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Doctor Who saison 12 : que vaut l’épisode spécial Daleks du Nouvel an ?

Par Ange Beuque
4 janvier 2021
MAJ : 21 mai 2024
17 commentaires
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Après une saison 11 piteuse et une saison 12 inégale et frustranteDoctor Who était de retour pour un épisode spécial chargé de faire patienter les fans jusqu’à la treizième fournée, dont la diffusion n’interviendra qu’à l’automne 2021 en raison du contexte sanitaire. Cette Révolution des Daleks assume-t-elle son statut de transition et d’étendard du divertissement britannique ? Attention spoilers !

 

photo, Jodie WhittakerRéveillon par temps de Covid

 

Un être vous manque…

Jusque dans son titre, l’épisode s’inscrit dans la continuité de l’épisode spécial Resolution de 2019. Il s’ouvre sur la carcasse suppliciée d’un Dalek, créature généralement réputée pour sa perfection mécanique. Sauf que celle-ci échappe à la destruction à laquelle elle était promise par l’intervention du cupide Robertson (Chris Noth), politicien frustré reconverti en homme d’affaires déjà croisé en saison 11.

On retrouve ce simili-Trump en pleine négociation avec la future première ministre Jo Patterson (Harriet Walter). Sa proposition : réaffecter l’armure du Dalek en drone de sécurité régi par une intelligence artificielle.

 

photo, Chris NothChris Noth, c’est lui

 

Que la série ait déplacé son épisode rituel de fin d’année de Noël au Nouvel An se révèle particulièrement signifiant en ce jour de Brexit : bien qu’articulée sans grande finesse, sa résonance politique s’avère donc bienvenue, qu’il s’agisse d’illustrer la porosité entre sphère politique et monde des affaires, ou de faire allusion aux soulèvements populaires, à la répression policière, au déploiement aux frontières ou à l’émergence de nouveaux outils technologiques censés favoriser le maintien de l’ordre.

De son côté, le Docteur croupit dans la cellule de l’espace où l’ont expédié les Judoons à la fin de la saison 12, « parce qu’elle était elle ». Une captivité censée durer dix-neuf ans et résumée en quelques plans : nourriture infâme, programme de maintien en forme digne de Wii fit et codétenus probablement condamnés pour abus de fan-service. Dommage : voir le Docteur sombrer dans un dédoublement de personnalité gollumesque aurait constitué un arc novateur.

 

photo, Jodie WhittakerNouvel An confiné

 

Sa captivité constituait surtout une occasion en or de conférer à ses trois compagnons l’épaisseur qui leur fait cruellement défaut, en les forçant à prendre les choses en main. On retrouve Graham, Ryan et Yaz passablement déprimés, cette dernière refusant de se résigner à la disparition du Docteur et passant ses nuits dans le second Tardis qui leur avait permis de s’enfuir.

La vue du Dalek aux actualités et de la vilaine trogne de Robertson les place en situation de lanceur d’alerte, puisqu’ils ont conscience d’un danger que le reste de l’humanité ignore. Ils décident donc, dans un élan aussi chevaleresque que puéril, de foncer voir le grand méchant sans arme ni argument, pour lui demander d’arrêter de se comporter de la sorte parce que… parce que ce n’est pas gentil.

Contre toute attente, leur plan ne fonctionne pas. Ou comment démontrer leur totale dépendance au Docteur et à ses babioles technologiques par une scène qui entendait probablement suggérer l’inverse.

 

photoVous voulez dire qu’on va devoir faire quelque chose tout seuls ?

 

Dalek and the city

Comme on pouvait le craindre, plutôt que d’approfondir l’émancipation des compagnons, le scénario s’empresse de rendre au Docteur sa liberté grâce au combo DeusJack-ex-machina et artefact « ta gueule c’est technologique ». Jack Harkness (John Barrowman), qui passe son temps à rappeler qu’il est immortel pour ne rien en faire, permet à son vieil ami de s’échapper grâce à une technique inspirée des roues de hamster et à des effets spéciaux approximatifs.

Après un delta de dix mois dû aux légendaires approximations du Tardis, le Docteur retrouve donc ses compagnons et le récit, ses rails bien balisés.

 

photo, John BarrowmanUne touche de Torchwood

 

Car dans l’intervalle, le triumvirat de la bêtise malveillante n’a pas chômé : tandis que Robertson et la future ministre ont produit des centaines d’armures grâce à des imprimantes 3D, un apprenti sorcier d’une naïveté confondante a cloné des Daleks à partir de traces organiques retrouvées dans la première carcasse.

Tandis que le Docteur et ses équipiers remontent leur piste à coup de ficelles épaisses, de moments de tensions artificiels à base de Daleks face-huggers et de raccords spatio-temporels douteux – un comble ! -, les méchants sont, ô surprise, dépassés par leur création.

À la surprise d’absolument personne, sauf du Docteur, les Daleks trouvent le moyen de prendre possession de leurs armures flambant neuves. Une révolte qui évite au scénario de se confronter à des thèmes autrement plus pertinents : que serait-il advenu d’une société sous la coupe de ces drones ? Mais nous ne sommes pas devant Years and Years et la dystopie sécuritaire est prudemment tuée dans l’œuf.

 

photoOK tu t’occupes de les cloner et moi de leur fournir leur armure

 

Exterminate subtility

Les Daleks peuvent donc s’adonner à leur passe-temps favori : sillonner les rues en hurlant « Exterminate ! » et en jouant du canon désintégrateur à tort et à travers sur de pauvres figurants.

Le Docteur, qui résout subitement son petit problème identitaire en se définissant comme « celle qui arrête les Daleks », échafaude un plan pour les arrêter. Celui-ci souffre de deux tares : la première, c’est d’être exposé devant le veule Robertson sans autre raison que de lui permettre de les trahir quelques instants plus tard, ce qu’il ne se prive pas de faire sans que le Docteur fasse quoi que ce soit pour l’en empêcher. La seconde, c’est que ce stratagème qu’on nous présente comme audacieux se révèle surtout d’une crétinerie abyssale, puisqu’il consiste à… appeler d’autres Daleks.

 

photoDalek collection hiver 2021

 

Certes, depuis la saison dernière et sa gestion absurde du Cybérium, on s’est habitué aux idées du Docteur qui empirent la situation. Mais de là à tenter de combattre la Covid avec le SRAS… De fait, si les Daleks appelés en renfort exterminent effectivement leurs homologues au nom de la pureté de leur race, ils décident de rentabiliser le déplacement en envahissant la Terre par la même occasion.

Le Docteur s’en sort en utilisant le second Tardis comme leurre. Tous les Daleks acceptent de l’y suivre sans se méfier ni lui tirer dessus – c’est tout juste s’ils ne s’essuient pas les propulseurs avant d’entrer. Ce vaisseau d’appoint est sacrifié sans l’ombre d’un cas de conscience, anéantissant ses hôtes par la même occasion.

 

photoLes gilets jaunes en 2022

 

Le choix de Ryan

Ce n’était pas un mystère : cet épisode devait conduire au départ annoncé de Ryan (Tosin Cole) et Graham (Bradley Walsh). Une promesse de dramaturgie particulièrement excitante au regard des antécédents de la série en la matière, la fin d’un compagnon étant souvent synonyme de grand moment d’émotion.

Que ce départ découle d’un choix de Ryan plutôt que d’une péripétie quelconque relève d’une appréciable sobriété : le jeune homme préfère s’en retourner à ses attaches terrestres – ce en quoi on est bien forcé de le croire sur parole puisque celles-ci ont été plus souvent évoquées que mises en image.

 

photoLe bracelet à dissoudre les personnages en fin de parcours

 

Par ricochet, Graham se retrouve tiraillé entre l’envie de poursuivre l’aventure et celle de rester avec son petit-fils. Il décide finalement d’imiter Ryan, ce qui constitue peut-être son premier acte de protagoniste autonome depuis son introduction dans la série. Dommage qu’il n’ait disposé que d’un minimum d’espace dans cet épisode, et qu’aussi peu d’efforts aient été consentis pour générer un réel attachement à son égard.

L’épisode se conclut sur les deux hommes rendus à leur vie terrestre et aux difficultés de Ryan sur un vélo, manière élégante de boucler la boucle et de nous rappeler que oui, n’oubliez pas, il est dyspraxique. L’appel de l’aventure se fait encore sentir, en espérant qu’aucun scénariste en descente de bûche glacée n’aura l’idée de gâcher cette fin digne par un spin off. S’ensuit une apparition de grand-mère Amazing Grace en mode Ghost, qui force un brin l’émotion.

 

photoDeux de moins

 

« Enjoy the journey when you’re on, because the joy is worth the pain »

Si La Révolution de Daleks ne brille guère par sa menace très fonctionnelle, il profite de sa longueur (1h10) pour s’autoriser quelques respirations et approfondissements bienvenus.

Et c’est essentiellement Yaz (Mandip Gill) qui en profite. On la découvre particulièrement obsédée par la disparition du Docteur, au point que sa carrière de policière est totalement évacuée par les scénaristes. Elle continue à se battre tandis que ses comparses se sont résignés, annonçant sa prise d’importance. Sa réaction épidermique au retour du Seigneur du temps, dont la violence témoigne d’un réel sentiment d’abandon, questionne d’ailleurs le caractère purement amical et platonique de son attachement.

L’épisode s’arrange pour l’isoler avec Jack et leur permettre de débattre de la place du Docteur dans leur vie… et de la douleur ressentie lorsque survient l’inéluctable séparation. Ce dilemme fait habilement écho au propos politique, qui interroge ce à quoi nous sommes prêts à renoncer (la liberté / le frisson) pour assurer notre sécurité. Vaut-il mieux avoir vécu pleinement, avec le risque de souffrir, ou s’en protéger par anticipation ? Par son échange avec Jack, Yaz chemine sur la voie de l’acceptation d’une existence d’exaltation et de frissons aux côtés du Docteur, avec les risques qu’elle engendre.

 

photo, Mandip GillLa vraie gagnante de l’épisode ?

 

Le potentiel de son personnage transparaissait déjà en filigrane au cours des saisons précédentes, en dépit d’une écriture qui ne l’exploitait jamais totalement. Le départ de ses comparses offre la promesse d’une dynamique duelle d’autant plus stimulante qu’elle concernera, pour la première fois, deux femmes aux commandes du Tardis. Et on espère de tout cœur que l’arrivée programmée d’un troisième larron, incarné par John Bishop, ne diluera pas cet arc prometteur.

Le thème de la nouveauté et de la méfiance qu’elle peut inspirer parcourt cet épisode spécial, que ce soit par un dialogue à cœur ouvert entre Ryan et le Docteur, ou le rejet par les « anciens » Daleks de leurs alter ego modifiés. Optimisme volontariste au seuil de cette nouvelle année, ou flèche décochée par un showrunner frustré par la dynamique descendante du show – qui ne serait pas dénuée d’hypocrisie au regard de son usage décomplexé du fan service ?

Rappelons à toutes fins utiles que les réserves exprimées sur son règne créatif ne tiennent pas au caractère novateur de ses propositions, mais à leur médiocrité. La confiance ne se décrète pas, elle se mérite – et Doctor Who a encore un peu de chemin à accomplir avant de mériter celle des téléspectateurs.

 

photoAyez confiance en l’avenir

 

Doctor Who livre un épisode spécial jamais déplaisant, mais dont la trame est pour le moins anecdotique. Sauf qu’en évacuant deux compagnons, la série s’octroie la possibilité d’une densification dramaturgique dont devrait profiter Yaz, pour muter en point d’ancrage émotionnel. À l’heure où le besoin d’évasion et de réenchantement est plus vital que jamais, espérons que la prochaine saison, resserrée à huit épisodes, en profitera pour retrouver une vraie vigueur créatrice.

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Enfin

il parait des news de ce matin que le doctor va enfin changer après la prochaine saison.
il manque plus que les showrunner et je regarderais de nouveau la série.

Alfred

Y a-t-il encore quelque chose à sauver de ce run ?
Plutôt que le départ des sidekick, c’est comme dit Enfin, celui des showrunners qu’on attend.

Ledt

Le docteur n’est pas mauvais surtout Whittaker mais le showrunner a voulu tout changer pour faire du fan service classic et satisfaire les new who. J’ai lacher l’affaire il y a quelques années après le départ de Capaldi et je regrette rien.

Patator

D’après les rumeurs, jodie whittaker serait sur le départ. Ce serait bien que la production vire le reste de l’équipe. 13 est un accident industriel.

Pat40

Pour moi le Docteur est mort avec le départ de Matt Smith