Altered Carbon : pourquoi le pilote de la grosse série SF cyberpunk de Netflix déçoit

Créé : 1 février 2018 - Lino Cassinat
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Après un premier trailer très alléchant, on a pu poser nos yeux sur le premier épisode d'Altered Carbon, LA grosse série Netflix de ce début d'année. Verdict ?

ATTENTION LÉGERS SPOILERS !

 

 

NEON (K)NIGHT

Dans un futur dystopique avec des néons partout, l’humanité est devenue immortelle. Il est en effet possible de transférer son esprit dans une carte mémoire, et de passer de corps en corps. Dans ce contexte, Takeshi Kovacs, un ancien dissident revêche, est réveillé après 250 ans passés inconscient, prisonnier et sans corps. On lui donne une nouvelle enveloppe, et on l’amène devant Laurens Bancroft, l’un des hommes les plus riches de l'univers, vieux de 350 ans. Sa précédente enveloppe a été victime d’un meurtre, mais la police a conclu à un suicide. Il demande alors à l’ancien soldat d’élite d’enquêter, en échange d’une amnistie et de beaucoup d’argent. S’il refuse, il sera alors simplement renvoyé en prison.

Les prémices de ce pilote avaient tout pour plaire aux fans de SF cyberpunk : un synopsis neo-noir dans un monde sombre et dystopique perclus de concepts de hard SF, et un trailer qui faisait baver d’envie notamment avec des scènes d’actions intenses et une direction artistique qui s’annonçait détaillée, sombre mais riche en lumière urbaine colorée. Las, il va bien falloir admettre que si le programme est alléchant, force est de reconnaître que son exécution est très défaillante, en tout cas dans ce simple premier épisode d'Altered Carbon.

 

Photo Joel KinnamanSur les immeubles élevés, avec mes doigts boudinés, j'écris ton nom : N-É-O-N

 

TACTICAL (IM)PRECISON DISARRAY

Malgré toute la séquence chez Bancroft riches en incrustes baveuses et en faux meubles design et rideaux Ikea, on peut au moins reconnaître à Altered Carbon d’avoir globalement tenu ses promesses pour ce qui est de l’esthétique générale : décors, costumes, accessoires, tout l’univers fonctionne très bien, et l'écrin n'est pas loin d'être vraiment somptueux. Le problème, c’est qu’il est assez difficile d’en juger à cause des nombreux problèmes de réalisation, notamment un montage riche en incohérences (surtout spatiales) et surtout un sens du cadre proche de l’inexistant (la scène du commissariat). La dramatisation par l’image ne fonctionne quasiment jamais, et les bons concepts de la série sont sans cesse sabotés par un mauvais choix de réalisation.

C’est particulièrement rageant pendant la dernière scène d’action de l’épisode, qui se révèle complètement fade et échoue misérablement à installer une quelconque tension. En effet, difficile de croire un instant que Joel Kinnaman soit en danger une seule seconde pendant cette scène, lui qui passe son temps à faire le chameau et à jouer le gros lourd qu'il ne faut pas emmerder, en ne convainquant d’ailleurs qu’à moitié. Ne lui jetons pas la pierre cependant, difficile de bien tenir un rôle aux répliques aussi mauvaises et face à une Martha Higareda particulièrement mauvaise. Cependant, on touche du doigt ici le principal problème du pilote d’Altered Carbon : l’écriture.

 

Photo Joel KinnamanUne séquence qui part très bien et tombe misérablement à plat en un seul coup de poing

 

(NOT) HARD WIRED

Rappelons encore une fois qu’Altered Carbon est une série Netflix qu’on a envie d’aimer, tant elle dispose d’un potentiel énorme et qu'on aime la hard SF et les néons. Mais s’il y a bien une raison de s’inquiéter, c’est bien à cause de son story-telling. Difficile de rentrer dans le détail sans spoiler, mais derrière le cache-misère des effets de style chichiteux et des punchlines de badass lourdingues, toutes les situations semblent forcées, aucune transition ne fonctionne et l'univers s'installe très difficilement. On le redit, celui-ci fonctionne bien en soi, mais si on le comprend, c’est parce que les 30 premières minutes ne sont qu’un gigantesque tunnel didacticiel, constituées de flash-backs jolis mais intrusifs. Mais surtout d’interminables explications pitoyablement masquées derrière le prétexte classique du personnage qui sort du coma mais mises en place uniquement pour que le spectateur comprenne le monde dans lequel il est plongé.

On comprend tout à fait que cela soit nécessaire pour bien intégrer l’univers, mais cela est si indélicat qu’on a plus la sensation de lire un mode d’emploi ou de parler à un tutoriel (l'hôtesse dans la prison) aux transitions sans queue ni tête (la manifestation) et personnages terriblement creux. Il faut attendre de sortir de la (très laide) maison de Bancroft pour enfin respirer au détour d'une errance urbaine plutôt bienvenue, mais là encore minée par des choix musicaux hors-sujet et un personnage à la badasserie grasse.

 

Photo Joel KinnamanPerturbator, où es-tu ?...

 

Le pilote donne pourtant vraiment tout pour rendre son personnage amical et cool. Un échec puisque Takeshi Kovacs ne donne vraiment pas envie : aussi bourrin, épais, programmatique et fun qu'une déclaration d'impôts. Heureusement lors des ultimes secondes de l’épisode, notre protagoniste commence à avoir un semblant de profondeur et de vulnérabilité touchante. Et encore, même cela est torpillé honteusement par le cliché du soldat « qu’a un boulot à finir t'sais »...

Hormis l'IA de l'hôtel plutôt sympathique, les personnages secondaires sont encore moins gâtés et on a très peur notamment de celle qui s'annonce comme la sidekick "rigolote", pure fonction narrative et caricature de flic latino vénère.

 

Photo Joel KinnamanBloub bloub bloub

 

Très bon projet sur le papier, perclus de bonnes idées, Altered Carbon part pourtant du mauvais pied. La série a beau avoir un univers très excitant et les moyens de ses ambitions, le pilote n'est qu'une douche froide d'une heure : incapable de trouver un équilibre entre introduction des personnages et introduction de l'univers, il est tellement mal joué, mal mis en images et surtout mal raconté, qu'on est très fébriles pour la suite.

Rendez-vous très prochainement pour notre critique de l'intégralité de la saison, qu'on regardera sans faute.

Altered Carbon sera disponible en intégralité sur Netflix à partir du 2 février 2018.

 

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commentaires lecteurs votre commentaire !

Oliver 27/02/2018 à 11:17

Je me suis jeté sur cette série avec plein d'attentes, et effectivement, l'introduction dans ce monde noir et dur s'est avérée très compliquée. Esthétiquement, je suis satisfait par les décors. Mais oui, je n'ai pas tout capté et l'impression d'être à côté de plaque refreine l'engouement. Je pense que c'est sans doute voulu pour que nous nous retrouvions dans le côté "décalé" de l'anti-héro principal à côté de la plaque. Raté : je ne le trouve pas sympathique du tout. Ca ne m'a pas empêché de regarder la suite. Je rejoins la critique principale de l'article de base : pour moi le problème est le scénario. Pas un épisode sans une déception ; même si globalement, j'aime bien. A moins d'un revirement d'écriture, cette série ne me laissera pas un souvenir impérissable.

Lix 25/02/2018 à 20:42

Je trouve que les premiers épisodes sont décevant oui, mais après l'histoire est suffisamment puissante pour se faire prendre dans cet univers fou. J'ai adoré les 4 derniers épisodes, vraiment top !

andy 20/02/2018 à 12:47

J'ai terminé la série hier , et j'ai trouvé l'histoire très originale, ainsi que l'univers.
Certes, je me suis quelque peu perdue dans certaines parties et certains termes employés et oubliés , mais j'ai trouvé cette série puissante et différente de toutes les séries que j'ai pu voir jusqu'à aujourd'hui .

Alice 15/02/2018 à 22:14

Je suis en ligne avec votre commentaires. Ces premiers épisodes sont décevants : personnages fades et clichés. Une histoire incohérente et lourdingue. Dommage, l'univers était prometteur.

Loulou 07/02/2018 à 23:31

J'en suis au 5 eme episode... et franchement je trouve votre critique tellement pompeuse... on dirait les inrocks...
Effectivement c'est pas dingue, mais bon, descendre un pilote à ce point et être condescendant à ce point c'est flippant.

cine 07/02/2018 à 08:47

j'ai vu les 4er épisodes et c'est exactement ce que je pense merci pour votre article.

Ninie 06/02/2018 à 23:54

Je viens de voir le tout 1er épisode d' Altered Carbon et pour le moment ça va.
Je pense qu'il faut voir plus qu'un seul épisode avant de juger la série, donc pour le moment j'attendrai d'avoir vu la suite pour donner un avis.
Mais pour les décors, l'histoire, etc pour le moment j'aime bien, à voir la suite

Gandy 04/02/2018 à 10:23

Les chaines de TV nous vendent leurs séries de manière à ce que nous les aimions, ou pensions les aimer, avant même d'avoir regardé le premier épisode. Lorsque nous les visionnons enfin et que nous sommes déçus, nous ne l'acceptons pas et nous usons à leur égard d'une tolérance bien étrange. Pourquoi attendre plusieurs épisodes avant de pouvoir dire "non, ca ne plait pas, tant pis". Quelle est cette chose qui nous "oblige" à aller plus loin? Ne serions nous pas devenus esclaves du divertissement audiovisuel, au point de nous précipiter vers le prochain projet "excitant" qui va sortir? N'avons nous pas d'autres moyens de nous divertir?

Grohbeu 04/02/2018 à 01:28

Franchement bien déçu...par votre critique

Thierry 03/02/2018 à 17:31

Vu les deux premiers épisodes. Plutôt magnifique à voir, même s'il faut sans doute attendre encore un peu pour découvrir si cet univers et cette histoire fonctionnent et nous entraînent vraiment dans ses méandres. En l'état, c'est Blade Runner qui se décline en série. Fort potentiel.
Sinon, moi j'aime bien les maisons Ikea. :))

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