Rick et Morty Saison 5 épisodes 9 et 10 : un final qui va vous exploser le crâne

Mathieu Jaborska | 6 septembre 2021 - MAJ : 06/09/2021 23:19
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Rick et Morty fait exploser nos synapses en même temps que son propre univers dans un double épisode final sans pitié.

La diffusion hebdomadaire des épisodes de cette saison 5, qui n'a cette fois-ci pas été découpée en deux parties, semblait se dérouler sans accrocs. Puis AdultSwim nous a annoncé une petite pause pour mieux nourrir l'attente autour des deux dernières aventures du duo, toutes deux diffusées en même temps, à l'occasion d'un grand final. Après quelques saillies promotionnelles qui n'ont pas manqué d'enflammer la planète pop culture (dont une saynète en live action très commentée), c'est le jour J.

Et non seulement ce double épisode consent à livrer aux fanatiques de la série les réponses qu'ils demandaient, mais il en profite pour ironiser sur sa propre nature. On n'en attendait pas moins de la mégaparodie bordélique créée par Dan Harmon et Justin Roiland.

Attention, spoilers !

 

photoThe crows

 

La fracture

Bien que ces huit épisodes mettaient un point d'honneur à ne s'inscrire que très rarement dans les grands arcs narratifs de la série, particulièrement sollicités dans la saison 3, les scénarios laissaient subtilement entrevoir une évolution dans la relation de Rick et Morty. Alors que le génie du grand-père alcoolique, déjà bien écorné par la saison 4, était de plus en plus mis à mal, son petit-fils, idéaliste simple d'esprit, prenait son indépendance, apprenait à survivre dans les impitoyables dimensions les plus violentes de cet univers de science-fiction.

La rupture était en fait inévitable, et c'est autour d'elle que s'articulent ces deux épisodes. Évidemment, la marginalité du savant fou, détonant au sein d'une famille américaine nucléaire, presque archétypale, avait déjà motivé bien des ressorts scénaristiques. Mais c'est la première fois que la force des liens qui unissent les personnages éponymes est malmenée à ce point. D'ailleurs, le reste de la famille est presque absent du diptyque (Jerry est littéralement réduit à une flaque) et, une fois n'est pas coutume, les dernières secondes de chaque épisode sacrifient la traditionnelle recherche absolue du gag au profit de vrais bouleversements narratifs.

 

photoLa roue de l'infortune

 

De fait, logiquement, le premier d'entre eux est un peu en deçà, puisqu'il convoque les codes habituels de la série. Plus grave, il risque même de finir un peu occulté par les ambitions de la seconde partie. Pourtant, il met en scène l'un des concepts les plus drôles de la saison, génial justement parce qu'il ne s'appuie que sur le McGuffin original, devenu depuis légendaire, l'incontournable Portal Gun. Il répond avec humour et une méchanceté parfois étonnante à plusieurs questions qu'il soulève, et embrasse, dans un dernier acte presque dérangeant, ses paradoxes les plus croustillants.

Les habituelles références et parodies, toujours savamment dosées (même les Disney récents en prennent pour leur grade) et débordant sur la savoureuse première partie de l'épisode 10, camouflent donc une évidence : le divorce des deux compères va faire mal, et va abîmer non seulement les acquis narratifs de la série, mais aussi sa structure même. Ou quand des personnages de fiction se mettent à décomposer les codes de leur propre réalité.

 

photoLa rupture

 

Méta hurlant

La démystification d'un des prérequis de Rick et Morty n'est déjà pas anodine : dès ses premières minutes, ce double épisode envoie voler en éclat ses deux conditions d'existence : la relation entre Rick et Morty et le portal gun. La narration multiplie les références à ces deux éléments essentiels, à travers la mascotte, vital "&" du titre, les différentes strates de souterrain de la citadelle ou bien sûr les faux portails de téléportation, éliminant la raison d'être des Rick, qui meurent donc par milliers.

Sans Morty, il n'y a que Rick... et donc une tout autre série. D'où les premières minutes du dernier épisode, qui, à travers le pastiche des codes de certains animes, imagine le début d'une fiction différente. C'est également l'objectif du fameux Evil Morty, présenté comme antagoniste récurrent puis porté disparu au grand dam des fans, et qui fait ici son grand retour. Son plan dépasse la diégèse : il sort très simplement du système Rick et Morty, du concept même de la série.

 

photoUne escapade graphiquement réussie

 

Car comme il l'explique très bien, le ressort principal de la paire, celui qui attire tant de gens tous les lundis, réside en fait surtout dans la domination de l'un sur l'autre. C'est le socle de nombreux duos comiques, et il est ici caricaturé au point d'en faire de la chair à pâté, au sens propre du terme. Un véritable génocide, qui se constate dans quelques plans marquants, montrant des charniers de Morty ou un bombardement de Ricks au napalm.

Ce dernier épisode met certainement en scène l'aventure la plus consciente d'elle-même jamais vécue par le duo. Toutefois, ni les piques au mode de production et de consommation de la SVoD ou même à l'ambition affichée des auteurs, ayant déjà annoncé un paquet de saisons, ni les clins d'oeil aux précédents épisodes ne sont réduits à de simples gags. Quand Rick et Morty se lance dans l'exercice du grand final, il en profite pour commenter son propre statut, ses propres ressorts, et même les conditions de son succès.

 

photoFlyin' bird

 

Bad Boys for life

Le discours de ce final est évident : à force d'exiger des rebondissements toujours plus alambiqués, on va finir par complètement dénaturer les fondations de la série. Et si on veut une "crap backstory" (littéralement, une sous-intrigue de merde), les scénaristes vont nous la livrer, en 30 secondes top chrono. C'est à la suite de ce flash-back étonnamment sobre que Rick balance la réplique la plus méta de ces 40 minutes : "Everyone can shut up about it" (Tout le monde peut arrêter d'en parler)

Ces épisodes peuvent donc sembler s'adresser trivialement aux spectateurs, et leur demander de se limiter aux "aventures simples" qui ont fait les grandes heures des deux dernières saisons. En détruisant la citadelle, ils enterrent peut-être définitivement les références aux autres Rick et Morty interdimensionnels, les renvois aux épisodes précédents et les coups de coude si populaires dans les fictions audiovisuelles contemporaines. Peut-être que Justin Roiland, Dan Harmon et leurs acolytes assument de vouloir se contenter d'amuser la galerie avec leurs protagonistes, sans avoir à leur inventer des sous-intrigues à rallonge.

 

photoPendant ce temps, à Veracruz

 

Ou peut-être, au contraire, que c'est le début d'une nouvelle ère. Ce final pourrait annoncer en réalité que les innombrables saisons à venir s'amuseront à défaire les acquis de la série. Dans un des derniers plans, Rick contemple son portal gun vide. C'est tout un symbole. Désormais au courant du passé trouble de son grand-père, le plus Rick des Rick, Morty semble parti pour faire de cette réconciliation un nouveau départ. Tandis que l'intéressé, de son côté, plus humanisé que jamais grâce à ce flash-back subi, pourrait bien enfin connaître une forme de rédemption. Réponse au début de la saison 6. On sera là.

Un nouvel épisode de la saison 5 de Rick et Morty chaque lundi sur Adult Swim via Molotov en France depuis le 21 juin 2021.

 

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commentaires lecteurs votre commentaire !
pod
09/09/2021 à 10:19

Autant certains épisodes de cette saison m'ont paru faible. Autant cette fin était superbe et rattrape tout.
Dans cette fin, on apprend une partie des origines de Rick Cela soulève bien évidemment encore de nouvelles questions.
Spoilers :
D'après ce que j'ai compris :
-Morty apprend que les Mortys sont fabriqués à la chaine depuis le début soit en forçant la rencontre de ses parents dans l'infinité du multi-univers, soit en clonage.
-Evil Morty a apparemment crée un nouveau multi-univers aprés avoir détruit l'ancien. Dans ce nouveau Multi-univers il pourra probablement être le maitre sans Rick mais on ne sais pas dans quel but et on ne sais toujours pas d'ou il vient.
-Rick et Morty ont réussi à s'enfuir de justesse avec une partie des Morty-esclaves de la citadelle mais si le multi-univers a été détruit, ou vont-il pouvoir aller ?
Bref, Rick et Morty pour toujours :)))

LeMartien
07/09/2021 à 18:28

meme avec cette critique, j'ai pas saisi l'épisode, je sais pas quel était le sujet de la citadelle en fait jca va trop vite quand tu es pas a 110% devant l'épisode

Zapan
07/09/2021 à 12:15

Une tuerie intergalactique tout simplement.
Et votre analyse est très pertinente.
Ma seule envie est de laisser passer un peu de temps pour les revoir tous en un wkend.
Wabuladubdub y'all !

Gregdevil
07/09/2021 à 12:06

Tellement hâte de les regarder, mais j'attends la VF.

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