Them Saison 1 : critique d'une horreur radicale sur Amazon

Gaël Delachapelle | 8 mai 2021
Gaël Delachapelle | 8 mai 2021

Avec Get Out et Us, le cinéaste Jordan Peele a remis au goût du jour une horreur psychologique basée sur les névroses d’une Amérique divisée qui n’a jamais été aussi actuelle que sous l’ère-Trump. Et la série de Little Marvin se place dans la continuité de cette nouvelle vague horrifique avec pour postulat de départ : ausculter la terreur liée au racisme dans l’Histoire des États-Unis. À l’image de l’anthologie à succès American Horror Story, Them a donc beaucoup de choses à raconter sur la culture américaine. Attention, quelques spoilers !

American Dream (or Nightmare)

Ainsi, la première saison de Them, intitulée Covenant, se déroule dans le contexte de la grande migration afro-américaine de 1953. On y suit les Emory, une famille noire qui décide de fuir les lois Jim Crow de la Caroline du Nord, pour s’installer dans un quartier résidentiel à Compton, en Californie, peuplé uniquement d’habitants blancs. Mais ce qui s’annonçait comme un nouveau départ pour cette famille à la recherche du rêve américain va alors vite se transformer en un véritable cauchemar, à travers un séjour en enfer d’une dizaine de jours.

Car oui, à l’image d’Amityville, la maison du diable, où la famille Lutz n’a tenu que 28 jours dans la tristement célèbre maison hantée, Them raconte le cauchemar des Emory sur 10 jours, soit sur une dizaine d’épisodes (à l’exception de deux segments centrés sur des flashbacks). Une construction narrative qui offre un rythme assez soutenu et haletant à la descente aux enfers de nos personnages.

L’ambiance pavillonnaire de ce quartier résidentiel, lieu central de cette saison, s’apparente plus à un enfer ensoleillé où, sous le vernis de ce faux paradis, se cache une horreur insidieuse qui se tapit dans les motifs du quotidien.

 

photo, Alison Pill"Welcome to California"...

 

Là où dans Us, Jordan Peele s’amusait à détourner les codes du Home Invasion par un ton parfois satirique, plus proche du grotesque, Them opte d’abord pour une horreur bien réaliste. Notamment à travers le racisme latent du voisinage et son apparence digne des panneaux publicitaires affichés dans la ville. Il suffit d’un simple plan parfaitement symétrique sur des épouses blanches qui occupent la pelouse des Emory, avec leurs chaises pliantes et leurs radios stridentes, pour exprimer l’horreur que subissent au quotidien les membres de cette famille.

Henry (Ashley Thomas), le père de famille, est méprisé malgré ses capacités sur son lieu de travail. Ruby (Shahadi Wright Joseph), la fille ainée, subit les moqueries de ses camarades au lycée. Gracie (Melody Hurd), la petite dernière, est confrontée quant à elle à un racisme plus institutionnalisé, à travers les valeurs enseignées par ses livres d’écoles. Et c'est bien évidemment la même chose pour Lucky (Deborah Ayorinde), une mère de famille qui porte très mal son nom, qui, de par les traumas qu'elle a subis dans son passé, est directement en première ligne face aux persécutions de Betty (Alison Pill), épouse modèle qui semble diriger le quartier.

Présentée d’abord comme une antagoniste face à cette famille, ce personnage féminin à l’apparence superficielle se révèle bien plus profond au fur à mesure des épisodes, cachant des failles qui témoignent d’un mal-être propre au mode de vie de l’American Dream. À travers ces sous-intrigues de soap-opera se cache une véritable charge politique qui fait la richesse de cette première saison, car Them se revendique avant tout comme le portrait historique et politique d’une époque. Avant d'être un authentique cauchemar qui puise dans les fondements de la culture américaine.

 

photo, Alison PillDes voisins vraiment charmants...

 

Le Mal Américain

Si la série de Little Marvin se veut comme une dénonciation du rêve américain et de ses valeurs puritaines, Them n’oublie pas pour autant d’interroger le racisme en prenant le mal à la source. À savoir dans son Histoire et sa culture, par le prisme du fantastique et de l’horreur. L’une des grandes forces de cette première saison réside sans aucun doute dans la richesse de son bestiaire horrifique, qui puise son inspiration dans un folklore propre à l’Histoire des États-Unis.

Il n’est pas anodin que l’antagoniste démoniaque principal de la série apparaisse sous les traits d’un terrifiant prédicateur, nommé communément "L’Homme au chapeau noir", qui se cache dans le sous-sol de la maison des Emory, soit littéralement dans ses fondements. Une entité dont l’histoire est dévoilée dans la nouvelle tradition du fameux "avant-dernier épisode en noir & blanc de toute série qui se respecte" (comme ont pu le faire récemment The Haunting of Bly ManorMaster of None, la saison 4 de FargoWatchmen ou encore la saison 3 Twin Peaks) où l’origine du racisme maléfique se situe évidemment dans les écrits de la Bible.

 

photo, Ashley ThomasLE Croquemitaine de la série...

 

D’autres fantômes viennent persécuter les membres de cette famille, chacun ayant plus ou moins son croquemitaine attitré. À l’image de Miss Vera, une vieille institutrice acariâtre tout droit sortie d’un livre d’école, qui prend vie dans les cauchemars de la petite Gracie. Ou encore le terrifiant "Tap Dance Man", dont le maquillage dénonce la pratique très controversée du blackface, encore très présente au cinéma et à la télévision américaine dans les années 50. 

Sans aucun doute l'entité la plus réussie de cette première saison qui pousse notre père de famille vers ses pulsions les plus meurtrières. Une dimension fantastique qui convoque autant l’horreur psychologique et les cadres symétriques d’un Shining que le bestiaire horrifique d'un James Wan et de son Conjuring, pour un résultat qui force le respect. Them arrive donc à faire vraiment très peur, non seulement quand la série bascule dans l’horreur pure, mais aussi lorsqu’elle illustre ses thématiques avec une cruauté sans précédent.

 

photo, Deborah Ayorinde"Tu la sens ma référence à Shining ?"...

 

Plus cruel, tu meurs

Si Them a eu le droit à une sortie plutôt discrète sur le Amazon Prime Video français, il en a été tout autre pour la plateforme aux États-Unis. En effet, la série n’a pas tardé à susciter la polémique, notamment pour sa violence particulièrement éprouvante. Dans certaines interviews, le showrunner Little Marvin n’a pas caché son ambition avec Them de vouloir confronter les spectateurs à la violence subie par les Afro-Américains dans l’Histoire américaine. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la série ne nous épargne guère à ce sujet.

En effet, il est difficile d’évoquer Them sans parler de l’épisode 5 et de sa violence cathartique, à la limite de l’insoutenable. Un épisode qui pousse l’horreur du racisme américain jusqu’à son point de rupture, dans un flashback qui revient sur le trauma qui hante le personnage de Lucky, teasé dans le premier épisode de la série. Après avoir fredonné l’air d’une vieille chanson raciste de 1853, Old Black Joe de Stephen Foster, une vieille femme et deux hommes s’introduisent dans la maison de Lucky pour s’en prendre à la jeune femme, ainsi qu’à son nourrisson.

 

photoUne violence plutôt graphique...

 

Une séquence particulièrement dérangeante sous influences Colline a des yeux, où la violence de la série est poussée dans ses derniers retranchements. Avec cette scène, la note d’intention du showrunner est très claire : Them est une série qui est là pour déranger, avec une horreur bien réelle et sans concession. Si on est en droit de s'interroger sur la justification de cette violence assez extrême, on ne peut que reconnaître la pertinence du message politique qui se cache derrière, offrant à la série une identité et une cohérence implacable dans le paysage actuel.

Là où la série Lovecraft Country, co-produite par Jordan Peele et J.J. Abrams, interrogeait le racisme par les genres et l’esthétique Pulp dont elle se revendique, Them se veut avant tout comme une solide charge politique contre le rêve américain, en plus d’être un cauchemar aussi radical qu’éprouvant. Un parti pris qui divisera sans aucun doute son public, ce qui en fait une proposition assez unique dans son genre, réservée à un public averti.

La saison 1 de Them est disponible depuis le 9 avril 2021 sur Amazon Prime Video

 

affiche

Résumé

Dans la continuité de Get Out et Us, Them fait figure de proposition radicale et politique dans le paysage sériel actuel. Avec cette série d'anthologie à la fois terrifiante, éprouvante, mais aussi d’une richesse thématique folle, la relève tant attendue d’American Horror Story pourrait bien se faire sur Amazon Prime Video. Une vraie réussite.

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Lecteurs

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commentaires
Paradoxe
28/05/2021 à 09:44

Cette série est puissante et hyper dérangeante. Elle m’a captivé du début à la fin et oui l’épisode 5 m’a choqué. Je salue la prestation des acteurs ils sont formidables. J’ai bien compris le message que le réalisateur scénariste a voulu monter et l’horreur de la persécution du racisme et de la toute puissance d’un groupe sur un autre. Et ça doit être salué car ça a existé et pas qu’aux USA ce qu’on a tenté à ce dire pour ce rassurer et d’ailleurs les critiques également c’est plus simple et ça ne demande pas de remise en question c’est là bas pas chez nous c’est trop simple. C’est un mal européen également car se sont des européens qui ont lancé la chose et ses descendants ont continué et puis il y avait cela dans d’autre région et colonie européenne il y a je le sens bien bah c’était la bas pas chez nous. B1 non il n’y avait pas des millions de noirs qui ont été victimes d’esclavage qui devait vivre avec une majorité de blancs qui sont privilégiés en tout point en Europe c’est aussi l’histoire de l’Australie et de l’Afrique du Sud (sauf que les blancs sont minoritaire en Afrique du Sud). Par contre en comprenant bien le propos qui doit être révélé pour en montrer toute l’horreur. J’ai haï les personnages mauvais et raciste es j’ai eu de la profonde empathie pour toutes les personnes ayant été victime de tout ça. Je suis honteux que des blancs ont fait toutes des choses. Mais j’ai un souci c’est que les blancs ne sont que des mauvais uniquement mauvais et les noires sont gentil tous gentil et s’ils font des choses horribles c’est parce que la personne la mérité ou ils sont possédés par un esprit blanc monstrueux. Même la fin où il démaquille une vision et ça devient son patron. Déjà ce n’est pas réaliste (on sens doute) des noires ou autres peuvent et sont des criminels et des blancs sont gentil et progressiste et les ont aidé même s’ils étaient minoritaires et que la majorité trop lâche comme partout (le génocide de la WW2 en est un exemple). De manière générale j’ai l’impression que ça devient juste un de fouloir contre blanc et c’est ma crainte j’ai regardé Get Up, us, Lovecraft country et ici Them tous ont le même point commun les blancs sont tous méchants les noires tous gentils j’ai apprécié bcp de chose dans cette série et il faut monter la cruauté qu’il y a eu et qu’il y a encore mais je ne regarderai plus ses séries si elles n’ont qu’à proposer des gentils noires et des très méchants blancs ça n’a plus d’intérêt je vois un blancs à l’écran petit grand homme ou femme c’est un monstre raciste je vois un noir à l’écran c’est un gentil qui va être victime d’un méchant blanc ça va être redondant et absolument pas réaliste même si ça existait si tous étaient si mauvais il n’y aurait plus d’afro-américains dans le pays. Et puis toutes personnes membres d’une ethnie peut être mauvais. Je donne raison à l’existence des ces œuvres d’accord mais avec déjà deux films et deux séries je penses que ça doit évoluer à plus de logique et moins de manichéisme. Pendant l’esclavage bien entendu une petite minorité mais des noires étaient esclavagistes il y en a eu. Il y a dans toutes les ethnies des violeurs, des pédophiles, des racistes, des tueurs des tueurs en séries. Donc oui c’est gênant et sur un point de vue même de l’œuvre ça pertinence est à remise en question en tout cas si d’autre surf encore sur ce manichéisme. Un film policier et d’enquête où le tueur est toujours un homme à moustache de 50 ans n’a pas d’intérêt car on sera toujours que c’est lui et bien là ça sera pareil. La série manque ce coche de ne pas me surprendre. Même le monstre (très bien interprété) en black face de fait tuer mais démaquillé c’est son patron blanc donc même en imaginaire il ne peut tuer un noir juste des blancs. Ça peut signifier peut-être qu’il tue sa rancœur mais je ne suis pas sûr, j’ai été déçu de ne pas être surpris et que la série reste trop dans le méchant blanc et gentil noir avec des soupçons de misogynie et d’homophobie mais là vraiment peu exploité qui existait aussi à l’époque mais pas uniquement chez les blancs. Une série avec pleins de qualités dur et violente qui questionne sur la nature humaine mais qui reste beaucoup trop manichéenne comme ces prédécesseuses.

Gugusse0
17/05/2021 à 21:46

Je viens de finir. Sacré morceau. La photo est fantastique. L'épisode du prédicateur en noir et blanc brise hélas le rythme. Sinon, c'est du tout bon.

alulu
13/05/2021 à 10:49

De la haute facture.

Maski masK
11/05/2021 à 15:09

@Morcar la VF sera disponible fin juillet malheureusement : (

jeffou
11/05/2021 à 13:35

très bonne série vue en une journee un uppercut dans la gueule une tension quasi permanente ;l épisode 5 est très violent mais c est l avant dernier épisode qui m'a le plus dérangé....

Morcar
11/05/2021 à 12:31

Dommage que Prime Video ne propose pas de VF, en espérant qu'ils corrigent le tir d'ici peu.
C'est surprenant sur Prime Video de voir même certaines anciennes séries, dont existe pourtant un doublage français, proposées uniquement en VOST. Sans doute une histoire de droits, pour ces anciennes séries, mais c'est bien dommage.

Quaker77500
10/05/2021 à 08:04

Faut vous calmer les gars hein... Le créateur parle quand même d'une époque qui a vraiment existé, suffit de regarder les lois jim crow qui sont assez hallucinantes... Et ça reste récent... Je peux comprendre tout à fait que nous européens ont ne peut pas comprendre car on n'a pas vécu ça mais il faut un peu de recul...le show a l'air anti blanc ? Je pense plutôt qu'il est "anti époque" une époque où oui les lois et le comportement de l'homme blanc américain était majoritairement raciste.. On vous demande pas de vous auto flageller.... Et franchement la proposition artistique du show reste intéressante, c'est pas non plus thématiquement vide

Brumi18
10/05/2021 à 01:26

Je confirme superbe série mais attention réservé à un public très averti.
Je confirme épisode 5 insoutenable.

KFC
10/05/2021 à 00:40

Des racialistes agressifs dans le coin ?

Bond
09/05/2021 à 19:09

Pourquoi « calmos le reac «  Reponse à droit d’avoir son avis sans être obligé d’être traité de reac .Et sur le fond il n’a pas tord , j’ai vu la série elle est très bien , bons acteurs , mais effectivement ce qui m’a gêné c’est que tous les blancs sont soit des voleurs , des assasins, des laches et très caricaturale bref des ordures et les noirs sont gentils, victimes etc..... ben dans le monde tout n’est pas noir et blanc (sans jeux de mots) mais gris

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