Swamp Thing : on autopsie les premiers épisodes de la série la plus folle de tout l'étang

Simon Riaux | 26 juin 2019 - MAJ : 26/06/2019 17:24
Simon Riaux | 26 juin 2019 - MAJ : 26/06/2019 17:24

Curieux monstre que Swamp Thing, série supposée mettre en valeur la plateforme de streaming maison de DC, dont la production aura été rocambolesque, la diffusion curieuse et l'annulation stupéfiante.

James Wan à la production, une note d'intention détonnante et ambitieuse, des premières images gorgées de frissons et de ténèbres... la série Swamp Thing s'annonçait comme une petite révolution dans le monde des séries super-héroïques, ou les divertissements bon-enfant de héros bienveillants tiennent le haut du pavé. On le sait désormais, le show a été décapité définitivement, marquant un nouvel échec dans la longue et triste histoire des tentatives de rendre honneur à l'un des plus passionnants antihéros de l'univers DC.

 

photoDe très jolis maquillages

 

TROP LAIDE POUR TOI ?

Producteur de la série, James Wan nous l'avait vendue comme un pur récit horrifique, très éloigné des canons traditionnels de l'épopée super-héroïque. Et il n'a pas menti, dès son épisode introductif, qui a pour difficile mission d'actualiser l'univers et la mythologie des comics, les intégrer à un monde contemporain crédible, jusqu'à aboutir à l'avènement de cette monstrueuse Swamp Thing, le boulot abattu en termes d'atmosphère et de direction artistique est remarquable. L'influence première, la plus immédiatement marquante, est celle du chef-d'oeuvre de John Carpenter : The Thing.

Plaçant rapidement ses protagonistes face à une épidémie engendrant son lot de disparitions bien glauque, le scénario met en place tous les ingrédients possibles afin de laisser libre cours à des séquences de mutations et autres autopsies bien baveuses. Elles sont l'occasion pour le show de montrer qu'il ne recule ni devant l'immondice ni devant les frissons, et dispose pour ce faire d'un solide savoir-faire. En effet, de la photo aux maquillages en passant par les décors, on sent que le moindre dollar du budget a été investi dans la création d'une ambiance pesante et purulente, à la fois fidèle au matériau original et bouillonnante de références.

 

photoQuelle jolie bouille !

 

Car The Thing n'est pas le seul parrain de Swamp Thing. Dès que l'action se concentre dans le splendide et funèbre marais où règne notre antihéros moussu, on sent combien la patte de James Wan est présente. Le metteur en scène et producteur a toujours été un brillant copiste, comme en témoigne son Insidious ou encore le premier Conjuring, il excelle dans les greffons sauvages, et dès le deuxième épisode, enrichit son univers en l'assaisonnant de grosses doses d'Evil Dead et d'une pointe de Ring.

L'équilibre esthétique que trouve la série et son faste cauchemardesque ont de quoi séduire l'amateur d'horreur. Plus que partout ailleurs, il sera ici chez lui, tant il semble évident (l'humour en moins) qu'aucune série ne s'était adressée à lui aussi frontalement depuis Ash vs Evil Dead. Sous ses airs de rêve horrifique poisseux, le show est clairement une lettre d'amour qui leur est directement adressée.

Enfin, le spectateur qui goûte la compagnie des monstres ne manquera pas d'être touché par son antihéros craspec. Parfaitement incarné, mis en image et composé, l'Être maudit qui hante les marais de Dodge constitue à lui seul une raison valable de visionner cette proposition ténébreuse.

 

photoOh la belle bête !

 

ET ÇA VOUS FAIT MARAIS ?

Malheureusement, les personnages ne sont pas aussi élégamment traités, tant s'en faut. Après 3 épisodes et en dépit d'un casting serti de "character actors" solides. Et cela a beau être un ravissement de retrouver Virginia MadsenWill Patton, ou le toujours inquiétant Kevin Durand, c'est aux côtés de Crystal Reed que nous passons le plus clair de notre temps.

La comédienne est parfaitement compétente, et se focaliser sur elle permet de traiter avec malice les codes de ce monde, tout en assurant à Swamp Thing de jouer avec un peu d'humanité et de finesse les apparitions et le caractère de sa créature star.

 

photo, Crystal Reed, Andy BeanUne scène bien dégueu comme il faut

 

Malheureusement, notre héroïne souffre de dialogues qui n'aident pas à sa caractérisation, et elle n'est pas seule dans cette situation. Les connexions entre les protagonistes semblent toujours logiques et sont plutôt bien amenées, mais elles manquent étonnamment de vie, comme si tout ce petit monde naviguait à vue, ou redoutait déjà l'annulation qui a privé la série de futur.

Il faut dire que l'ensemble souffre également d'un véritable problème de rythme. En effet, avec plus de 40 minutes au compteur, on se dit régulièrement que James Wan et DC ont peut-être péché par ambition.

 

photo, Crystal Reed Crystal Reed

 

Le monde de la série exige une bonne grosse dose de suspension d'incrédulité, et ses marais monstrueux appelaient logiquement les codes du pulp et du serial, soit un divertissement au tempo plus marqué, et donc des chapitres beaucoup plus brefs. Au lieu de quoi, il faudra souvent se fader les interminables états d'âme des habitants du bayou, untel ayant perdu un enfant, un autre se désolant de tel ou tel clichés. Un positionnement un peu bâtard, qui ne tranche pas entre la nervosité induite par la dimension horrifique de l'intrigue, et le rythme finalement assez lent des épisodes.

Et si le show n'est certainement pas douloureux à regarder, on se surprend plus d'une fois à regretter que James Wan ne se soit pas retrouvé aux commandes d'un long métrage bénéficiant du même budget et d'une note d'intention similaire. Ce retard à l'allumage, s'il n'éteint pas tout intérêt pour Swamp Thing, rend ses 3 premiers épisodes bien plus lourds et épais qu'ils ne devraient l'être.

 

photo

 

commentaires

Mr Saviuk
28/06/2019 à 18:06

La Warner est assis sur un catalogue en orplus avec DC Comics et ils ne parviennent pas à sortir quoique ce soit de bon. Ça en devient dramatique.

Sharko
27/06/2019 à 17:16

Qu'il fasse un film sur la Justice League Dark plutôt qu'une série à 80M$ annulé avant même ça diffusion.

Serpico
26/06/2019 à 20:31

Au final la critique est limite incompréhensible. J'aime/ j'aime pas. La plus grosse erreur nait d'une partie du casting. Franchement je n'accorde aucune crédibilité à Crystal Reed. La bouche en cul de poule, chez moi cela provoque un effet de rejet immédiat et irréversible. Ce choix s'explique à vouloir faire de cette série un truc pour les jeuns et bien dans l'air...quel triste sort reversé à un magnifique personnage.
Je ne boude pourtant pas mon plaisir à regarder chaque nouvel épisode.
Pour moi cette nouvelle adaptation n'est qu'à moitié réussi, et donc à moitié ratée. Sans quelques décideurs orientés dollars, elle aurait pu être tout simplement sensationnelle.

kouza
26/06/2019 à 20:23

Bonne serie Fun et Gore, apres je comprends pas l'annulation, Bon ca reste une critique de Simon ;) hein ..

nounours 95
26/06/2019 à 18:43

"la série la plus folle de tout l'étang" s'te jeu de mot !

votre commentaire