Sherlock Saison 4 - Episode 3 : Le meilleur pour la fin

Christophe Foltzer | 17 janvier 2017
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Photo Sherlock FInal Problem

C'est toujours le même problème avec Sherlock, les saisons sont beaucoup trop courtes. Mais quand on voit le mal qu'ils ont eu pour tourner la saison 4, on se dit qu'on a déjà beaucoup de chance qu'elle existe. Et notre monde n'aurait clairement pas été le même sans elle. Attention, SPOILERS.

Oulah, il ne va pas être facile à résumer cet ultime épisode de la saison 4. Non pas parce qu'on n'a rien compris, mais plutôt parce qu'à l'instar de l'épisode 7 de la seconde saison d'Ash vs Evil Dead (critique ici), vous révéler les tenants et aboutissants de l'intrigue relèverait du crime pur et simple tant il faut se prendre ce Problème final en plein visage, sans y être préparé. Disons simplement qu'après un épisode résolument ténébreux, Sherlcok va encore plus loin en levant le voile sur la mystérieuse soeur du héros, Eurus, retenue prisonnière dans une île-prison depuis son plus jeune âge et qui prépare un bien mauvais tour au détective, à Watson et à Mycroft, dont personne ne sortira vraiment indemne. Et croyez-nous sur parole quand on vous dit que ce serait criminel de vous en révéler davantage.

 

Photo Sherlock Final Problem

 

 

L'ENFER, C'EST L'AUTRE

Depuis sa saison 3, Sherlock laissait tomber ses enquêtes au profit d'un approfondissement minutieux de la psychologie du détective, laissant pas mal de spectateurs sur le carreau en chemin. Si le premier épisode de la saison 4 gérait cette nouvelle direction avec quelques difficultés, celui de la semaine dernière nous avait rassuré quant au grand plan que nous préparait Steven Moffat et Mark Gatiss. Autant dire qu'avec ce que nous venons de voir, la saison se termine en apothéose. 

Rarement en effet nous n'avons vu une série aller aussi profondément dans les ténèbres de son héros pour nous expliquer qui il est. Cet épisode est éprouvant à la fois pour ses personnages et pour son spectateur parce que justement il ne nous épargne rien. Sherlock trouve avec sa soeur son plus terrible adversaire et la clé de son évolution. Pourquoi est-il devenu ce qu'il est ? Parce que Eurus. Pourquoi a-t-il un comportement aussi asocial ? Parce que Eurus. Pourquoi est-il aussi proche de Watson alors que rien ne les prédisposait à une telle amitié ? Eurus encore une fois.

 

Photo Sherlock Final Problem

 

Si dans son premier niveau de lecture cet épisode peut sembler quelque peu déceptif, surtout en regard du supposé plan posthume de Moriarty qu'on nous a vendu depuis la fin de la saison 3, Le problème final ouvre une porte inattendu sur cet univers qu'il sera bien difficile de refermer par la suite. Que la série continue ou non, les faits sont là, Sherlock vient de subir une évolution majeure contre son gré et rien ne sera plus jamais comme avant.

 

BARBEROUSSE

Et finalement, la série de dévoiler son vrai visage ainsi que l'aboutissement du message des showrunners. Il était en effet moins question depuis le début de nous raconter les enquêtes extraordinaires d'une version moderne du détective que de nous préparer à pénétrer dans l'inconscient torturé d'un homme brisé par un trauma au point qu'il l'avait refoulé dans les coins les plus reculés de sa personnalité. Trauma qui, évidemment, selon un principe psychanalytique implacable avait alors les coudées franches pour s'exprimer en toute liberté et façonner à l'insu de tout le monde le destin de sa victime.

Sherlock s'attaque ainsi à la difficile question du deuil impossible, du traumatisme infantile, de la névrose qui en découle et de l'impossible reconstruction du sujet avec une telle justesse qu'il embarque le spectateur dans 1h30 de folie pure, de manipulation totale, et d'émotions incontrôlées. Et c'est un vrai bonheur de voir nos trois personnages fétiches se tirer dans les pattes, se soutenir, essayer de comprendre qui est l'autre pour espérer survivre au plan machiavélique mis au point par Eurus quelques années plus tôt et qui n'a suffi que de 5 minutes de conversation avec Moriarty pour trouver sa forme implacable.

 

Photo Sherlock Final Problem

 

Eurus est de ce fait plus qu'une génie du mal où le plus grand adversaire du détective, c'est avant tout sa part d'ombre, ce qu'il aurait pu devenir symboliquement s'il s'était coupé de toutes ses émotions et ses sentiments. Bref, le destin qui l'attendait s'il n'avait pas rencontré Watson. On comprend alors mieux son comportement des plus étranges depuis qu'il a connait le docteur. Ses réactions à l'apparition de Mary, à la naissance de leur fille et l'obsession maladive de protéger son ami suite à la mort de sa femme. Tout fait sens et nous prouve enfin que Sherlock n'est pas un être asocial et robotique au-dessus des autres, mais qu'il est bien le plus fragile d'entre nous parce que, traumatisé dans son enfance, il a mis au point un certain nombre de barrières psychologiques entre lui et les autres pour se protéger et ne plus souffrir, au risque de se perdre, et seule une rencontre inattendue avec un autre homme brisé, par la guerre celui-là, a pu le sauver de lui-même. Plus que jamais Sherlock et Watson sont les deux faces d'une même pièce (l'une exclusivement cérébrale et l'autre complètement dominée par ses émotions) qui trouvent enfin leur équilibre à l'issue d'une aventure haletante et dramatique qui en marquera plus d'un et se termine en toute simplicité et en musique.

Sherlock, avec cette conclusion, confirme qu'il est bien plus qu'une simple série télé. C'est une leçon de vie. Et c'est magistral.

 

On ne s'attendait pas forcément à un tel choc et pourtant le miracle se produit. Sherlock dévoile enfin totalement son vrai visage et ça valait le coup d'attendre. Il conclut sa saison 4 avec un épisode qui ne plaira pas à tout le monde, certes, en déroutera plus d'un, assurément, mais pour peu que l'on s'intéresse à l'âme humaine et à sa complexité, nous sommes face à l'une des plus belles démonstrations qui nous ait été offerte à la télévision de mémoire récente. Sherlock vient d'accéder à une dimension supérieure en 90 minutes et nous lui tirons son chapeau parce qu'il fallait oser. Chef-d'oeuvre.

 

Photo Sherlock Final Problem

commentaires lecteurs votre commentaire !

real
21/01/2017 à 11:37

cet épisode est sciant:point ! -)

Jack
18/01/2017 à 23:52

"Sherlock vient jouer avec moi" prend tout son sens à la fin et rien que pour ça cet épisode est magnifique

Sanaa
18/01/2017 à 14:13

"une gentille petite fille", GonzoNawak ? Non ! Ce n'est pas parce qu'on la voit pleurer à la fin et qu'elle a visiblement des sentiments, à sa façon, pour Sherlock (et apparemment que pour lui) qu'elle n'en reste pas moins dangereuse ! La preuve : elle reste enfermée. Sherlock le dit lui même qu'il ne peut pas la ramener à la maison. Et ça n'a pas été compliqué pour elle de "bouger tout ce beau monde de l'île prison à la maison d'enfance", vu qu'on nous explique qu'elle a la capacité de manipuler les gens, dont tout le personnel de la prison. En cinq ans on peut comprendre qu'avec une telle intelligence elle a eu le temps de penser au moindre détail, et en plus avec l'aide de Moriarty. Donc...

GonzoNawak
17/01/2017 à 23:08

Quand meme pas mal d'element qui n'ont pas grand sence. Comment la soeurette a fait pour bouger tout ce beau monde de l'ile prison a la maison d enfance. Le psychopate qui d'un coup se retrouve etre une gentille petite fille ...

the bub
17/01/2017 à 18:25

rip
(snif)

Diablo
17/01/2017 à 17:26

J'ai un petit faible pour l'épisode 1 de la saison 2 , (avec Irène Adler) mais force est de constater que ce dernier épisode est magnifique et magistral. Comme conclusion pour une des meilleures séries de ces 10 dernieres années, on peut difficilement citer mieux.

Copeau
17/01/2017 à 15:05

ça fait mal de le dire, moi qui aime tant cette série, mais l’épisode est si parfaite que la série devrait en rester sur cette conclusion. Je suis triste mais peut-être faut-il faire notre deuil à présent car en toute logique, la série n'a plus de raison de continuer....si ce n'est satisfaire la gourmandise de ses spectateurs.

Bien
17/01/2017 à 14:56

Tout à fait.
Et si c'est la conclusion de la série, ce serait parfait.

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