The Americans : pourquoi c'est une excellente série d'espionnage trop peu aimée

Créé : 31 mars 2018 - Geoffrey Crété
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La sixième et dernière saison de The Americans est l'occasion de (re)dire en quoi c'est une série qui gagne à être connue.

Le 28 mars signait le début de la fin pour la série The Americans, dont la sixième et dernière saison est diffusée sur la chaîne FX. La création de Joseph Weisberg portée par Keri Russell et Matthew Rhys, qui suit un couple d'espions russes installés sous couverture dans l'Amérique de Ronald Reagan, aura beau être restée discrète, elle n'en est pas moins très réussie.

Retour sur les raisons de donner plus d'amour à cette série noire et raffinée.

 

Photo Keri Russell, Matthew Rhys  Les Jennings, un couple d'Américains pas si tranquilles

 

LES ACTEURS

Raison certes banale, mais ô combien vitale pour The Americans tant le couple formé par Keri Russell et Matthew Rhys (à l'écran comme à la ville) est fantastique. Lui, vu dans la série Brothers & Sisters ou récemment dans Pentagon Papers, est excellent dans le rôle du mari dont le cœur balance entre sa patrie, incarnée par sa femme, et les rêves d'une Amérique loin du cauchemar vendu par son éducation. Ses airs de gendre idéal et un peu fade cachent une bestialité glaciale, sournoise et glaçante, qui sied parfaitement au personnage.

Elle, la célèbre Felicity vue depuis dans des registres aussi différents que Waitress ou Mission : Impossible 3, est fantastique. Tour à tour terrifiante, tragique, fragile, touchante et violente, elle est le joyau de la série. Magnétique au possible, l'actrice a le très beau rôle de l'espionne déterminée, prête à mourir et tout ravager pour sa patrie, et qui endosse avec résistance ses rôles d'épouse et mère.

Le talent de Matthew Rhys et Keri Russell offre clairement à la série une dynamique passionnante, comme deux bombes à retardement dont les interprétations fines et subtiles auront permis à The Americans de maintenir le cap durant cinq saisons.

 

Photo Keri Russell, Matthew Rhys

 

LA VIOLENCE

Elle prend plusieurs formes, mais qu'elle soit psychologique ou physique, elle irradie l'écran. Des bagages des personnages, dont l'innocence a été brisée par la patrie pour les transformer en soldats parfaits, à leurs missions, qui s'achèvent souvent dans un bruit sourd et funeste, The Americans n'a pas peur de la violence.

Au sein du couple, elle est omniprésente, et prend l'apparence d'un soupçon, d'une complicité malsaine, ou d'une facette écœurante du travail comme lorsqu'Elizabeth utilise son corps et ses atouts pour arriver à ses fins avant de rentrer se glisser sous les draps du mariage américain. Au sein de la famille, elle est étouffante, tant le secret des Jennings ronge la parfaite petite maison de banlieue. Lorsque Paige rentre dans la confidence, découvre et observe puis comprend l'ampleur de la situation, la série fait preuve d'une finesse et d'une frontalité étonnante.

Au niveau des victimes collatérales également, que ce soit Martha (Alison Wright) ou Nina (Annet Mahendru), emportées malgré elles dans le flot des affaires et stratégies des personnages principaux. La série n'a pas peur de malmener, maltraiter ou punir même les personnages considérés comme intouchables, restant fidèle à la noirceur du sujet de l'espionnage en temps de guerre froide.

Il y a des scènes mémorables où The Americans aborde avec intelligence cette violence, comme cette rencontre imprévue avec Lois Smith dans un bureau en pleine nuit dans la saison 3, ou cette longue scène sans musique de la cinquième saison où les Jennings sont chargés d'éliminer un vieux couple dont la couverture a sauté. Dans ces moments-là, la série se révèle d'une maturité magnifique, offrant des parenthèses pleines d'humanité et de noirceur à ses héros.

 

Photo Keri Russell

 

LES PERSONNAGES SECONDAIRES

Au-delà du couple, The Americans a vite frappé par le soin apporté aux personnages secondaires. A commencer par Stan, qui ouvre la dynamique de la série : le nouveau voisin des Jennings se révèle être un agent du FBI, dans ce qui ressemble à une ficelle un peu grossière de thriller. Sauf que l'histoire fera de cet homme, interprété par l'excellent Noah Emmerich, bien plus qu'un simple outil à suspense. La bombe à retardement placé par les scénaristes deviendra peu à peu un protagoniste à part entière, moteur de ses propres intrigues en parallèle des Jennings.

Parmi elles, la mémorable Nina, incarnée par l'excellente Annet Mahendru. Elle aussi sera passée de figurante de luxe à personnage complexe, profondément touchant et doté d'une véritable existence.

Impossible de ne pas s'attarder également sur Martha, autre cliché (une secrétaire célibataire un peu niaise qui rêve trop fort d'un prince charmant) devenu en l'espace de quelques saisons un personnage particulièrement complexe et riche. Alison Wright lui aura apporté des nuances au fil des épisodes, faisant de cette femme naïve une complice plus ou moins consciente et docile.

 

Photo Annet MahendruNina, l'un des personnages les plus forts de la série

 

Enfin, Margo Martindale et Frank Langella, qui se seront passés la main pour interpréter le rôle de la liaison des Jennings avec le KGB, apportent une belle inquiétude mystérieuse à la série. Surtout l'actrice qui, sous ses airs de grand-mère, transporte une violence sournoise et symbolise toute l'opacité de ce jeu tordu d'espions.

Le personnage de Paige Jennings, fille des héros incarnée par Holly Taylor, est probablement la preuve la plus passionnante de l'attention des scénaristes portée aux visages en arrière-plan. Petite chose inutile posée dans le décor au départ, esprit vif éveillé par ses parents spéciaux, elle deviendra l'un des grands enjeux de la série au fil des saisons, incarnant tour à tour une potentielle alliée ou la plus grande ennemie des Jennings. Elle donne à l'intrigue une impulsion revigorante et particulièrement intéressante.

 

Photo Holly Taylor (III)Holly Taylor, fille contrariée et contrariante des Jennings 

 

L'ÉLÉGANCE

Si The Americans joue parfaitement le jeu du genre, avec même une dose de véracité puisque le créateur Joseph Weisberg a travaillé à la CIA dans les années 90, elle joue aussi la carte du style. Dans l'utilisation rétro mais discrète des musiques (qui a pu oublier In the Air Tonight et Fleetwood Mac dans le pilote) à la photographie particulièrement soignée, en passant par un beau générique (surtout en version courte avant le remaniement), la série a créé une belle et solide atmosphère.

Loin de marcher dans les pas d'un succès comme Alias, version pop et délicieusement soap du genre, The Americans se pose comme une variation noire, mature et raffinée de la série d'espionnage. De la reconstitution d'époque aux extérieurs froids, en passant par les incontournables déguisements traités ici avec sérieux et distance, The Americans s'intéresse à la facette la moins légère et amusante du métier. Loin d'être des héros et des gagnants, les Jennings sont des outils esseulés, si loin de leur patrie qu'ils finissent par n'en avoir plus aucune. Cet entre-deux, si douloureux qu'il finit par les obliger à questionner toute leur existence, est un superbe terreau dramatique.

 

Photo Keri Russell, Matthew Rhys

 
Pour toutes ces raisons et bien d'autres, The Americans est une des séries les plus intéressantes et pourtant les plus discrètes de ces dernières années. A l'instar de Halt and Catch Fire et The Leftovers, elle aura bénéficié du soutien d'une partie de la presse, gagné en popularité pour un public restreint et fidèle (audiences très limitées et sur la pente descendante aux Etats-Unis), tout en étant plus ou moins ignorée des grandes cérémonies (les acteurs ont été nommés aux Golden Globes et aux Emmy).
 
Si la sixième et dernière saison a peu de chances de véritablement changer la donne, gageons qu'elle donnera satisfaction aux fans, et prouvera pour de bon que The Americans aurait mérité plus d'attention et d'amour.

 

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commentaires

Mohamed 05/08/2018 à 04:13

Si la vie d'espions des deux personnages est belle et bien terminée, il reste que la série donne une impression d'inachevé. Que vont devenir leurs enfants et surtout Renée l'amie de l'agent du FBI qui est pressée de travailler avec son compagnon au bureau fédéral...
L'époque va changer, l'ennemi soviétique n'existera plus, les parents, surrtout le père, ont sûrement la légitime envie de revoir les enfants aux USA, et quelles vont être leur relation avec leur "ex" ami du FBI... Ça aurait dû être la septième et finale saison qui donnera pour toujours le goût d'inachevé à la formidable série ;hélas !

fanTHEAMERICANS 14/05/2018 à 09:04

mains*
Sinon je ne sais pas si cette série est sous-estimée, car les séries qui marchent le mieux ne sont pas forcément les meilleures. La popularité d'une série n'est pas un indice sur sa qualité. En tout cas j'en suis à la saison 5, j'ai découvert cette série il y a seulement une semaine je crois ahah. Elle est absolument géniale je la conseille à tout le monde. Tout est magistral, sauf le personnage de Paige -_- ;), encore dans l épisode que je viens de voir, sa manière de gérer les situations- de ne pas gérer- est absolument désastreuse. Ce personnage est tragique , mais indispensable au scénario, il rajoute du suspens;) Sinon dans le même genre je n'aimais pas le personnage de Martha, jusqu'à cette scène magistrale quand elle laisse un message sur le répondeur de Philip, c'est une actrice époustouflante. Et -attention spoil - dans la saison 5 c'est génial de la voir habillée à la russe dans un supermarché russe. Elle n'a pas l'air malheureuse, alors que son histoire était bouleversante. J'ai hâte de voir la suite...

fanTHEAMERICANS 14/05/2018 à 03:15

Paige, le personnage des séries américaines le plus insupportable. Elle est tellement agaçante, égoïste, auto-centrée sur ses émotions, ses sentiments, elle voudrait que le monde tourne autour de sa petite personne. Elle fait gaffe sur gaffe. Evidemment n'en assume jamais les conséquences. Sa coupe de cheveu est affreuse, même ses mails sont horribles. Vous l'aurez compris je ne l'aime vraiment pas. Paige arbore toujours une tête triste, à se plaindre sans arrêt. Même quand elle rigole on dirait qu'elle va gémir et se lamenter, alors que bon ça va quoi, ses parents sont plutôt cool avec elle, et lui ont fait, à tort, confiance. Paige est réellement un personnage dont la mort ne rendrait pas triste. Et sa passion pour la religion et le pasteur Tim et sa femme Alice, lui donne encore plus de raison de la détester. Souvent je me surprends à lancer à voix haute " mais qu'est -ce qu'elle est c**** !! " A chacune de ses apparitions avec son visage toujours en mode "toute la misère du monde s'abat sur moi" on peut définitivement la juger inutile, énervante et archi moche (oui ça c'était gratuit;) )

Alyon 04/04/2018 à 08:52

+1 en tout point d'accord avec cet article. Cette série s'apprivoise (rapidement) et la noirceur apparaît vite au cœur des intrigues et ne lâche plus les interprètes tous excellents.
Vraiment une belle réussite avec un rythme plus lent que certaine série ce qui peut être lui vaut cet anonymat bien injuste.

Rorov94 01/04/2018 à 08:31

Critique juste et pertinente.
Une série qui mérite de passer en prime à la tv.
Je suis sûr que les audiences seraient au rdv.

Olivier637 31/03/2018 à 21:48

Super serie. Quelques longueurs mais tres fouillée, cohérente dans son univers et sa narration, des personnages complexes et tres bien interprétés. Je me demande vraiment comment elle va etre conclue mais ca m etonnerait que ce soit un happy end.

Hank Hulé 31/03/2018 à 17:15

Une des grandes séries actuelles. Juste dommage que la saison 5 soit un peu en dessous. La 6 et dernière déchire tout (parait-il).

Rrrr 31/03/2018 à 16:19

La meilleure série dramatique des 5 dernières années. Une réflexion brillante sur le couple et le mariage.

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