Paul Verhoeven explique pourquoi le remake de Robocop est absurde

Christophe Foltzer | 13 septembre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 13 septembre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Quand Robocop sort en 1987, c'était un film d'anticipation hard-boiled, très ironique et cynique mais aussi une lecture possible du futur qui nous attendait. En 2016, on se rend compte qu'il n'était malheureusement pas passé loin de la réalité.

Paul Verhoeven est l'un de nos plus grands réalisateurs en activité et ce serait bien que tout le monde s'en rende compte. S'il n'est plus aux commandes de gros budgets depuis des années, cela ne l'empêche pas de créer l'évènement dans son coin, il n'y a qu'à voir Elle et l'enthousiasme cannois provoqué par l'oeuvre pour s'en convaincre.

Mais ce qui fascine le plus dans son oeuvre, c'est de voir à quel point certains de ses films ont été prophétiques. En effet, comment regarder Starship Troopers aujourd'hui sans penser au 11 Septembre et à la riposte américaine, au culte de la personnalité et de l'uniforme et à la propagande militaire ? Comment ne pas envisager Robocop comme une critique de nos sociétés minées par la pauvreté grandissante, la corruption généralisée et le tout sécuritaire ? Bref, plus qu'un réalisateur de films de genre, Verhoeven est surtout un observateur attentif de nos sociétés qui n'hésite jamais à nous plonger la tête dans nos propres travers.

 

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On ne dira pas la même chose du Robocop de 2014, espèce de boursouflure inoffensive, gavée de CGI foireux et qui piétinait toutes ses nobles intentions du haut de sa suffisance. Si l'expérience n'a certes pas été agréable pour le pauvre réalisateur à sa tête, José Padilha, pieds et poings liés aux contraintes imposées par le studio, Verhoeven n'avait jamais vraiment donné son avis sur le film.

C'est maintenant chose faite puisque, au cours d'une interview accordée à Coming Soon, le journaliste lui a demandé ce qu'il pensait des remakes de ses films :

 

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"Je les ai vus bien sûr. Je crois qu'ils pensent que la légèreté d'un Total Recall ou d'un Robocop est un obstacle. Ils prennent ces histoires un peu absurdes et les rendent beaucoup trop sérieuses. Je pense que c'est une erreur. Particulièrement pour Robocop quand ils le réveillent et qu'il a encore son cerveau. C'est une victime gravement amputée et blessée , ce qui est affreux et tragique dès le départ. Ce n'est pas ce que nous voulions faire avec notre Robocop.

Il n'a plus de mémoire, que des flashs de sa vie d'avant et doit se connecter à un ordinateur pour savoir qui il est. Je pense qu'en refusant de lui donner un cerveau robotique vous rendez le film beaucoup plus lourd et ça ne l'aide pas. Cela devient encore plus stupide et absurde mais de la mauvaise façon. Ces films exigeaient la distance de la satire et de la comédie pour accrocher leur public. Les faire sans aucun humour est un problème et non une amélioration."

On ne saurait mieux dire. Sacré Paulo ! 

 

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commentaires
Fennec
13/09/2016 à 14:45

En fait on a parfois l'impression que ces films ne s'assument pas, et qu'ils cherchent leur légitimité et leur crédibilité dans des notions qui dépassent leur sujet.

Visiteur
13/09/2016 à 14:34

@Dirty Harry : "y avait il semblable perso dans l'original Infernal Affairs?"

Oui.
Mais pour tout un tas de raisons, Infernal Affairs >>>>>>>> Departed

Dirty Harry
13/09/2016 à 12:43

absolument d'accord avec Fennec et ce bon vieux Paul Verhoeven : le psycholigisant qui vient ajouter une couche de sérieux à la caractérisation du personnage devient en soi une tare de l'époque. Je viens de me refaire The Departed de Scorsese et c'est le même problème : le personnage de la psy (actrice que j'aime pourtant énormément) est un poids aussi lourd qu'un âne mort dans l'intrigue, n'apporte rien (y avait il semblable perso dans l'original Infernal Affairs?) et explicitant ce qu'il n'y a pas à expliciter. Ces films de SF ont besoin d'humour et d'ironie pour faire contraste avec le background négatif de leur environnement : les exécutifs du haut de excellentes intentions devraient savoir doser entre le sérieux et la distance....

Fennec
13/09/2016 à 12:27

C'est très vrai. A cette époque, les réalisateurs comme le public avaient une légèreté et un recul qui autorisaient un peu d'ellipse, de licence poétique, de confiance l'un dans l'autre. On autorisait le réal à construire un monde avec des règles qu'on acceptait de facto.

Aujourd'hui le public est devenu extrêmement difficile, méfiant, et demande que tout soit expliqué, logique, exact, et - pire - respecte sa propre vision personnelle. Les studios jouent ce jeu en voulant mettre des intrigues toujours plus sérieuses et en phase avec les préoccupations du moment pour inscrire leur film dans la culture et l'Histoire du moment.

C'est peut-être la question de la "magie du cinéma". La magie, on sait que ça n'existe pas, mais quand on va voir un spectacle, on doit s'autoriser à croire que c'en est...

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