Le Livre de Boba Fett épisode 1 : retour gagnant pour Star Wars en série ?

Antoine Desrues | 29 décembre 2021 - MAJ : 29/12/2021 12:36
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Après The Mandalorian, Star Wars est de retour sur Disney+ avec sa série spin-off : Le Livre de Boba Fett. Le seigneur du crime arrive-t-il à faire son trou ?

 

Le Livre de Boba Fett : photo, Temuera Morrison, Ming-Na WenUn livre ouvert

 

C'est... la... Fett !

Souvenez-vous : le 4 décembre 2020, la série The Mandalorian embrayait sur un fan-service total (et plutôt inattendu) en offrant au réalisateur Robert Rodriguez (Desperado, Alita : Battle Angel) le cadeau de mettre en scène le retour de Boba Fett dans l'univers Star Wars. Le chasseur de primes mythique de la trilogie originale obtenait enfin réparation pour sa "mort" précipitée dans Le Retour du Jedi, tout en annonçant un nouveau chapitre de ses aventures.

Si la saison 2 de The Mandalorian n'a pas caché sa nature d'introduction à de nombreuses séries annexes pour alimenter le catalogue de Disney+, il est clair que ses deux instigateurs principaux, Jon Favreau et Dave Filoni, ont vu dans Le Livre de Boba Fett une récréation fantasmatique, un rendez-vous de fans bien trop heureux de réinvestir un personnage pour lequel l'histoire demeure à écrire.

Or, le réalisateur d'Iron Man s'est justement beaucoup amusé à la scénarisation de ce pilote, où une petite sieste dans une cuve de bacta laisse sous-entendre que notre cher Boba ne s'est jamais vraiment remis des traumatismes qui ont forgé sa personnalité. Entre sa naissance forcée sur Kamino et la mort de son père sur Géonosis, ce chapitre de l'univers étendu de Star Wars revisite des images connues en opérant un léger pas de côté. Par une plongée légèrement plus prononcée ou un gros plan plus insistant, nous voilà face à un nouveau point de vue, amenant même à la mise en lumière d'un hors-champ tant redouté dans le bedon du Sarlacc.

 

Le Livre de Boba Fett : photoLe Réveil difficile de la Force

 

Pour autant, Favreau ne se contente pas de cette facilité, et choisit au contraire de la bazarder rapidement pour revenir à zéro. Sans armure, et capturé par des Tuskens, Boba a – non sans une certaine mise en abyme – toute sa légende à réécrire. Par ce postulat, la série assume sa parenté avec The Mandalorian, puisqu'on y retrouve le même goût pour une écriture qu'on jurerait sortie d'un jeu de rôle, alors qu'on voit notre héros revenir au niveau 1.

Néanmoins, cette démarche familière laisse déjà pointer une forme de fatigue, à moins qu'elle ne soit due au visage buriné de Temuera Morrison. Malgré sa performance habitée, l'ancien interprète de Jango Fett semble usé comme une figurine qu'on aurait laissée trop longtemps prendre la poussière. A force de vouloir donner un petit coup de peinture fraîche sur les icônes d'antan, les équipes de Favreau et Filoni en oublient que les jointures sont rouillées. Boba a beau s'imposer comme le nouveau chef de la pègre de Tatooine, il est tout de même présenté comme un personnage compatissant, voire gentillet, à des années-lumière de son image originelle de chasseur de primes sans pitié.

 

Le Livre de Boba Fett : photo, Temuera MorrisonFormol, bacta... même combat

 

 

Prime de fin d'année

Peut-être faut-il voir là l'aveu d'échec d'une équipe créative ivre de son propre pouvoir. Car si The Mandalorian n'a certes pas réinventé la roue, la première incursion de Star Wars dans la série live-action a su habilement mêler les inspirations de la trilogie originale, l'inventivité de George Lucas et la recherche d'une révolution technologique pour accompagner l'ensemble (sous la forme du fameux "Volume", ce studio pouvant projeter des décors numériques et ainsi donner vie à des planètes exotiques).

Le problème, c'est que Le Livre de Boba Fett n'a visiblement pas l'intention d'expérimenter au-delà de ces acquis. Filoni et Favreau font appel à un sac à malices déjà familier, tandis que les prouesses musicales de Ludwig Göransson sur The Mandalorian (à l’œuvre ici sur les thèmes principaux) sentent le réchauffé.

 

Le Livre de Boba Fett : photoLa production design est elle toujours aussi dingue

 

Mais le pire ici, c'est évidemment le retour de Robert Rodriguez à la réalisation de cet épisode inaugural. Si le cinéaste derrière Spy Kids ou Machete a souvent dédouané la médiocrité de sa mise en scène derrière la dimension Grindhouse (voire méga-Z) de ses projets, la pauvreté rythmique de son passage sur The Mandalorian laissait augurer le pire. Face à une séquence d'embuscade dont on aurait pu espérer une scénographie suffocante, Rodriguez y préfère une confusion de tous les instants, peu aidée par des inserts chaotiques et un montage à la serpe. Le réalisateur se montre incapable de façonner un quelconque crescendo chorégraphique et émotionnel, au point même d'arriver à rendre soporifique une poursuite à base de parkour.

Mais ce raté, qui ne parvient jamais à rendre justice aux talents guerriers de son personnage-titre, est finalement assez révélateur du problème autour du Livre de Boba Fett. The Mandalorian avait su justifier son existence (et même ses carences) par sa volonté de reprendre humblement la dimension western de Star Wars au travers d'un nouveau personnage, et d'un nouveau pan de mythologie. Même en se raccrochant aux branches, les aventures de Baby Yoda avaient su esquiver certains pièges, notamment en évitant un rapport trop frontal aux films (du moins jusqu'à ses derniers épisodes).

 

Le Livre de Boba Fett : photo, Temuera Morrison, Ming-Na Wen"Va falloir se bouger patron !"

 

A l'inverse, cette série spin-off n'a plus que le fan-service comme moteur de sa progression, un peu comme la dernière trilogie en date. En s'acharnant à ressusciter les gloires d'antan, Le Livre de Boba Fett est surtout en train de réveiller une nostalgie amère. Bien entendu, les épisodes suivants sauront peut-être recentrer le sujet, mais face à cette introduction décevante, on doit admettre "avoir un mauvais pressentiment..."

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Raph2304
09/01/2022 à 16:11

Dites, pourquoi on parle de West Side Story dans les coms d'un article sur la dernière série Star Wars? Quel est le rapport?

Eddie Felson
01/01/2022 à 14:17

@Theinsider38
« redescend avec ce pitoyable remake »!
C’est toi qui te pose en donneur de leçon l’ami;)…. quand à « pitoyable » , pourquoi pas mais tu es en minorité au regard des excellentes critiques presse et public
« revoi le seul et unique film de Robert wise. »… c’est fait, quelques jours (idem avec la trilo Matrix) avant de découvrir l’adaptation de Spielberg. J’aime les 2 même si je trouve cette version plus intéressante car plus sombre, plus politique plus violente et intégrant encore plus justement la question du racisme et de la diversité.
En conclusion, merci mon cher @Theinsider38 de respecter mon enthousiasme pour cette nouvelle ADAPTATION de la comédie musicale de Bernstein comme je respecte le fait que tu ne l’ai malheureusement pas apprécié! Je trouve même étonnant que tu es été le voir vu ton rejet total du principe même de « « « remaker » » » le film de Wise! Pas très logique mais pourquoi pas!
La bise et excellente année à toi et à tous

The insider38
01/01/2022 à 12:18

@eddie felson

Pour dire des conneries pareil t’as pas vu l’original c’est pas possible !!!
Le remake est quasi le même point par point voir plan par plan( spielberg ou pas , et le west side story d’origine a toujours assumé d’été une adaptation de Roméo et Juliette.
Donc redescend avec ce pitoyable remake et revoi le seul et unique film de Robert wise.
On a pas besoin de tes leçon .

Pat Rick
31/12/2021 à 15:35

Ce premier épisode, sans être d'une folle originalité, est efficace et prenant.

Eddie Felson
31/12/2021 à 11:23

@pi +1
@anderton
Pour ce qui concerne les motivations de Spielberg, c’est simple, cela fait des décennies qu’il porte en lui ce désir d’adapter l’oeuvre de Bernstein. Il est arrivé à un stade de sa vie et de sa carrière où, l’âge aidant, il se recentre sur des projets qui lui sont chers, font sens à son coeur.
Bref, il se fait plaisir et cela transpire dans chacune des images et des plans de ce film.
Par ailleurs, tu dis « Je reste plus partagé et sceptique quant à sa volonté de réadapter WSS. c'aurait été plus vrai, si l'intrigue avait été transposée à notre époque surtout au regard de l'actualité récente US (tensions raciales, Black lives matter...). »
Pourquoi cela aurait été plus vrai?!? Non, je ne crois pas, au contraire même, la distance et le recul que permet cette distanciation temporelle permet de montrer que les problèmes d’hier sont toujours, et peut-être encore plus, présents aujourd’hui. Cela n’empêche absolument en rien le film de traiter justement et frontalement de la question de la différence, de son acceptation, de la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, d’une communauté à s’intégrer dans une société. Notre époque raisonne et se reflète très clairement dans cette oeuvre. Cela n’en est que plus troublant, inutile de grossir le trait en posant ce musical entre les murs délabrés de notre époque, ceux des années 50 suffisent et permettent à l’évidence de respecter au plus près l’oeuvre originelle de Bernstein et de l’ancré dans son intemporalité.

Pi
31/12/2021 à 10:55

@Anderton
La différence entre le film original et le remake de Spielberg, c'est que si le film d'origine s'inspire de Roméo et Juliette, c'est en s'en inspirant n'importe comment sans vraiment en comprendre la teneur.

Roméo et Juliette, ce n'est pas une histoire d'amour impossible à l'eau de rose, c'est l'histoire d'amour impossible entre deux personnes issues de classes dominantes dont les intérêts priment sur les sentiments des personnes qui les composent.

Dans le West Side Story original, on raconte l'histoire de deux personnes issues de deux communautés dominées en hiérarchisant ces dominations. Les jets et les Sharks sont des immigrés, simplement les Sharks ont l'air plus immigrés que les Jets, mais tous sont ramenés à leur condition d'immigrés par la police, donc le système dominant, lors d'une scène très explicite où un flic blanc ne laisse aucun doute sur la question.

Les deux gangs se battent pour un bout d'asphalte parce que c'est la seule chose qu'il le reste pour avoir un tant soi peu l'illusion de contrôler leur vie. Et c'est cette fuite en avant vers cette illusion de contrôle qui détruit la seule chose qui pourrait les unifier contre le Système, l'amour de deux personnes qui appartiennent aux deux communautés. Il y a une morale derrière cette histoire qui explique comment la haine de soi, de sa condition de Dominé, permet aux Dominant de dominer.

Dans le film de Spielberg, cette question est mieux traitée et notamment par un meilleur casting qui restitue aux personnages leurs origines ethniques ce qui donne plus de poids aux arguments développés par l'histoire.

Nathalie Wood en portoricaine, je veux bien, mais bon...
Georges Shakiris qui est par ailleurs un excellent danseur, est Grec quant à lui.

Ça n'a l'air de rien, mais les gens ont des physionomies qui correspondent à leurs origines et ça fait partie de leur culture, leur histoire et leur identité et le nier c'est nier ce qu'ils sont et ce qui explique leur vie.

Le western est un genre qui a volé leur histoire aux Amérindiens en gommant les génocides successifs dont ils ont été victimes durant les différentes vagues de colonisation des Amériques depuis Christophe colomb. Et ça a été possible en usurpant leur identité via des acteurs blancs grimés en caricatures d'Indiens, entre autre.

Spielberg rend West Side Story plus authentique en restaurant les enjeux sociaux dans cette tragédie entre deux gangs dont deux membres vivent une histoire d'amour à l'issue fatale.

Mais il y a aussi la forme qui donne une vie que n'avait pas le film original essentiellement tourné en studio et en lumière artificielle.

Ce remake de West side Story est ancré dans la réalité et c'est ce qui le rend littéralement frappant.

Spielberg a fait un travail qui sort le film original de l'imaginaire hollywoodien des années 50/60 pour le projeter dans la réalité de la décennie 2020/30.

C'était déjà un classique, c'est désormais un grand classique moderne.

le Waw
31/12/2021 à 10:47

@TK

Nonnjuste qu'en général le débat est un peu plus élevé ici... Mais oui tu n as pas tort.

Anderton
31/12/2021 à 09:48

@Eddie Felson : pas très convaincu. Dire que les créateurs de West Side Story se sont inspirés de Roméo et Juliette de Shakespeare, OK, je comprends : on passe d'une pièce de théâtre du 16ème siècle à une comédie musicale se déroulant à la fin des années 1950. En revanche, la version de Spielberg change en quoi par rapport à la version cinéma de 1961 ? Ça se déroule toujours en 1957, avec les même gangs rivaux (mêmes noms, mêmes origines), j'ai même l'impression qu'on retrouve le même grain d'image et les mêmes couleurs des films des années 50-60... Donc on est plus sur un hommage au film de 1961 qu'à une réadaptation de l'œuvre originale de 1957, à mon avis bien sûr.
A titre de comparaison, Spielberg à fait une vraie adaptation de La Guerre des Mondes en transposant et adaptant l'intrigue à notre époque, de même pour Minority Report en ajustant les enjeux par rapport à une dérive des peurs post 11 septembre.
Je reste plus partagé et sceptique quant à sa volonté de réadapter WSS; c'aurait été plus vrai, si l'intrigue avait été transposée à notre époque surtout au regard de l'actualité récente US (tensions raciales, Black lives matter...).
Au-delà de ça, je ne critique pas le film de Spielberg car pas vu et pas très attiré non plus par rapport à mon ressenti sur les intentions de Spielberg

Brasch-Eazy-E
31/12/2021 à 09:22

Kojak Fett !

Eddie Felson
31/12/2021 à 04:32

@Anderton
Pour le reste, je suis d’accord;)

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