Films

Cannes 2015 : on a vu La Tête Haute, le film d’Ouverture

Par Simon Riaux
13 mai 2015
MAJ : 29 février 2024
1 commentaire
default_large

La sélection de La Tête Haute en ouverture du 68ème Festival de Cannes a surpris. Nouveau film d’Emmanuelle Bercot consacré au difficile parcours de réinsertion d’un jeune délinquant aux prises avec une mère irresponsable et un système judiciaire présent mais à cours d’option n’avait sur le papier rien des entames glamour auxquelles nous a habitués la Croisette.

Mais force est de constater qu’après Elle s’en va, la réalisatrice a largement mérité cette place d’honneur au sein de la sélection officielle. On retrouve ici toute la force, la délicatesse et la grâce qui firent la réussite de son précédent film, dont elle retrouve l’actrice principale, Catherine Deneuve, de retour dans le rôle d’une juge des mineurs investie mais impuissante.

La Tête Haute n’est ni une œuvre dépressive, ni une tentative de dénoncer les errements d’un système incapable de tendre la main aux démunis, pas plus qu’une chronique grisâtre comme le cinéma « naturaliste » francophone nous en délivre chaque année à Cannes.

Il s’agit au contraire du récit simple, épuré, des allers-retours d’un adolescent « à problèmes », une boule de colère et d’angoisse qui semble incapable de maîtriser le maelström de rage qui jaillit de lui. Collée à ses personnages, ne cherchant jamais à les juger, Emmanuelle Bercot nous délivre un récit très dense, d’une sensibilité extrême, qui ne cherche jamais le tour de force ou la démonstration artificielle.

On pourra bien sûr regretter la présence de défauts récurrents d’un certain cinéma français : une certaine hésitation dans la mise en scène, une poignée de séquences trop écrites ou une symbolique un peu lourde, pas toujours digérée par l’image.

Mais ce serait oublier les remarquables performances de tous les comédiens, et l’authenticité impressionnante de ce film intimiste. Quiconque a approché ou côtoyer les travailleurs sociaux ou les jeunes gens que dépeint le récit sera saisi par le profond sentiment de réalité qui se dégage de l’ensemble.

C’est ainsi que se dessine une des plus belles qualités de cette création fragile et précieuse, celle de mettre en lumière, jamais en accusation, des êtres vulnérables et/ou de bonne volonté, permettre à chacun d’appréhender des situations et des profils complexes, que les médias comme nos hommes politiques préfèrent généralement instrumentaliser à grands coups d’anathèmes. Une performance à mettre également au crédit des acteurs, tous exceptionnels. On pense bien sûr au sidérant Rod Paradot, mais aussi à Benoit Magimel, qu’on n’avait plus vu si habité depuis des années.

Rédacteurs :
Tout savoir sur La Tête haute
Abonnez-vous à notre youtube
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
Trier par:
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
icon arrow down
Pictogramme commentaire 1 commentaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Flo 1

Venant d’un milieu proche du Social (son oncle), Emmanuelle Bercot a mis des années à recueillir docus, immersions et témoignages pour parler ici du parcours d’un enfant difficile, appuyé par divers organismes. Ainsi que par une juge (Catherine Deneuve, à nouveau statique mais impressionnante) et un éducateur passé jadis par les mêmes ennuis (Benoît Magimel, sobre et fraternel), qui partagent tous deux une histoire commune dont on saura rien, mais où on comprendra tout.
Quant au jeune Rod Paradot, pour son premier rôle au cinéma il finit par ne pas suivre les conventions du genre… c’est à dire jouer quelqu’un proche de sa personnalité, puisqu’il n’est pas un comédien professionnel. Sauf que la violence impulsive et pénible du personnage de Malony, elle n’a rien à voir avec lui, c’est un rôle de composition en fin de compte… Ardu pour un débutant !
Y compris pour les spectateurs, devant assister au parcours d’un héros qui résiste encore et encore à toute évolution, comme si c’était une mauvaise graine irrécupérable, héritant de l’instabilité de sa propre mère (Sara Forestier, semblant sortir d’un film social anglais)…
Puis à divers moments, on entend un célèbre air de Schubert, rythmant l’évolution du héros… Et là on peut se demander : et si ce personnage était un Barry Lyndon à l’envers ? Au lieu du parcours au long cours d’un jeune homme robuste, qui va contenir sa brutalité, triompher de tout et gravir les échelons du pouvoir, pour tout perdre à la fin, trahi par sa paternité… on aura le parcours resserré d’un jeune homme assez fragile, qui ne va jamais réussir à contenir sa sauvagerie, toujours échouer et toucher le fond, pour être sauvé par sa paternité à la fin.
Comme quoi, devenir un homme bien, c’est plus avantageux que devenir un homme de pouvoir.