House of Cards saison 6 : le début de la fin d'un règne pour la série Netflix

Geoffrey Crété | 4 novembre 2018 - MAJ : 06/11/2018 14:46
Geoffrey Crété | 4 novembre 2018 - MAJ : 06/11/2018 14:46

Premier avis sur les premiers épisodes de la dernière saison de House of Cards.

Le règne Underwood va t-il s'achever, ou prouver que rien ne l'arrêtera ? Après cinq saisons noires et sanglantes, House of Cards entame sa dernière ligne droite.

La saison 6 de la série Netflix démarre bien sûr avec une grosse épine dans le pied : le départ forcé de Kevin Spacey, viré après le scandale des accusations d'agression sexuelle. Sortie peu à peu de l'ombre au fil des saisons, Robin Wright alias Claire Underwood est donc la seule maîtresse à bord pour ce dernier tour de piste.

Premières impressions après visionnage des 4 premiers épisodes.

ATTENTION SPOILERS

Notre avis sur l'intégralité de la saison par ici.

 

 

REINE DE COUR

Dès la première scène, le sujet sulfureux est abordé : Frank Underwood n'est plus. Le départ forcé de Kevin Spacey, qui a stoppé et suspensu la production, a failli enterrer la série. La décision avait été prise de continuer sans l'acteur, avec Robin Wright au premier plan, pour une dernière saison de huit épisodes. Restait à savoir comment les scénaristes allaient traiter cette absence.

Une absence pas totalement absurde vu la fin de la saison 5 : poussé vers la sortie, Frank démissionnait et Claire prenait sa présidence. Le Machiavel de Washington était persuadé qu'il garderait le pouvoir dans l'ombre, tandis que son épouse devait le pardonner publiquement. Ce qu'elle se gardait bien de faire : en pleine possession de ses moyens, Claire Underwood se retournait finalement vers la caméra, pour adresser un "Mon tour" glacial au spectateur. Son règne était donc annoncé.

La saison 6 reprend alors avec une Claire Underwood présidente et tête de turc de l'Amérique, qui inonde la Maison-Blanche de menaces et insultes. "Je croyais que tout le monde aimait les veuves", lâche t-elle. En deux dialogues, Frank est enterré. La position de Claire, elle, est explicitée : l'odeur de sang a attiré les prédateurs, qui voient dans cet ange blond une proie idéale. Mais la première présidente des Etats-Unis s'en contrefiche : entre un positionnement autoritaire et un petit "fuck", la séquence pré-générique annonce que Claire ne se laissera pas faire.

 

photo, Robin WrightRobin Wright

 

OISEAUX DE MALHEUR

Et très vite, cette volonté d'écrire une Claire Underwood forte et déterminée, à peu près aussi tordue et perverse que son défunt époux, condamne la série à d'étranges écarts de route. D'une scène légèrement grotesque avec un piaf à un doigt d'honneur final presque parodique, le premier épisode démontre une certaine fragilité dans l'entreprise. Plus tard, Claire s'adresse à la caméra pour dire que les présidents ne peuvent pas être humains : "C'est le pouvoir ou l'amour". Entre sensationnalisme et symbolisme de pacotille, cette lourdeur fait tâche dans le cadre d'une série qui a par le passé brillé par sa finesse et sa retenue.

Même chose pour les flashbacks. L'un d'eux ouvre la saison, signe de l'importance de cet axe dans l'intrigue. Mais là encore, difficile d'être pleinement satisfait par cette volonté d'ouvrir (et donc créer) la mémoire de Claire pour expliciter sa personne. Voir ce bel angle blond attaquer un garçon pour se défendre, et rester impassible face aux cris de l'autorité en digne future psychopathe, a tout d'une grosse ficelle.

Par ailleurs, la saison 6 de House of Cards reprend le chemin habituel des intrigues de vautours, avec manigances et tromperies à tous les étages. Du monde veut voir Claire s'écrouler ou plier, enterrée ou obéissante. Et Claire n'a aucune envie de déposer les armes. Son tailleur restera propre, mais son esprit est un champ de bataille. Ne reste qu'à savoir quels sont les vrais ennemis, et qui pourra devenir l'extension morbide de ses ambitions.

 

photo, Robin WrightRobin vs les hommes

 

BAD MEN ET ROBIN

Dans une scène de l'épisode 3, Claire lance un film dans la salle de projection : Rosemary's Baby. L'histoire d'une femme manipulée par son entourage, pour donner naissance au Mal malgré elle. C'est peu ou prou le plan des Sheperd, puissante famille qui cherche à imposer le règne du privé face au gouvernement fédéral.

Ainsi entrent en scène Diane Lane et Greg Kinnear. La première incarne Annette, amie d'enfance de Claire, qui la connaît un peu trop pour son propre bien. Entre les deux femmes, c'est un jeu particulièrement pervers de mots doux et coups silencieux, portés à chaque rencontre et derrière les sourires les plus anodins. Kinnear, lui, est un homme ambitieux, qui ne reculera devant rien pour arriver à ses fins. Le compte à rebours a déjà démarré pour cet homme malade, et Claire est un obstacle de taille.

 

photo, Michael KellyLe cerbère des Underwood va t-il être le grand gagnant du carnage ?

 

Les Sheperd ne sont qu'un des visages de l'ennemi. Claire se confronte aussi à un Doug éternellement dévoué à Frank, dont le cœur semble balancer entre enterrer l'épouse du diable et l'aider à affirmer son règne. Dans l'ombre, Cathy Durant et d'autres sont avancés sur l'échiquier vers l'éventuelle chute de la présidente.

La saison 6 oscille entre rejouer des conflits que la série traîne depuis un moment (Tom Hammerschmidt et Janine Skorsky gravitent autour de la Maison-Blanche), et sortir d'on ne sait trop où de nouveaux personnages pour relancer des enjeux. Si les plans avaient été bien préparés à l'avance, les Sheperd auraient été présentés et mis en scène plus tôt dans la série, expliquant ainsi leur présence dans le paysage. Ils déboulent ici au milieu de l'intrigue, rappelant la manière pas très heureuse dont House of Cards traite ses antagonistes (Heather Dunbar, Will Conway et dans une certaine mesure Zoe Barnes ont été amenés au cœur de la série puis éjectés un peu trop vite).

 

photo, House of Cards, Robin Wright, Diane LaneDiane Lane, adversaire de premier choix pour Robin Wright

 

FRANK UNDEAD

Ce n'est pas pour rien si Robin Wright  a repris la place de Kevin Spacey sur l'affiche de cette sixième saison, en hommage à la toute première année. Le fantôme de Frank plane sur l'existence et le statut de Claire. Une bague, un ancien accord, des pactes silencieux, des crimes laissés en suspens, un testament caché dans un tiroir : la présidente ne peut échapper à son époux.

"Ca va être différent entre vous et moi : je vais vous dire la vérité", déclare Claire au spectateur. Dans une amusante scène face aux soldats, l'officiel discours solennel laisse place à un échange en aparté avec nous, où elle explique que Frank nous a menti durant cinq ans. Derrière le bullshit présidentiel, la série donne ce que le public veut : parler de Frank. La série semble avoir conscience que le sort de ce personnage-phare intéresse et intrigue forcément beaucoup.

De ce côté, House of Cards tire sur la corde, sans surprise. Frank a t-il été assassiné ? Par Claire ou par d'autres ? Elle-même pose la question, et la série se garde bien de révéler ça trop vite. "On ne se débarrasse pas de quelqu'un comme Frank, ce serait trop pratique", dit la présidente.

 

photo, Robin WrightIl était une fois dans le bureau ovale

 

Mais si cette saison 6 réserve quelques scènes savoureuses (une analyse d'une poignée de main à la télévision qui rappelle une rencontre entre Macron et Trump, une réaction de Cathy Durant enfin logique qui prouve qu'à avoir trop chassé le gibier à Washington, les Underwood ont mis les proies en alerte), elle laisse la même sensation de flottement sur les enjeux et les positions de chacun.

Claire est-elle une psychopathe ou une idéaliste abîmée (après tout, elle n'a qu'une main dans le sang sur l'affiche, elle) ? Est-elle super-maline ou perdue en solo ? Nul doute que les scénaristes s'amuseront encore à sortir de leur chapeau des éléments qui feront avancer l'intrigue, et permettront à Claire de prendre de court ses adversaires. Mais à ce stade, la série abuse de ses petites habitudes, et passe le plus clair de son temps à rejouer les mêmes scènes vaguement ambigües et inquiétantes. Une fois sur deux, Jane Davis, Mark Usher et bien sûr Doug Stamper semblent être des alliés ou des fourbes, et le spectateur se retrouve à suivre cette valse des serpents avec un intérêt de plus en plus relatif puisque de toute façon, l'intrigue lui cache bêtement des choses pour tenter de brouiller les pistes.

 

photo, Robin Wright, Diane LaneNid de vipères

 

Arrivé à la moitié de la dernière saison, avec seulement quatre autres épisodes pour boucler six années de lutte et guerres en sourdine, House of Cards n'a pas clairement établi ses enjeux et ambitions. Elle n'a pas retrouvé sa force des premiers instants, et n'a cessé de courir après le style d'une première saison qui a imposé un cahier des charges froidement respecté depuis. Ne reste plus qu'à espérer que Claire Underwood aura au moins droit à une conclusion à la hauteur, afin d'oublier quelques saisons bien fragiles.

Notre avis sur l'intégralité de la saison par ici.

 

Affiche

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commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
04/11/2018 à 18:44

@Ada

Elle est pourtant bien là :)

Ada
04/11/2018 à 18:37

Je ne vois pas la saison 6 sur Netflix

Oscar
04/11/2018 à 17:27

Je viens d'en venir à bout. Cette saison conclusion est lâche, paresseuse, absurde et n'apporte aucune réponse. Ce qui était effectivement prévisible arrivé la mi-saison dans la mesure où rien n'avait avancé. Je pense que privés de leur héros, les showrunners ne savaient plus quoi faire des autres personnages

Lla
04/11/2018 à 17:26

Bon moi je coupe la poire en deux avec ou sans Spacey la serie etait redondante la première saison etait top mais le reste non

K-L
04/11/2018 à 13:23

@Shadow

Surtout si on oublie que la série a perdu en qualité pour pas mal de monde depuis deux trois saisons. Avec Spacey à sa tête donc.

Shadow
04/11/2018 à 13:20

C'est sur qu'en supprimant le personnage principal (comme dans pas mal de séries ces derniers temps) ça allait droit dans le mur. Kevin S. était parfait dans cette série.

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