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« On sauve Hollywood » : le boss de Netflix pense que le cinéma est en train de crever

Par Léo Martin
25 avril 2025
On sauve Hollywood le boss de Netflix pense que le cinéma est en train de crever (1)

À une époque où les salles ferment et les plateformes prospèrent, le co-PDG de Netflix assure qu’il ne faut pas chercher de coupable… mais un sauveur.

Le cinéma vit une période difficile depuis la pandémie, ce n’est pas un secret. Les exploitants de salle et les distributeurs se battent depuis quelques années pour maintenir en bonne santé l’industrie, bien que ce ne soit guère aisé. Même si les choses vont certes moins mal que ce que prédisaient les oiseaux de mauvais augures en 2020 et 2021, on ne peut contester les métamorphoses du paysage audiovisuel (et du mode de consommation des spectateurs) moderne.

Au-delà du confinement de 2020, certains accuseront surtout l’ascension fulgurante du streaming comme le fléau des salles de cinéma. Face à de telles remarques, le patron de Netflix, Ted Sarandos, a tout nié en bloc. Plus encore : selon lui, la plateforme de streaming numéro 1 n’a pas détruit Hollywood… elle l’a sauvé alors que les salles, elles, seraient condamnées.

NETFLIX SAVIOR

« Non, nous sommes en train de sauver [Hollywood]. » Voilà ce qu’a déclaré Ted Sarandos au Time100 Summit (un évènement célébrant les cent personnes prétendument les plus influentes du monde). Bon. Pourquoi le patron d’une plateforme qui a tout fait pour délocaliser les réalisateurs et leurs films des grandes salles, affirme-t-il quelque chose d’aussi paradoxal ?

C’est simple. Pour Sarandos, la salle de cinéma, ce n’est pas le cinéma. Pour lui, le cinéma (et par extension Hollywood) c’est le produit que le consommateur veut voir sur son écran, peu importe la taille. Si David Fincher, Martin Scorsese ou Alfonso Cuarón sortent des chefs-d’œuvre sur une plateforme de streaming uniquement, ce serait tout aussi bien. Même mieux ! Netflix serait le sauveur de ces projets en leur donnant une nouvelle chance de voir le jour après un abandon par les studios.

Mark Stanley, Owen Cooper et Stephen Graham dans Adolescence
Netflix propose autant le meilleur, Adolescence…

C’est un discours qu’on connait déjà bien et qui s’accompagne d’un autre argument de taille : celui de la demande du consommateur :

« Une entreprise est très centrée sur le consommateur. […] Qu’est-ce que le consommateur nous demande ? De voir ses films comme à la maison. […] J’adore les salles. Mais je pense que c’est une idée dépassée, pour la plupart des gens. »

Notez que le « spectateur » devient toujours « consommateur ». Une bonne façon de reporter la faute ailleurs, mais aussi de nier le rapport privilégié entre l’individu et l’œuvre, afin que celui-ci ne devienne qu’une cible passive pour un produit commercial. C’est une rhétorique classique de boutiquier.

electric state
…que le pire, avec des blockbusters sans âme comme The Electric State

Alors évidemment, ça ne signifie pas que Netflix (ou n’importe quelle autre plateforme de streaming) est un ennemi naturel du cinéma. Il est l’évolution logique d’un support télévisuel qui existait déjà et peut servir en effet d’alternative à beaucoup de cinéastes qui ne trouvent pas de distributeur ou producteur traditionnel.

Il n’empêche qu’on peut difficilement donner raison à Ted Sarandos lorsqu’il évoque son entreprise comme un sauveur. La plateforme n’a pas toujours eu le cœur sur la main, loin de là. Elle n’a, par exemple, jamais voulu produire le dernier film de David Lynch, alors que c’était une de ses dernières opportunités. De plus, elle se contente souvent du minimum syndical pour communiquer autour de certaines nouveautés, pourtant réalisées par de grands auteurs. Comme l’excellente série Asura de Hirokazu Kore-eda (lauréat d’une Palme d’or) sortie dans l’indifférence en début 2025.

Rie Miyazawa, Machiko Ono, Yû Aoi, Suzu Hirose, Asura
Puisque Netflix ne vous y poussera pas, allez voir l’excellente série Asura sur son catalogue

Netflix n’est ni un sauveur ni un destructeur. C’est bien une entreprise, capable de tous les opportunismes pour attirer ce qu’elle appelle des consommateurs en répondant à leur demande. Elle n’a aucune velléité artistique mais elle peut être utile. Ainsi, que Ted Sarandos aime ou non les salles de cinéma, ce n’est pas important. Qu’il pense qu’elles soient dépassées… ça compte assez peu également.

Le vrai constat qu’on peut faire à partir de son discours, c’est que le streaming ne voudra jamais faire la distinction entre une œuvre d’art et un produit. C’est au spectateur de le faire et, par sa propre volonté, de trouver comment soutenir une industrie plus favorable aux artistes. Et dans le cas du cinéma, ça commence par soutenir les salles.

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Ropib

S’il vous plait, racontez-nous vos superbes expériences dans les multiplexes, qu’on comprenne !
Entre les plateformes en ligne et les plateformes en salle, je préfère les plateformes en ligne. Et, bon, Netflix n’est vraiment pas la pire ; je trouve que, si une grande partie de leur catalogue est assez plat, ils tentent aussi des choses culturelles, même s’ils ont aussi une approche mercantile… maintenant, il faut vraiment qu’on arrête de croire qu’une belle œuvre se mesure au fait qu’elle ne rencontre aucun public. Ce n’est pas la prétention qui fait l’art (j’ai vu Megalopolis, il y a des trucs pas mal, mais c’est plus prétentieux que bon, et c’est, en réalité, plus mercantile que ça ne le dit.. je n’ai pas remarqué de prise de risque particulière, ni d’émotion intime qui nécessiterait une expression maladive d’un artiste fébrile… mince quoi, faut redescendre). Mais je suis complètement prêt à changer d’avis si on m’explique les choses. Montrez-nous comment les machines à pop-corn (installées par charité ?) sont devenues le nec-plus-ultra de l’engagement artistique et de l’investissement émotionnel des spectateurs, je veux comprendre.

Eomerkor

Très vite passé au Trumpisme le bonhomme.

patrickjammet

D’où l’expression: « Arrête ton cinéma ». Avec une économie de guerre, on dit bonjour l’inflation !

Toms

Imaginer un Fury Road ou Matrix découvert sur Netflix la TV est tout sauf immersive comme une salle de cinéma, la découverte de ces bons films en streaming diminue leur aura c’est clair, ça disparaît de l’actu aussi vite que ça sors, The Killer de Fincher en est le bon exemple

Flash

D’accord avec Marc, le cinéma est loin d’être mort.
Que Hollywood se sorte les doigts et propose des bons films et le public se déplacera.
Ras le bol des suites, remakes et autres reboot.

Nemo Marc

LE CINÉMA 🎬 N’EST TOUJOURS PAS DEAD. VIVE LE CINÉMA ⭐

Berlingo

Article très intéressant. Le boss de Netflix est comme un patron de multiplexe : il propose le pire comme le meilleur, tant que ça fait des entrées. Le spectateur-consommateur veut de l’art et essai? il lui en donne. Il veut du ciné-macdo débile? Il lui en donne. Le boss de Netflix comme le patron de multiplexe n’aiment pas vraiment le cinéma, ils proposent un produit de loisir lucratif au même titre qu’on vend des ballons de foot ou des hamburgers. Que ça soit des chefs d’oeuvre ou des bouses cosmiques importe peu, l’essentiel est que ça se vende.

Parfois, si il a beaucoup de sous de côté (comme chez Netflix), il va jouer les grands mécènes et accepter de financer un grand réalisateur. Mais il va quand même le prendre en otage : c’est le boss qui décidera si le film passera en salles, et LA DUREE de ce passage en salles. Aucune seconde chance, si le film démarre lentement il sera sacrifié direct et catapulté sur la plateforme, comme le font aussi les grands studios historiques. Ce n’est pas du cinéma, c’est de l’agroalimentaire !!
Son argument de dire qu’un film peut se voir indifféremment sur un petit ou un grand écran ne tient pas. L’expérience de la salle est incomparable pour la plupart des grands films.

Nemo Marc

Le CINÉMA n’est toujours pas mort tant qu’il y a des raconteurs d’histoire et des réalisateurs pour les filmer.
Il reste des acteur de cette industrie du divertissement. En 2022 Avec TOP GUN MAVERICK Tom Cruise à remis HOLLYWOOD dans les rails du succès.
En 2021 qui aurait parié sur le succès de DUNE réalisé par Denis Villeneuve et en 2024 continue sa Saga avec DUNE 2 est a impressionné NOLAN et SPEILBERG.
Le CINÉMA est un Phénix on croit qu’il est en déclin est renait de ces cendres.
Tant qu’il y a des réalisateurs des créateurs comme JAMES CAMERON avec AVATAR FIRE AND ASH le CINÉMA continuera à nous faire rêver.