Jupiter's Legacy : critique des vieux Avengers de Netflix

Alexandre Janowiak | 7 mai 2021 - MAJ : 08/05/2021 08:43
Alexandre Janowiak | 7 mai 2021 - MAJ : 08/05/2021 08:43

Orpheline de ses Defenders après que Marvel ait repris ses droits, Netflix n'a pas abandonné le genre super-héroïque pour autant. Entre Comment élever un super-hérosRagnarök ou surtout Umbrella Academy, le N rouge a connu plusieurs gros succès loin des sempiternelles DC et Marvel. Et la plateforme va rempiler avec les oeuvres du Millarworld de Mark Millar et notamment dès ce mois de mai 2021 avec Jupiter's Legacy. Attention mini-spoilers.

MISSION IMPOSSIBLE ?

Les lecteurs du comics de Mark Millar, Frank Quitely et Peter Doherty savent d'ores et déjà à quel point adapter l'oeuvre super-héroïque de l'Utopian allait être un défi de taille. Un gros challenge notamment à cause de sa narration ultra-franche. Ne comptant que deux volumes (hors de son spin-off prequel Jupiter's Circle), l'histoire de Mark Millar évite les chemins détournés et fonce droit au but, provoquant des cliffhangers et twists rocambolesques, rudes et bruts (le numéro #3 a marqué tout le monde).

Alors évidemment, Netflix ayant une propension à éterniser ses créations pour mieux surfer sur les vagues du succès, Jupiter's Legacy avait des airs de doubles-défis pour la plateforme. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le N rouge a plutôt loupé le coche avec cette première saison (ou plutôt premier volume), le récit prenant trop son temps et ne mettant jamais en avant la richesse du comics.

 

Photo Ben Daniels"J'essaye de matrixer Ecran Large pour qu'ils mettent une bonne note"

 

C'est bien simple, exception faite de son premier épisode, plutôt fidèle à l'esprit de l'oeuvre originelle et lançant efficacement l'intrigue, la série va faire un quasi-surplace durant les sept épisodes restants. La faute à quoi ? Indiscutablement à sa construction et ses incessants allers-retours entre les flashbacks se déroulant en 1929 en pleine crise économique et le présent de 2021. Netflix, Mark Millar (qui accompagnait l'écriture) et le showrunner Steven S. DeKnight ont, en effet, décidé de se concentrer énormément sur l'origine des pouvoirs super-héroïques de l'Union (un groupe de six à la Justice League ou Avengers qui s'étendra au fil des années).

Sauf que ce qui représentait à peine une quinzaine de pages dans le comics est, ici, étiré à outrance sur les huit épisodes. De fait, ce qui aurait pu être la porte d'entrée rapide et brève de la série, pour bien mettre en place les enjeux majeurs du récit, devient le fardeau d'une narration incapable de trouver son rythme de croisière. Gênée en permanence par ses va-et-vient entre le passé et le présent, la saison 1 de Jupiter's Legacy en oublie alors d'approfondir les thématiques au coeur de l'intrigue.

 

photoUn arc 1929 bien trop présent pour le bien de la série

 

JUPITER's DESCENDING

À l'image des WatchmenThe Boys et autres récits super-héroïques déconstruisant la figure super-héroïque, le comics Jupiter's Legacy vient complètement rebattre les cartes, s'interrogeant sur la figure du super-héros et son rôle dans la société tout en y greffant un drame familial aux airs d'Hamlet de William Shakespeare. Une densité scénaristique que cette saison 1 effleure donc à peine en huit épisodes, préférant être uniquement une longue introduction de son intrigue à venir.

C'est probablement ce qui sera le plus frustrant pour les amateurs du comics de Millar (et pas seulement, c'est bien le problème) : cette sensation d'assister à l'interminable mise en bouche d'un récit qui ne se dévoilera jamais vraiment. Les huit épisodes de la saison 1 vont évidemment aborder des sujets, notamment les conflits ou désaccords familiaux entre Utopian (Josh Duhamel) et ses enfants, Brandon (Andrew Horton) et Chloé (Elena Kampouris).

Ainsi, le récit amène deux générations de super-héros (ou plutôt personnages dotés de super-pouvoirs) à confronter leur vision du monde et leur vision de la justice. Le code éthique établi par la première génération a-t-il encore un sens près de cent ans plus tard ? Les super-héros doivent-ils tuer pour lutter ou justement préserver leur différence avec les super-vilains en les battant sans leur donner la mort ? Quel est alors le rôle des super-héros ?

 

Photo Andrew HortonBrandon, bien trop au second plan dans cette saison 1

 

Autant de réflexions assez classiques qui sont abordées au détour de quelques dialogues, mais jamais approfondies. Le conflit entre le pragmatisme affiché de Brandon et l'utopisme de son père est complètement sous-exploité. De l'autre côté, la soeur cadette Chloé est reléguée à sa relation avec Hutch (Ian Quinlan) - qui cache son lot de surprises pour les non initiés - mais les répercussions sont vaguement mises sur le devant de la scène, voire passées sous silence.

C'est ce qui agace tout au long des huit épisodes de Jupiter's Legacy, cette incapacité du récit à s'attarder pleinement sur un sujet pour en faire ressortir la substantifique moelle. La série pâtit forcément de la comparaison avec le comics dont elle est adaptée qui faisait justement tout le contraire, s'empressant de soulever le point le plus important de chaque sujet et de l'enrichir (quitte à aller presque trop vite parfois).

Ici, la série prend à la fois trop son temps dans du vide (beaucoup de petits conflits personnels pas très intéressants, l'origin story flashback interminable...) pour finalement rusher complètement son (double ? triple ?) climax de fin de saison.

 

Photo Elena KampourisUn personnage qui mériterait mieux

 

Le DESTIN DES HÉROS

Un scénario déficient et trop lent pour son propre bien qui correspond toutefois à l'ambiance visuelle de la série. Esthétiquement, Jupiter's Legacy est très très loin de l'opulence de Marvel. Au contraire, lors de ses phases de combats, la série ressemble plus à une série CW type Supergirl (même si les effets spéciaux sont bien meilleurs) qu'aux dernières créations du MCU avec WandaVision ou même Falcon et le Soldat de l'Hiver. L'action fougueuse, délirante et spectaculaire des comics se fait d'ailleurs extrêmement rare, pour ne pas dire absentes, après le pilote.

Heureusement, il y a quelque chose de chaleureux, plus proche de la réalité et donc plus humain avec ces costumes "fait maison". Une identité graphique qui vient accentuer cette idée de normalité primordiale dans le récit, à savoir l'idée que les membres de l'Union étaient des humains avant de devenir des super-héros, et qu'ils le sont toujours un peu au fond d'eux. C'est ce qui caractérise spécifiquement l'arc de Sheldon Sampson (alias Utopian).

 

Photo Josh DuhamelUtopian version 2021 plus intéressant que version 1929

 

Il connait la souffrance du commun des mortels, lui-même l'ayant vécu avant de devenir Utopian, et continue à s'interroger d'une manière très ordinaire (ses séances chez un psy) sur l'avenir de l'humanité, de sa descendance et du sien. C'est indiscutablement le personnage le plus intéressant de cette saison 1 (même si embourbé par ses flashbacks, encore) et celui qui amène à des questionnements précieux sur la responsabilité des super-héros et l'impact psychologique d'un tel poids à porter. D'autant plus dans un monde qui ne pense plus de la même manière qu'un siècle auparavant. 

Toutefois, cela ne suffit pas à faire exploser l'ensemble qui manque de relief et surtout de vie. Le comics jouait énormément avec la multitude de super-héros présents sur Terre pour agrémenter ses cases et d'un cynisme désarmant pour esquisser la tension animant le monde. Un moyen subtil de justifier la crainte d'Utopian sur le futur de la planète. La saison 1 de la série Netflix ne prend jamais le temps de le faire préférant attendre pour teaser son grand retournement.

 

Photo Josh Duhamel, Leslie BibbUn twist pour venir teaser une saison 2 plus prometteuse

 

Car oui, après son introduction prolongée, c'est finalement lors de son dernier épisode que la saison 1 de Jupiter's Legacy décide de mettre les bouchées doubles. La conclusion est très mal fichue au niveau de sa narration (encore), avec plusieurs strates malencontreuses qui perdront probablement quelques spectateurs en route, et une bataille qui rappelle les pires heures de Captain Marvel (ce décor virtuel grisâtre moche et soporifique). Cependant, elle pose enfin (il était temps) les jalons du conflit majeur qui attend la famille Sampson et l'Union. 

De quoi présager d'une saison 2 bien plus riche, bien plus dense et à la hauteur de la maestria des comics de Mark Millar ? On peut l'espérer. Maintenant que les présentations sont faites, la série devrait pouvoir passer aux choses sérieuses et rentrer dans le vif du sujet. Avec un peu de chance, la série pourrait ainsi nous offrir quelques belles trahisons, passages sanglants et réflexions politiques et sociales passionnantes. Tout ce qu'on attendait pour ce premier jet, et qu'on a malheureusement attendu en vain.

La saison 1 de Jupiter's Legacy est disponible sur Netflix depuis le 7 mai 2021 en France

 

Affiche française

Résumé

Pas foncièrement déplaisante, cette saison 1 de Jupiter's Legacy manque malheureusement de rythme, d'action et de densité pour être à la hauteur des comics de Mark Millar.

Autre avis Simon Riaux
Grâce aux personnages et à l'univers imaginés par Millar, la série demeure divertissante, mais elle devra clairement soigner son tempo, sa narration et sa direction artistique pour convaincre plus avant.
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(2.7)

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commentaires
Miami81
03/06/2021 à 13:25

J'ai au final bien aimé la série. Certes, elle avance peu mais reste relativement captivante avec d'excellents acteurs dont Josh Duhamel probablement dans son meilleur rôle, Matt lanter et surtout Ben Daniels exceptionnel. Les rôles féminins sont plutôt mis de côté, dommage pour Leslie Bibb qui à mon sens méritait mieux après une entrée en matière dans les années 30 de femme forte parmi les hommes et celui de Chloé qui est insupportable.
Le film souffre certes d'une mode de flash back qui semble encore perdurer mais qui a l'avantage d'être lâché chronologiquement et non au hasard selon l'épisode comme Lost ou Green Arrow ce qui ne gène au final pas trop.
Les effets spéciaux tiennent la route et la retranscription des années 30 est assez réussie et luxueuse.
Hormis son côté sombre et parfois violent, j'ai du mal à comprendre la comparaison avec the Boys qui joue sur la caricature alors que Jupiter Legacy est plus sérieux tout comme le rapport avec Supergirl, même au niveau des (rare) combats.


03/06/2021 à 11:28

@cepheide
+ All Star Superman avec Grant Morrison au scénario

SoCorsu
24/05/2021 à 17:34

Franchement, j'ai apprécié.
D'habitude je pars des Comics et autant dire que Marvel à bien explosé l'univers en intégrant des incohérences folles et des personnages loin des BD.

Là j'ai apprécié l'esthétique, le rythme de la narration que les flashbacks servent efficacement et les thèmes abordés en générale et pour chaque protagoniste.

Bref une bonne série qui ne nous donne pas mille batailles inutiles et sans intérêt, un bon moment de "TV". Vivement la suite.

Picass sensei
13/05/2021 à 20:14

Il faudrait peut etre du snyder cut sur cette saison.1 tant elle va a 1 a l'heure

RiffRaff
13/05/2021 à 16:19

Pas top... L'intrigue globale tient dans le premier et le dernier épisode, le reste n'est que remplissage.
Les flashbacks ne m'ont pas emballés, trop nombreux et dont la trame globale est cousue de fil blanc. Pour le reste installer la problématique du code moral différent entre les générations aurait pu être intéressant mais c'est à peine survolé et ça fonctionne mal.
Reste une direction artistique soignée et une base d'univers qui peut donner quelque chose si la suite s'avère être à la hauteur.

cepheide
10/05/2021 à 21:03

Le mec plus bas qui démonte Frank Quitely.... Mec stp va lire authority, New X-Men, flex mentallo, we3,Batman, on verra si c est statique ... Dire qu il singe Moebius c est assez cocasse...

Lillou
10/05/2021 à 20:14

Me suis endormie devant au bout de 30 minutes......

Sascha
09/05/2021 à 15:20

Ça a l'air de devenir une habitude pour les grosses séries Netflix : une première saison qui fait office de pré saison. Votre critique me fait penser à la saison 1 de The Witcher : un long prequel pour mettre en place une vraie saison 1.
Il faudrait inventer le principe de saison 0 dans ce cas là.

J hésite à passer mon tour car plusieurs autres séries à regarder.

superjohnjohn
09/05/2021 à 09:58

Dommage que la série ne décolle pas vraiment, qu'elle traite en surface son sujet, et n'arrive pas à imposer un style plus recherché.
C'est conventionnel, pas bien écrit, avec pas mal d'incohérences, de raccourcis et de facilités.
Josh Duhamel semble survoler face aux autres acteurs, même si parfois sa fausse barbe (quelle horreur dès les premiers plans avec le soleil derrière -outch!) et sa perruque. Mention spéciale à l'acteur qui joue le fils, d'une inconsistance surnaturelle.
Le méchant tout en mousse est lui aussi d'un ridicule....buffy-esque!
On sent dès le début les ficelles de l'intrigue, grosses comme des poteaux électriques, avec la fille rebelle, le fils prodigue qui semble trop à l'étroit dans son costume, le frère du héros....
Bref, c'est la mode des super héros, comme ce le fut il y a quelques années avec les zombies, et ça finira par lasser les gens....et il semblerait déjà, les réalisateurs.

phenixphil
08/05/2021 à 23:12

J ai adoré... grandiose, costumes magnifiques, belle photographie...Peut-être un soupçon lent......comme quoi les goûts et les couleurs.....vivement une suite.

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