The Boys saison 2 : critique des super pervers d'Amazon

Simon Riaux | 9 octobre 2020 - MAJ : 12/10/2020 10:19
Simon Riaux | 9 octobre 2020 - MAJ : 12/10/2020 10:19

Dès sa découverte, The Boys s'est imposé comme un succès évident pour la plateforme Amazon Prime Video. Sa deuxième saison était d'autant plus attendue qu'elle devrait prolonger et amplifier le phénomène. Mais cette nouvelle fournée, produite à toute vitesse et disponible à peine plus d'un an après la précédente (et ce, malgré la pandémie qui bouleverse l'industrie hollywoodienne), est-elle à la hauteur ?

TOUT POUR LE FUN 

On pouvait craindre que l’adaptation de la bande-dessinée anar et remuante de Garth Ennis ait bien du mal à conserver son premier atout, à savoir son charme ravageur. Mélange d’impertinence, de malice, de violence absurde et de discours critique vis-à-vis de notre amour des super-héros, la série reposait sur un équilibre miraculeux, mais immédiatement savoureux. 

Riches de l’expérience accumulée sur Preacher, Seth Rogen et Evan Goldberg en évitent les principaux écueils, et se demandent en permanence comment renouveler ce qui fait le sel des situations tordues dont The Boys tire sa force. En la matière, cette saison 2 n’a pas manqué de trouvailles à la viande, ou de retournements de situation salissants. Que Homelander concasse un shape shifter un peu trop collant, que Stormfront cause des dégâts cérébraux plutôt permanents ou qu’un asile de super nous offre une attaque de chibre cosmique, aucun épisode ne se passe sans livrer son lot de bizarreries rigolardes. 

 

photo, John NobleUne famille Butcher sacrément Noble

 

Déboulonnage en règle de la statue du super-héros, mais plus généralement, du motif de l’homme et/ou de la femme providentiels, tout comme du star-system hollywoodien, The Boys bénéficie d’une matière première de haute volée : à savoir le partage en cacahouète de l’Occident. Il est frappant de constater combien, sans prétendre réinventer la poudre ou jouer les dénonciateurs à la petite semaine, le scénario parvient à capturer des instantanés de nos vices sociétaux.

Des troubles identitaires en passant par la passion douteuse pour les emblèmes de Force, le showrunner Eric Kripke ne manque pas de matière pour se foutre de son temps et le fait avec une joie mauvaise qui imprègne l'ensemble en permanence.

 

photoQuand le grand bleu voit rouge

 

BOYS WILL BE BOYS 

On se souvient que la première saison avait bien du mal à rendre les personnages-titre aussi intéressants que leurs adversaires surhumains. Le problème est encore plus flagrant dans les épisodes fraîchement diffusés par Amazon. Tout d’abord, parce que les fameux Boys sont victimes d’un syndrome de répétition qui fait perdre énormément de temps au récit, et nous ennuie poliment. 

Hughie et Stella rejouent la comédie de l’amour contrarié, Butcher (Karl Urban) doit regagner le respect de ses troupes, Butcher aime sa femme, mais quand même, Frenchie est aussi français qu’un strudel au vermouth, et on ne croit jamais à la capacité de la mauvaise troupe de tenir en respect une armada de super-héros financés par une multinationale ultra-puissante. Un constat flagrant durant les quatre premiers épisodes, au cours desquels on attend désespérément que l’intrigue passe la seconde, et offre à ses vengeurs des enjeux un peu renouvelés. 

 

photoRare modèle de bite d'amarrage

 

Du côté des Seven et des super en général, la situation est autrement plus ludique et abouti. Le personnage de Homelander (Antony Starr) a considérablement gagné en épaisseur, et pour marrant que soit le spectacle de sa dépravation morale, le personnage tient en permanence le grand écart entre outrance hilare et menace sourde. La grande réussite de la saison demeure Stormfrontcas d’école de belle trahison, tant elle chamboule les origines de papier de son personnage, pour en respecter l’idée générale et finalement la conjuguer à un univers beaucoup plus contemporain. 

En revanche, on regrettera que les scénaristes lui aient réservé un sort définitif, à l’occasion d’un climax franchement énervé. L’ensemble est réussi, tout comme l’enchaînement d’événements et de rebondissements qui amènent l’anti-héroïne interprétée par Aya Cash à expérimenter le vécu d’une entrecôte cuite à point, mais fait de cet excellent personnage une antagoniste un peu anecdotique. 

 

photoUnited colors of têtes de cons

 

SUPER SUR PLACE 

Et heureusement que The Boys bénéficie de son indiscutable charme, ainsi que des ganaches de son formidable casting, parce que narrativement parlant, la série montre plus que clairement ses limites. On exagérera à peine en déclarant que l’intrigue tient facilement sur trois épisodes, un constat d’autant plus évident que sorti des deux derniers chapitres et de l’intro, tout n’est finalement que petites circonvolutions dispensables, qui ne modifient jamais en profondeur les forces en présence. 

Il en va de même pour tous les personnages. The Deep (Chace Crawford), le Aquaman des toilettes bouchées, en est un excellent exemple, tant la série prend un temps infini pour donner à la secte auquel il appartient un semblant de sens et d’enjeux. Et il n’est pas le seul à souffrir du manque de mouvements général. On pourra en dire autant de Maeve (Dominique McElligott)une des super les plus attachantes, qui met des plombes à mettre en pratique ce qu’elle ne cesse d’énoncer au fil des épisodes. On ne peut pas non plus dire que Stella, Hughie ou Butcher prennent la peine d’interroger leurs actions avant l’ultime chapitre. 

 

photo, Antony StarrUn couple de haut voltage

 

À nouveau cette paresse narrative n’est pas systématiquement synonyme de déplaisir. Un excellent exemple est celui du passage dans l’asile abritant les expériences de Vaught. Bourré de moments étonnants et plutôt réussis, l’épisode regorge d’explosions d’hémoglobine bienvenues... mais on demeure saisi par la lenteur du développement, et combien les scénaristes se montrent incapables d’emballer un passage aussi ludique, riche d’éléments mythologiques, sans le larder d’interminables dialogues, ou l’interconnecter correctement avec le reste de la narration. 

Il existe néanmoins une raison de conserver de grands espoirs dans The Boys. À l’issue de cette saison 2, le trio Rogen-Goldberg-Kripke a suffisamment fait le ménage dans ses personnages et écrasé de lignes narratives pour que la prochaine fournée soit potentiellement très excitante... et synonyme de débarquement de tous nouveaux héros, toujours plus violents et débiles.

Les saisons 1 et 2 de The Boys sont disponibles sur Amazon Prime Video en France

 

Affiche Karl Urban

Résumé

Les fondamentaux sont toujours bons, et on suit sans déplaisir les aventures salissantes de ces héros pervers et des fous furieux qui ont juré leur perte. Mais la série doit prochainement muscler sa narration et renoncer au sur-place auquel elle s'adonne toujours, sans quoi elle lassera rapidement.

Autre avis Alexandre Janowiak
Cette saison 2 de The Boys est plus sanglante que la première, mais tellement moins dynamique, pertinente, jubilatoire et captivante. Se contentant d'un long surplace et imaginant sûrement pouvoir satisfaire simplement avec son ton irrévérencieux, la série était sans doute trop sûre d'elle. Décevant.
Autre avis Mathieu Jaborska
Les scénaristes de The Boys ont choisi de prolonger leur univers plutôt que de le faire évoluer. En résulte une sacrée frustration face à si peu de subtilité, cette fois pas complètement atténuée par des éclats de violences de plus en plus artificiels et un rythme peu adapté. Heureusement, il reste Karl Urban et Antony Starr.

Lecteurs

(2.4)

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commentaires

Kimiko
12/10/2020 à 00:09

Homelander : le jeu de l'acteur est magistral!! Quand il passe du sourire enjoué à la mou pleine de dédain c'est juste merveilleux ! Homelander, Butcher et le francais sont mes persos préférés !

Roukesh
11/10/2020 à 13:19

Ça tourne en rond, heureusement que les dits tours de pistes sont assez fun.
Il y a du bon dans cette saison, certains personnages ont gagné en epaisseur, Homelander et Frenchie en tete pour moi.
J'attends la suite, en espérant que la redistribution des cartes en fin de saison, lui permettront de s'affranchir de la pesanteur présente tout au monde de la saison 2.

Zarbiland
11/10/2020 à 12:31

Un peu le problème de ces Films de Super héros traités avec Humour. Ils surprennent puis reviennent dans des suites où passé la magie de la découverte, le décalage et la drolerie du propos, tu subis plus que tu apprécies.
Ca m'a fait la même chose sur les suites de Deadpool, Hellboy ou des Gardiens de la Galaxie.

RobinDesBois
11/10/2020 à 02:24

J'ai trouvé cette saison bien meilleure que la première. Le gros souci reste le couple Hughie - Stella insupportable de mièvrerie et l'actrice qui interprète Stella joue vraiment super mal.

En revanche l'épisode qui se termine comme Boogie Nights: fin chorale sur "God Only Knows" m'a rappelé le problème de la série qui est symptomatique de beaucoup de productions de ce genre aujourd'hui et en particulier de celles de la bande à Rogen - Franco - Goldberg : écrites et réalisés par des trentenaires à l'approche de la quarantaine qui n'ont rien à dire et à créer mis à part des références perpétuelles à la pop culture, du métahumour (souvent très lourd) et un taux faussement irrévérencieux sans délivrer une oeuvre authentique qui existe réellement par elle même. Il y a un côté très factice et artificiel dans tout ça que j'ai trouvé heureusement moins visible dans cette saison que dans la 1ère mais qui reste gênant.

j en prendrais pour 1 d
11/10/2020 à 01:13

une saison 2 meilleure que la 1ere avec des personnages enfin attachants et uen histoire bien ficelée, vivement la suite
que j'aime ce protecteur mdr

Wiwi
10/10/2020 à 23:35

Une saison aucunement décevante,une série qui deviendra culte aucun défaut juste la perfection

LeProtectector
10/10/2020 à 23:07

-"Je peux faire ce que je veeeeeeux !"

Numberz
10/10/2020 à 22:04

D'accord aussi avec la critique. Je rajouterais une demie étoile car j'apprécie de passer du moment avec ces anti héros que sont les boys. Mais clairement ça stagne trop. Avec deep et le duo hughie et stella. Même A train est a la traîne. Dommage parce qu'on sent bien que la secte va avoir une importance. Le personnage responsable de la pop corn party arrive comme un cheveu sur la soupe. Stormfront est vite expédiée en fait. À moins qu'on se retrouve avec une transformation physique à la Anakin, vu les dégâts.

Après oui y a du bon. Butcher est celui que je trouve le mieux écrit des boys. C'est très profond. L'amour inconditionnel pour sa femme est touchant. La série peut aller loin avec le gosse qui pourrait devenir un antagoniste.
Homelander est magnifique. J'adore.

Picass sensei
10/10/2020 à 18:50

Une saison 2 magnifique malgré un endormissement au milieu. Ce genre de serie mérite de se conclure sur une saison 4 après une saison 3 à couper le souffle avec une série de dénouements comme la révélation des intentions de la méchante de la fin, la dislocation des 7 et la chute de vought. Apres 4 saisons ce sera le désordre et une fin qui ternira l'ensemble de l'œuvre jusque là bonne
En tour cas bravo les scénaristes, cest très plaisant, vivement la saison 3

captp
10/10/2020 à 18:27

D'accord avec votre avis et la majorité des lecteurs mais malgré ça cette série conserve encore un capital sympathie intact. Reste à savoir si il résistera aux prochaines saisons si ils ne rectifient pas le tir au niveau du rythme.
Clairement pour moi le début de saison à été pané par la fausse embrouille sortie de nulle part entre hugie et butcher qui à beaucoup trop traînée en longueur.
Par contre plus dérangeant (et inquiétant pour la suite) en ce qui me concerne c'est la conclusion de cette saison tant aux niveau des boys que des héros que je trouve beaucoup trop facile.

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