d’horreur américain, parfois pour le pire, mais aussi pour le meilleur. C’est un voyage kitsch, grotesque et irrévérencieux dans l’horreur, au milieu des spectres (créatures un peu trop appréciées de la série, venues s’invitées dans un peu trop de saisons), des sorcières, de l’apocalypse, des bêtes de foires et autres psychopathes. Un voyage qui plonge rapidement son spectateur dans l'étrange, tout en prenant le temps de ne rien lui dévoiler trop vite. 

 

photo, Finn WittrockL'horreur est un plat qui se mange cru

 

L’HOMME ET LE SANG

Il faut peu de temps à la série pour installer ce malaise qui lui est si caractéristique. Quand les premières images de Double Features, Red Tide défilent, d’abord dans la voiture, puis avec Dorris (Lily Rabe), Harry (Finn Wittrock) et Alma Gardner (Ryan Kiera Armstrong) découvrant les couloirs de leur nouvelle maison, ou arpentant les allées du supermarché du bled de Provincetown, déjà quelque chose d’étrange flotte dans l’air.

Comme souvent avec les histoires d’AHS ce petit quelque chose qui dérange ne va pas mettre longtemps à dévoiler une partie de son mystère : car quelques minutes à peine après sa première image, la saison voit entrer en scène Karen (Sarah Paulson, méconnaissable), la folle dingue de service, seule personne un peu lucide sur les atrocités commises dans le coin, et tout fait encline à commettre les pires larcins pour un peu de came. Red Tide ne mettra pas non plus longtemps à faire entrer en scène ses premières bébêtes aux dents pointues et à l’attirance pour les carotides humaines un peu trop prononcée.

 

photo, Finn WittrockDrôle de notion d'accueil chez les voisins du coin...

 

L’idée même de voir des vampires hanter cette première partie de saison avait, a priori, quelque chose de tentant. D'abord parce qu'ils refont enfin leur entrée dans l'univers si riche de la série (univers dans lequel ils pouvaient particulièrement bien se fondre), ensuite, parce qu’ils vont encore devoir s’imbriquer dans une histoire intrigante plus globale faite d’océan et d’extra-terrestres avec Death Valley (la deuxième partie de saison).

Et contrairement à la saison intitulée 1984, qui n’avait eu aucun mal à mêler dès ses premiers épisodes les codes du Slasher avec l’intérêt que la série porte aux spectres, sans pour autant proposer autre chose de nouveau ou de différent des oeuvres et saisons préexistantes, le démarrage de cette dixième saison, elle, a quelque chose de plus réfléchi.

Il y avait fort à parier qu'Amercian Horror Story ferait de ses créatures de la nuit quelque chose de différent de ce que le public à l’habitude de voir. Qu’elle essaierait en tout cas de prendre certains bouts du mythe à rebours pour tacler une nouvelle fois cette joyeuse Amérique capitaliste, ou un quelconque autre pan de la société (sans oublier, quand même, d'en reprendre certains gimmicks). Mais cette fois-ci, ce n’est ni au monstre américain, ni aux émissions génialement nulles qui lobotomisent leurs spectateurs ou au racisme et à la destruction de l’altérité que Red Tide s’attaque, mais directement et avec un brio indéniable à Hollywood.

ATTENTION, LES QUELQUES PROCHAINES LIGNES SPOILENT GENTIMENT

 

photo, Ryan Kiera Armstrong, Lily RabeEntretien avec un (petit) vampire 

 

Derrière une esthétique toujours aussi travaillée, quoiqu'un peu plus désincarnée que certaines saisons, derrière des plans invarriablement pensés, au milimètre près, et une direction d'acteurs et d'actrices toujours aussi pointue, jamais Amercian Horror Story  n’aura été aussi métaphorique qu’avec ces nouveaux épisodes.  Comme beaucoup d’autres oeuvres avant elle, cette dixième saison utilise les vampires pour raconter l'humain. Et ici, pour parler plus précisémment de l’artiste, du talent.

C’est bien distrayant de voir de pauvres âmes damnées errer en quête de sang dans les rues de Provincetown. Ça l’est d’autant plus quand on sait que, si elles se sont retrouvées dans cette situation, c’est entièrement de leur faute, par péché d’orgueil, à penser qu’en avalant une petite pilule noire, leur talent se révèlerait sans limite et que, plus jamais, elles n’auraient l’angoisse de la page blanche…

Mais la réalité est souvent bien plus cruelle que le rêve et la dure lois de Provincetown veut que toute personne dénuée de talent se voit lobotomisée par sa soif de sang, tandis que les chanceux artistes sont de leur côté transformé en des bêtes obnubilées par leur création, comme vampirisés par leur soif de reconnaissance et de succès... Vaste et attirant programme. 

 

Affiche

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