The Boys saison 2 : après trois épisodes, que vaut le joyeux carnage d'Amazon ?

Simon Riaux | 4 septembre 2020 - MAJ : 04/09/2020 13:25
Simon Riaux | 4 septembre 2020 - MAJ : 04/09/2020 13:25

Tout juste un an après ses premiers méfaits, les sales gosses de The Boys sont de retour sur Amazon Prime. Cette nouvelle saison tient-elle ses sanglantes promesses ? 

Profitant autant de la passion entourant le genre super-héroïque que de la lassitude des spectateurs se désolant de son uniformité, The Boys est parvenu à proposer une adaptation euphorisante du roman graphique de Garth Ennis, qui prenait un malin plaisir à déboulonner la statue des commandeurs de la pop culture. Impertinente, drôle et violente, elle a rencontré un succès immédiat. 

 

 

Produite par Eric Kripke, Seth Rogen et Evan Goldberg, elle nous est arrivée après une précédente transposition de comics culte (également signée Garth Ennis), Preacher, dont on retrouve ici les fondamentaux, à savoir un véritable travail d’appropriation et de relecture du matériau originel. Jusqu’où la saison 2, dont nous avons découvert les trois premiers épisodes, va-t-elle pousser cette logique ? Attention spoilers !

 

Capture d'écran, Antony StarrDe cape et de pets

 

ON PREND LES MÊMES 

Les nombreux amateurs de la première saison ne seront pas dépaysés, tant The Boys leur donne des gages de bonne volonté viandarde dès son entrée en matière. La nouvelle saison débute en effet avec un montage parallèle soigné, entre la gestion cynique de la crise engendrée par les actes de Butcher (Karl Urban) au sein de la multinationale Vaught, tandis que le brutal BlackNoir décime sans ménagement un camp de terroristes accueillant en son sein un Super. 

Rythme enlevé, acidité du ton et atmosphère cartoonesque revendiquée sont de retour et nous accueillent chaleureusement dès cette introduction. Les trois épisodes qui suivent ne dérogeront jamais à la charte établie en 2019 et respectent scrupuleusement la mécanique proposée au public. C’est ce qui constitue à la fois la force de The Boys, mais peut-être aussi son unique faiblesse. Car si elle n’est absolument jamais déplaisante, la série peut donner, par endroits, l’impression de faire du surplace.

Un sentiment qui s’incarne visuellement en premier lieu. On sent que la production a mis les bouchées doubles pour assurer le spectacle. Bien plus que les premiers segments, ceux que nous avons découverts se révèlent d’une réjouissante générosité, ne lésinant jamais sur l’hémoglobine, les mutilations gores ou la destruction à grande échelle.

 

Capture d'écran, Karl UrbanKarl Urban, le nouveau Mister Thea ?

 

S’ils sont parfois un peu inégaux, les effets spéciaux provoquent l’enthousiasme, en cela que la série a la bonne idée de toujours en user pour doper son ambition ou la créativité de ses séquences spectaculaires, faisant ainsi oublier leurs imperfections. On regrettera en revanche que la production soit encore ensuquée dans une photographie numérique qui tire trop sur les jaunes ou les teintes désaturées et semble bien souvent artificielle, quand elle ne diminue pas l’impact du découpage, toujours lisible et soigné. 

Même constat du côté du scénario, s’il réserve encore d’excellentes surprises (on y reviendra), la narration bute encore sur un aspect essentiel, à savoir la caractérisation des Boys eux-mêmes, ainsi que le développement de leurs mésaventures. On sent l’intention de préparer une authentique confrontation entre Butcher et ses compagnons d’armes, à commencer par Hughie, mais les tensions entre eux sont encore très, trop superficielles, et mécaniques.

De même, les autres membres de l’équipe manquent toujours autant de chair et s’avèrent peu mis à contribution par l’intrigue, qui a elle-même bien du mal à dissimuler qu’elle a le plus grand mal à en faire des protagonistes actifs. À l’issue des trois premiers plaisants épisodes, ces mauvais garçons paraissent surtout avoir joué la montre pour ne pas faire avancer le récit trop rapidement. 

 

photo, Karl UrbanKarl fait flipper les dauphins

 

ET ON RECOMMENCE (PRESQUE) 

Pour autant, du côté de nos psychotiques anti-héros en collant, la série assure un maximum, décuplant et assaisonnant parfaitement les ingrédients qui firent son succès initial. Plus contradictoires, torturés et amoraux que jamais, ils continuent d’emmener cette production remuante sur les rivages de la folie brute. Assumant de plus en plus ouvertement sa propension à l’humour noir et à la satire (plus qu’à la comédie pure) le scénario se plaît à décrire les Seven comme des échos azimutés des stars de cinéma des grands studios contemporains. 

Dans un deuxième épisode qui fait la part belle à une opportuniste cascade communicationnelle, alors que les employés stars de Vaught tentent de se prémunir d’un scandale à venir tout en vantant l’arrivée d’une nouvelle héroïne, The Boys fait montre d’un sens du pastiche délicieux, qui habite l’essentiel des trois premiers épisodes de cette saison 2. Les répliques ravageuses fusent, les sous-entendus meurtriers sont constants et alors que les conflits se font chaque minute un peu plus criants au sein des Seven, c’est de leur côté que le cœur de l’œuvre finit par battre. 

 

photo, Aya CashLaser show

 

Même leurs membres autrefois les moins bien servis trouvent ici quelques beaux moments de grâce. S’il est toujours relégué à son poste de second couteau pathétique, The Deep (Chace Crawford) est plus embarrassant que jamais, notamment quand un renouveau toxico-spirituel l’amène à dialoguer avec ses branchies, doublées par Patton Oswalt. Même constat du côté de Starlight (Erin Moriarty), qui avait l’an passé du mal à nuancer sa partition d’angelot révolté, alors qu’elle s’avère dès le début de la saison 2 particulièrement intéressante quand son personnage se confronte à ses collègues.

En témoigne un dialogue particulièrement tendu avec A-Train, dont on doute qu’il connaisse une issue très digne au cours des prochains épisodes.  

 

photo, Aya CashSouriez, vous êtes likés

 

MÊME TUEUR TUE ENCORE ? 

Mais ce qui entérine tout à fait les trois premiers chapitres de The Boys comme une réussite, c’est la réussite avec laquelle la série investit ses propres créations, les intrigues et personnages qui divergent radicalement du comics originel. C’était la dimension la plus casse-gueule de cette production attendue et ce fut souvent le talon d’Achille de Preacher, précédent fruit de la collaboration entre Rogen et Goldberg. 

Ce n’est pas le cas ici, tant les trahisons proposées sont cohérentes avec l’ADN du programme, et permettent une interprétation ludique du matériau de base. Au premier rang de ces réussites on trouve la réinvention de Stormfront, qui n’a plus rien du super-héros nazi de la bande dessinée, métamorphosé en influenceuse incendiaire, qui prend son temps pour abattre ses cartes et dévoiler ses élans venimeux. Grâce à l’interprétation ombrageuse, mais toujours drôle d’Aya Cash, l’anti-héroïne imprime instantanément la rétine et se taille la part du lion dans ce début de saison, auquel elle offre une apothéose cathartique lors de l’épisode 3. 

 

photo, Antony StarrHomepisseur

 

Sa montée en puissance devrait logiquement la mettre sur le chemin de Homelander, dont on ne sait s’il rêve de faire avec sa concurrente une sauvage partie de bête à deux dos, ou de la recycler en escalope flambée. Le duo est plus que prometteur, tout comme on se régale déjà de ce qu’il adviendra de la “famille” du monstre narcissique interprété par Antony Starr. Absents des comics pour cause de grosse mort qui tâche, l’épouse de Butcher et sa descendance font désormais face à un paternel déviant au dernier degré, dont chaque intervention, entre menace, attention et rouerie, est aussi bien écrite qu’annonciatrice d’une apocalypse émotionnelle sans retour. 

Cette deuxième saison de The Boys reprend exactement là où nous avions laissé la précédente, et en reconduit pour le moment ses forces et ses faiblesses. Génératrice d’un plaisir immédiat et riche de séquences tantôt spectaculaires tantôt sauvagement mal-aimables, on espère qu’elle saura muscler un peu certains rouages de sa narration.

Les trois premiers épisodes de la saison 2 de The Boys sont disponibles sur Amazon Prime Video depuis le 4 septembre 2020. Un nouvel épisode est diffusé ensuite chaque vendredi sur la plateforme.

 

Affiche Karl Urban

commentaires

Mez
08/09/2020 à 22:00

Je n'avais pas aimé la saison 1,
Là ça semble la même en plus chiant.

Rouge carré
08/09/2020 à 01:43

Entre se mater d’une traite une saison entière et trois épisodes forcément on ne trouve pas son compte.
J’ai pas le souvenir que les trois premiers épisodes de la saison 1 étaient particulièrement dingues.
Forcément il y a l’effet de surprise en moins mais on a là trois épisodes solides qui ne font qu’amorcer le reste de la saison. Heureusement qu’on a pas toute les réponses au bout de trois épisodes, quel intérêt ?
Niveau action ces épisodes sont pas en manque.
Pour le coup je trouve tous ces jugements négatifs complètements hâtifs.

pierresilex
07/09/2020 à 21:34

a lire les autres commentaires... marre des pisse froids blasés ! cette seconde saison démarre en trombe , le ton est toujours aussi irrévérencieux les nouveaux personnages sont savoureux notamment Giancarlo Esposito qui joue avec brio dans breaking bad ! J'espère que cette série Anti Avengers ira loin et qu'elle ne s'arrêtera pas en chemin comme c'est souvent le cas avec les série qui sortent du lot !

Flo
05/09/2020 à 21:58

Moi j'ai kiffé,ok l'histoire traîne en longueur et on sait pas pourquoi homelander a laissé butcher en vie mais bon...

Kouak
05/09/2020 à 19:46

Bonsoir,
Également. Pareil.
Je comprends mieux le pourquoi de 3 épisodes d'un seul coup...
Because, il ne se passe rien !
J'ai l'impression de me retaper le début de la S1... En moins convainquant...
Pour l'instant on est loin du compte.
Espérons que cela démarre concrètement à partir de l'épisode 4...
Bref...

cloepe
05/09/2020 à 19:37

Je rejoins une grande partie des commentaires précédents,
alors que la 1ere saison m'avait agréablement surpris par son scénario et son rythme, ici ça s'étire en longueur les scènes d'actions sont moins nombreuses, le rythme beaucoup plus lent, le scenario moins prenant (certaines scènes sont limites malaisantes : la chanson avec les branchies...franchement 10s ok mais pas 5mn).

Bref, beaucoup moins bon à tous les niveaux...vraiment dommage !

Téléphoné
05/09/2020 à 14:02

Franchement en dessous de la première saison. Surtout les intrigues, on voit le truc arrivé..
SPOILER : on est tous d'accord que Stormfront est envoyé par Stan Edgar pour espionner, entre autre ?

captp
05/09/2020 à 11:45

Oui je dois avouer que je trouve ça assez laborieux également.
Espérons le reste plus fluide mais j'avais déjà trouvé ce défaut d'un récit un peu vide ou long à fonctionner limite ennuyeux sur preacher. La série était quand même une réussite mais traînait ce boulet ponctuellement.
Espérons une application sur l'écriture maintenant que les cartes sont redistribuées pour la suite :)

Holong
05/09/2020 à 00:53

Sincèrement, je suis un peu déçu des ces 3 premiers épisodes. Le niveau est clairement en dessous de la première saison. Espérons que les prochains épisodes seront d'un meilleur niveau..A suivre...

Elysium
04/09/2020 à 23:22

Encore de tres bons effets et toujours aussi gore , par contre encore une fois comme toutes les series recentes on ressent bien que la femme doit dominer l homme encore et tjr cette guerre des sexes , ca devient repetitif donc c bon on a compris le msg

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