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3% : que vaut cette dystopie Netflix, discret phénomène de 2017 ?

Par Lino Cassinat
20 avril 2018
MAJ : 24 mai 2024
13 commentaires

3% est une des plus grosses série Netflix de 2017 et dont la saison 2 est imminente, alors on s’est mis à la page de cette dystopie pessimiste Brésilienne.

Affiche officielle

Lorsque Netflix a publié ses cinq fameux graphiques fin 2017 classant ses séries en fonction de leur succès, il y en a une discrète que personne n’avait vraiment vu venir : 3% est en effet arrivée quatrième des séries les plus regardées d’une traite, juste devant 13 Reasons Why. La saison 2 n’est désormais plus qu’à quelques encablures, et fatalement on devait s’y intéresser et on a rattrapé notre retard. Retour sur la saison 1.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

EL PITCHO RAPIDO

3% se situe dans un futur proche au Brésil, dans lequel la société est divisée en deux groupes : ceux du Continent, qui représentent l’écrasante majorité (sur)vivant dans une extrême pauvreté, et ceux de la Haute Mer, qui ont tout et vivent dans un genre de paradis sur terre.

Arrivé à 20 ans, chaque personne venue du Continent peut tenter de passer le Processus, une batterie de tests éliminatoires qui leur permettra de passer dans la Haute Mer. Mais le Processus est sans pitié, et seuls 3% des candidats réussiront.

 

photoConstruire des cubes, un test sans pitié

 

97 % D’HORMONES

Si vous n’avez pas encore les mots Young Adults écrits en lettres de feu dans votre esprit, sachez que 3% coche plus ou moins toutes les cases du genre : des histoires d’amours compliquées et/ou interdites, une opposition frontale et simpl(ist)e entre ultra-riches et ultra pauvres, des héros jeunes beaux et fringants, des concours d’intelligence enchaînant les effets de manche et une photographie clinique. Si vous êtes fans du genre, vous pouvez y allez les yeux fermés, 3% a en effet de très sérieuses qualités pour vous séduire, qui se résument en un seul mot : son casting.

 

photoVous êtes les meilleurs

 

En effet, si l’on exclut un Ezequiel (João Miguel) qui nous laisse un arrière goût un peu mitigé, les acteurs et les actrices constituent une très belle surprise, tant le groupe abat un job plus qui mérite qu’on s’y attarde : il est assez réjouissant et plaisant de voir un casting divers et varié assez éloigné des critères de beauté classiques hollywoodiens, d’autant plus qu’on les sent vraiment impliqués, et de fait ça marche très bien.

Tout le monde joue très justement et c’est d’autant plus appréciable que bien souvent l’intensité du jeu cela permet de sauver du naufrage des personnages mortellement classiques et un peu inégaux et surtout des situations au mieux très bancales et au pire complètement farcesques.

 

photoL’épisode 4 s’est pas très bien passé

 

3% DE CERVEAU

3% n’a en effet de cesse de vouloir jouer au plus malin et les différents tests du Processus passent souvent par des longues phases explicatives ridicules avec les yeux plissés, du genre « je ne veux pas tester leur déduction, mais leur induction bla bla bla« , ou « je veux construire une micro société et voir qui sont les leaders gna gna gna« . Pouet pouet pouet.

Tout ça la plupart du temps pour en arriver à des épreuves sans aucune imagination (construire des cubes avec des morceaux de duplo ?), auxquelles le scénario apporte sans cesse des béquilles ultra-artificielles pour faire monter la tension (l’épreuve de la pièce) et apporter des retournements improbables, quand il ne décide pas de tout simplement péter un câble et de ne plus se respecter lui-même.

L’épisode 4 est ainsi un gigantesque moment d’emportement grand guignolesque improbable et impossible à avaler, et on ne reviendra pas sur l’épisode 5 flash-back, gimmick ultra-énervant qu’il faudrait songer à interdire, mené à toute allure et écrit à grands coups de clichés sexistes (on se souviendra longtemps de la séquence Valérie Damidot).

 

photoOuh là là le bureau de mon mari est vraiment pas bien décoré quand même

 

Et on est gentils, on vous épargne également le détail du vrai énorme problème de 3%, que sont les très nombreuses béances scénaristiques qui témoignent d’un univers qui n’a pas été pensé à fond. Par exemple, tous les candidats passent devant un scanner ultra-perfectionné qui détecte tout, mais il n’a pas vu la capsule que l’un des personnages a caché sous sa peau ? Ou alors : sur le Continent, on lutte pour avoir assez d’eau pour se faire un shampooing mais on y trouve des appareils photos numériques et une imprimante ? VRAIMENT ?

 

photoMarco, dealer d’appareil photo numérique

 

On le disait, côté personnage on est malheureusement également assez peu servis, et on enchaîne les revirements psychologiques forcés ainsi que poncifs sur poncifs, de la rebelle infiltrée (oui parce qu’il y a une rébellion aussi) au gosse pourri gâté persuadé de mériter sa place. Seul Rafael se détache, et de manière assez éclatante.

Bien écrit, fluide, nuancé, imprévisible, cachant sa vraie nature et capable des pires coups bas comme des plus belles actions, porté par un Rodolfo Valente en pleine maîtrise de son sujet, Rafael est profondément attachant et la (seule) franche réussite de 3%,  un petit miracle à lui tout seul. Marco est également assez réussi et flippant dans l’épisode 4, même si son personnage est amené avec les pieds.

 

photoRafael, le meilleur des meilleurs

 

0% DE FINESSE

Pour finir, il convient également de parler un peu de l’emballage de la série, et il y a clairement à boire et à manger. Le point positif le plus remarquable est probablement la musique dans son ensemble. Elle fait le choix intéressant de textures sonores vraiment à contrepied de ce qu’on pouvait attendre de ce type de récit, ce qui a le mérite de rafraîchir un peu l’imaginaire du genre et d’accompagner de belle manière la plupart des moments forts (et donc souvent imbuvables) de 3%, si l’on excepte à nouveau la séquence D&CO de l’épisode 5, que la bossa nova rend encore plus atroce.

 

photoCouleurs primaires + déshabillés bizarre… Zardoz ?

 

On aimerait être aussi enthousiaste avec les designs, mais ils sont franchement anecdotiques et parfois plus ratés qu’autre chose, certaines tenues évoquant même un curieux croisement entre Zardoz et Star Trek. Enfin, la réalisation est quant à elle complètement aux fraises, usant et abusant de la caméra portée « qui tremble et qui zoome », de la courte focale qui déforme les perspectives et des débullages affreux pour faire chelou.

Il faut ajouter à tout cela que le monteur de la série est visiblement un homme très sensible puisque le découpage panique à la moindre scène d’action ou d’intensité dramatique, surdécoupe et multiplie les faux raccords et les coupes non-sensiques. C’est à tel point qu’à quelques occasions on frôle vraiment l’amateurisme, pas loin de la fameuse baston à la batte de base-ball de Hélène et les Garçons.

 

photoATTENTION ILS SONT MÉCHANTS OKAY ??

 

3% aura eu le mérite de nous faire apprécier le portugais brésilien, qui est décidément une très belle langue, et de nous attacher à Rafael et son acteur Rodolfo Valente. Pour le reste, la note globale de la série, c’est son titre. La saison 2 arrive sur Netflix dans quelques jours et on va passer un super moment.

La saison 1 de 3%  est disponible en intégralité sur Netflix. La saison 2 arrive le 27 avril 2018 en France.

 

photo

Rédacteurs :
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stupefaction

bonjour es que cette serie existe t-elle en vf ?

kaki31

Très belle surprise, cette série; il n’y a pas d’effets spéciaux, et du coup, ils ont dû faire un scénario! je trouve cette critique presque gratuite. Les acteurs sont étonnants, le scénario classique mais avec des vrais retournements de sitaution, et cela donne envie de regarder d’autres séries brésiliennes, ce que je n’aurais jamais dit avant!

Marc

Bonjour affligeant.
C’est quoi cette querelle de coeur avec lino?
Il est parti sans dire au revoir le lendemain et n a pas donné de nouvelles?
Franchement je suis pas d’accord avec lino sur cette série dont la forme est moyenne mais dont le fond est remarquable. Mais au moins lino n’essaie pas de faire des effets de style en se prenant les pieds dans le tapis de la grammaire.

Lino Cassinat

Bonjour « Affligeant »,

Désolé pour la déception, et pour être tout à fait sincère, j’ai moi-même le goût du débat et j’aurais honnêtement été ravi de discuter, d’autant plus que contrairement à ce que vous sous-entendiez dans votre premier commentaire, à aucun moment je ne prétends pas avoir la science infuse ni détenir la vérité. Malheureusement, ce même premier commentaire avait soulever des thèmes intéressants (et même relever une erreur de ma part que je reconnais volontiers), il était aussi perclus de prises à partie désobligeantes qui m’ont dissuadé d’ouvrir une conversation. Non pas que mon « ego surdimensionné » ait été blessé par ces invectives (je vous vois venir), elles ont au contraire motivé un grand sentiment d’indifférence et m’ont dissuadé d’écrire un long et fastidieux commentaire.

Cela étant dit, si ces écarts ne se reproduisent plus je suis prêt à répondre. Vous remarquerez par ailleurs que je ne remets pas en cause l’honnêteté de votre opinion ni vos capacités intellectuelles.

Cervo

Ecrire des commentaires imbitables, interminables, bourrés de fiel et « attendre » de gens qui te proposent gratuitement leur boulot qu’ils passent leur vie à te répondre, ça ne témoignerait pas plutôt de tes problèmes d’ego et autres névroses ?
Hein ?

Allez salut Affligeant(e)