Loba Loca - l'intégrale : l'après Mutafukaz est un bel uppercut

La Rédaction | 28 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 28 novembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Le Label 619 n’en est pas à sa première pépite, et avec la sortie de l’intégrale de Loba Loca, bijou musclé signé Run et Singelin, il offre un écrin de choix à l’une de ses plus belles réussites. 

 

photoL'intégrale des 6 chapitres

 

Il y a les œuvres matricielles, dont leurs auteurs ne sortent jamais vraiment, qu’ils déclinent jusqu’à les épuiser, et celles dont la source paraît ne jamais se trahir, auxquelles leurs auteurs reviennent pour toujours s’enrichir et les enrichir. Loba Loca appartient à cette deuxième famille, comme son géniteur, le formidable Run. 

Mutafukaz fit l’effet d’un véritable choc tellurique au sein de la création hexagonale. Univers aux airs de patchwork sans cesse réinventés, où s’entrechoquaient avec délice références cinéphiles et hommages dessinés, servant au mieux une galerie de personnages azimutés et inoubliables. Après une adaptation cinématographique à la gestation douloureuse, mais à la réussite miraculeuse, puis un estomaquant spin-off, Puta Madre, on aurait pu croire Run essoré, son monde asséché. Mais ça, c’était avant de découvrir Loba Loca, dont l’intégrale débarque en fanfare en librairie. 

 

photoElle a changé Mafalda

 

Dans le même univers qu’Angelino ou Vinz, les glorieux ambassadeurs de Dark Meat City, évolue Guada. Première héroïne féminine de cette galaxie, elle se débat avec la fin d’une adolescence ombrageuse, des premiers amours loin d’être de tout repos, une ascendance mystérieuse et un goût immodéré pour la baston. Run donne ici libre cours au penchant latino, qui irriguait déjà l’anatomie de sa précédente création, pour explorer plus profondément son amour de la série B, du catch, et des luchadoras. 

Autant d’intrigues et de thématiques qui offrent au scénariste l’opportunité de démultiplier les niveaux de lecture, menant de concert un récit dense et extrêmement dynamique, avec la peinture d’un monde violent, terriblement injuste. Jamais moralisatrice ou bêtement militante, la narration est véloce, enlevée, alliant rebondissements, longues plages d’action et pistes de réflexion avec une belle harmonie. 

 

photoEl Tigre, une légende qui a les crocs

 

Un équilibre qui vient peut-être de l’expérience acquise par Run sur Doggybags, collection dont il est le chef d’orchestre et curateur, et dont on se dit régulièrement qu'elle lui a offert un sens de la distanciation, un art du dosage qui fait défaut à beaucoup de créateurs. Sur Loba Loca, il confie le dessin à Guillaume Singelin, et si les afficionados pourront redouter de perdre le trait caractéristique de l’artiste, cette collaboration est suffisamment éclatante pour qu’on s’en délecte. Lui aussi nourri d'influences multiples, il ne se contente jamais de décliner la grammaire narrative de Run, mais l'enrichit à sa manière, et parvient ici et là lui offrir une dimension plus organique, plus instantanément touchante. Entre iconisation maîtrisée et trait volontiers old school, la patte de Singelin trouve immédiatement sa place, autant qu’elle renouvelle la représentation d’un monde désormais très familier. 

Difficile de ne pas s’attacher à cette bande-dessinée tour à tour touchante et énervée, en cela qu’elle nous assène de remarquables châtaignes jusque dans ses séquences de combat. Chacun des 6 fascicules réunis dans cette intégrale présente ainsi son lot de morceaux de bravoures excellement découpés, notamment dans l’épisode 3, où une confrontation attendue assoit définitivement Loba Loca comme un récit singulier et spectaculaire. 

 

photoLe ring n'attend plus que vous

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commentaires
dahomey
24/02/2021 à 15:51

sur votre conseil je l'ai acheté ..E.t dévoré Merci !

Zarbiland
28/11/2020 à 18:20

J'ai vraiment adoré le film Mutafukaz, la scène de poursuite avec la camionnette du glacier est dingue.

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