DoggyBags 16 : Stress Killers on the loose - le massacre continue !

La Rédaction | 2 octobre 2020
La Rédaction | 2 octobre 2020

Toujours supervisée par Run, le créateur de Mutafukaz, l’anthologie Doggybags poursuit son sanglant bonhomme de chemin, avec un 16e numéro particulièrement riche. 

Ainsi qu’il l’annonce dans son désormais traditionnel édito, Run (comme à peu près tout le monde) a pris bien cher pendant le confinement, au point de “complètement revoir son logiciel de catastrophe fictive”. Et si on ignore dans quelle mesure les trois friandises graphiques qui occupent ce volume ont été conçues avant ou pendant la pandémie, indiscutablement, c’est bien un parfum putride de fin du monde qui s’en échappe. 

Cauchemar guerrier, rêverie meurtrière et massacres songeurs sont au programme de cette nouvelle fournée. 

 

photoDes soldats d'infortune

 

LE CHOIX DES ARMES 

Elles sont au centre de Doggybags 16, qui s’intitule Stress Killers on the loose (d’après une chanson de Papa Brittle), comme vecteur de symboles, moteurs de fiction, ou accessoires funestes. C’est bien sûr le cas dans Rotten Heart, où des mercenaires occidentaux opérant sur le territoire africain vont découvrir que leur équipement dernier cri ne leur sera pas d’un grand secours. Mais aussi dans le gros morceau de ce tome, Tool, qui épouse littéralement le point de vue des armes à feu en libre circulation aux États-Unis. Et enfin, Real Sociopath, en transformant un banal marteau en agent de la démence, souligne encore la cohérence de l’ensemble. 

 

photoUn deuxième récit plombant

 

Toujours aussi ouvertement fascinée par l’Amérique, ses mythes et ses démons, l’anthologie trouve là un motif de choix, tant il a imprégné les représentations culturelles venues d’outre-Atlantique, et peut recouvrer de sens variés. Violence incarnée, questionnement de la figure (souvent glamourisée) du tueur, tout y passe au gré de ces trois récits, aux amplitudes et tonalités très différentes. 

Tandis que le premier joue ouvertement la carte de l’outrance, dans ses dialogues comme ses accès de sauvagerie, le deuxième nous emporte vers un terrain plus pernicieux, volontiers conceptuel, mais tenu jusqu’au bout, grâce à une écriture plus fine qu’il n’y paraît, et finalement glaçante. Le troisième, hommage à ces récits criminels connus des Anglo-saxons sous l’appellation True Crime, réserve son lot d’abominations, alors que son scénariste et son dessinateur se plaisant à jouer avec la figure du tueur. 

 

photoUn chapitre vraiment marteau

 

IMPACT MAXIMUM 

Avec des univers finalement différents, pour ne pas dire opposés, ce trio de mésaventures gorasses permet à Doggybags 16 de nous offrir ce que l’anthologie sait faire de mieux : une plongée brutale et pourtant distanciée dans nos visions de l'Amérique et de ses figures, et tout particulièrement celles qui nous proviennent du cinéma de genre. DoggyBags 16 : Stress Killers on the loose y parvient notamment en rassemblant des styles graphiques extrêmement différents, et une nouvelle fois complémentaires. Ce sont ces disparités, ces montagnes russes stylistiques permanentes, qui renouvellent toujours l'intérêt, notamment quand elles se combinent harmonieusement avec les modules contextuels  concoctés par Run.

Et il faut bien avouer que les mondes visités par El Puerto, Tomeus, Mud, Evin ou encore Ké Clero sont aussi fertiles en images folles que stimulants pour l'imagination et que la plupart des notices qui les accompagnent prolongent idéalement l'immersion (en particulier celles consacrées aux S.M.P. et aux conflits africains ainsi qu'aux Antibalakas). Une densité qui est toujours dopée par un travail de maquette d'iconographie plaisant, malgré son foisonnement.

Allez, pour pinailler un chouïa, on regrettera que la nouvelle qui accompagne ses sanglants délires ne soit pas toujours aussi aboutie que le reste de ce volume, oscillant entre high concept pas toujours bien explicité et un format trop condensé pour son propre bien. Un bémol qui n'empêchera pas de prendre un méchant pied devant le dynamisme de DoggyBags 16.

 

photo

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

commentaires

Deny
03/10/2020 à 14:11

Alléchant avec cette puissante image de marteau colossal (de Thor?)

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