3% : la dystopie Netflix brésilienne surpasse les espérances pour sa saison 3

Lino Cassinat | 27 juin 2019 - MAJ : 27/06/2019 16:26
Lino Cassinat | 27 juin 2019 - MAJ : 27/06/2019 16:26

Après une saison 1 qui se laissait suivre sans peine mais sans enthousiasme et une saison 2 plus réussie mais peinant à se dégager de quelques archétypes, 3% réhausse fortement le niveau avec sa saison 3. Elle emporte sans trop d'efforts malgré encore quelques petits défauts d'écriture et de mise en scène. Et ça fait plaisir.

TOUT LE MONDE EST LE BIENVENU

Et pourtant, ça partait du mauvais pied. Après les évènements de la saison 2 et une grosse ellipse magique, Michele a réussi à construire une alternative entre le misérable Continent et l'élitiste Autre Rive grâce aux ressources et à la technologie volées. Appelée la Coquille, elle s'impose comme un autre choix libre et sans contrainte, et surtout sans processus de sélection.

Une vision utopique introduite très mécaniquement au moyen d'un nécessaire, mais pénible tunnel tutoriel et avec quelques bonnes surprises sur le destin de plusieurs personnages (cf la grosse ellipse magique).

 

photoLa Coquille

 

Malheureusement, cette société idéale est mise à mal par une tempête de sable. Face aux dégâts structurels et au manque de nourriture et d'eau, Michele est contrainte et forcée de renvoyer certains citoyens sur le Continent, le temps que la Coquille puisse se remettre en état et accueillir tout le monde à nouveau. Et pour choisir qui reste et qui part, elle met en place un Processus... ah non, une Sélection.

Enfin, c'est comme le Processus élitiste de l'Autre Rive, sauf que cette fois on garde 10% des candidats au lieu de 3%. Et là, on crie à la redite fainéante des saisons 1 et 2, elles-mêmes axées autour de deux Processus. Sauf qu'on a complètement tort.

 

photoUne paire d'antagonistes qui fonctionne très bien

 

DÉJÀ VU ?

En effet, l'équipe derrière 3% semble avoir parfaitement conscience de la mécanique répétitive de son show, tant cette saison s'attèle à pirater son propre système narratif. Les cobayes d'hier sont devenus cette fois les apprentis laborantins, et nos personnages, passés cette fois de l'autre côté du miroir contre leur volonté, découvrent l'ampleur d'un système malfaisant et qu'ils savent impossible à moraliser malgré leurs meilleures volontés.

Cette saison 3 recèle donc quelque chose de particulièrement pervers : contraints et forcés à faire des choix impossibles, les adolescents rebelles se voient devenir les maîtres adultes qu'ils haïssaient autrefois, dans de nombreuses scènes miroirs de la saison 1.

3% ne bégaye plus, elle se réinterprète, et avec finesse en plus. Tant et si bien, qu'on est surpris de voir la série créée par Pedro Aguilera éviter non seulement la dystopie cheap et l'overdose de teenage drama, mais en plus livrer une représentation politique franchement solide de la gouvernance, la corruption, l'innocence ou encore l'interventionnisme (toute ressemblance entre l'Autre Rive et la Coquille d'une part et la CIA et n'importe quelle tentative d'utopie populaire en Amérique du Sud n'est pas fortuite).

Tout cela avec fluidité et en plus enrobé dans une judicieuse et haletante traque-espionne en deuxième partie de saison. Bref, tout ce qui a manqué à Game of Thrones depuis sa saison 4 (bon on l'avoue, elle est vache celle-là).

 

photoMichele utopiste ou menteuse ?

 

LA PRÉSIDENTE ET LE CHAR-CLO

Et pour réussir ce petit tour, 3% a fait le choix judicieux de resserrer ses intrigues et diminuer certains personnages principaux, quitte à le faire un peu cavalièrement (Fernando).

On ne vous cachera pas notre plaisir immense de voir le show se concentrer principalement sur Michele et Rafael. Clairement les meilleurs personnages depuis le tout début de 3%La première, prise dans un étau politique machiavélique, bénéficie enfin d'une écriture à la hauteur de son potentiel, tandis que le second, plus poissard, roublard et dépressif que jamais, continue d'être le petit miracle de toute la série. L'interprétation sans faute de Rodolfo Valente n'y est d'ailleurs pas pour rien. Le trouble Marco n'est également pas en reste et bénéficie également d'un traitement très appréciable.

 

photoCoucou, je suis toujours là, et je suis toujours le meilleur, même en clodo bourré

 

À l'image de ses personnages, c'est globalement toute la série qui gagne en finesse, mais si cela fait plaisir à voir, il reste à 3% quelques péchés mignons et petits travers. La mise en scène, si elle a pris un peu de galon, reste gênée par son style photographique, qui était déjà désuet en saison 1 et qui ne parvient pas à transcender certaines limites de budget (l'évasion finale demande pas mal de tolérance). Comme avant, les multiples flashbacks enchâssés dans cette saison sont bien gérés, mais leurs nombres alourdissent la structure de l'ensemble.

Enfin, si la série gère mieux son emphase, elle a toujours un certain goût du twist qui rend son script souvent un peu artificiel. Et ce n'est pas l'ultime rebondissement de la saison tout claquos qui viendra nous contredire.

La saison 3 de 3% est disponible sur Netflix le 7 juin 2019. Les saisons 1 et 2 sont disponibles en intégralité également sur Netflix.

 

photo

 

Résumé

Plutôt mal introduite et plutôt mal conclue, cette troisième saison de 3% possède cependant six épisodes centraux suffisamment captivants pour faire facilement oublier les quelques moments où l'on grince des dents. Ajoutez à cela une quantité de fond à laquelle on ne se serait jamais attendu de la part d'une série d'ordinaire très moyenne, et vous obtenez une bonne saison, la première de 3%.

commentaires

peace
04/01/2020 à 20:04

Je pense +- comme chris11, j'ai aimé la S1 plus que la S2 et S3... Et en S3 j'ai + aimé le 1er épisode que les autres... Enfin en gros je pense l'inverse de ce qui est dit dans cet article, ce qui montre bien à quel point on le vit et le ressentons pas tous de la meme façon, suivant nos gouts et vécus personnels...

Pseudo
16/07/2019 à 17:06

Même chose que 100, TWD, ou Zorro (nan là je plaisante).

Lino Cassinat - Rédaction
27/06/2019 à 21:49

Bah non.

Chris11
27/06/2019 à 20:00

Marrant. Moi j'avais adoré la première, m'étais ennuyé devant la deuxième, et je n'ai meme pas fini la 3e tellement cela m'a paru convenu et inintéressant, avec quelques invraisemblances dignes de La Casa del Papel.
"contraints et forcés à faire des choix impossibles, les adolescents rebelles se voient devenir les maîtres adultes qu'ils haïssaient autrefois, dans de nombreuses scènes miroirs de la saison 1." => donc c'est bien une redite.

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