Cannes 2015 : on a vu La Tête Haute, le film d'Ouverture

Simon Riaux | 13 mai 2015
Simon Riaux | 13 mai 2015

La sélection de La Tête Haute en ouverture du 68ème Festival de Cannes a surpris. Nouveau film d’Emmanuelle Bercot consacré au difficile parcours de réinsertion d’un jeune délinquant aux prises avec une mère irresponsable et un système judiciaire présent mais à cours d’option n’avait sur le papier rien des entames glamour auxquelles nous a habitués la Croisette.

Mais force est de constater qu’après Elle s’en va, la réalisatrice a largement mérité cette place d’honneur au sein de la sélection officielle. On retrouve ici toute la force, la délicatesse et la grâce qui firent la réussite de son précédent film, dont elle retrouve l’actrice principale, Catherine Deneuve, de retour dans le rôle d’une juge des mineurs investie mais impuissante.

La Tête Haute n’est ni une œuvre dépressive, ni une tentative de dénoncer les errements d’un système incapable de tendre la main aux démunis, pas plus qu’une chronique grisâtre comme le cinéma « naturaliste » francophone nous en délivre chaque année à Cannes.

Il s’agit au contraire du récit simple, épuré, des allers-retours d’un adolescent « à problèmes », une boule de colère et d’angoisse qui semble incapable de maîtriser le maelström de rage qui jaillit de lui. Collée à ses personnages, ne cherchant jamais à les juger, Emmanuelle Bercot nous délivre un récit très dense, d’une sensibilité extrême, qui ne cherche jamais le tour de force ou la démonstration artificielle.

On pourra bien sûr regretter la présence de défauts récurrents d’un certain cinéma français : une certaine hésitation dans la mise en scène, une poignée de séquences trop écrites ou une symbolique un peu lourde, pas toujours digérée par l’image.

Mais ce serait oublier les remarquables performances de tous les comédiens, et l’authenticité impressionnante de ce film intimiste. Quiconque a approché ou côtoyer les travailleurs sociaux ou les jeunes gens que dépeint le récit sera saisi par le profond sentiment de réalité qui se dégage de l’ensemble.

C’est ainsi que se dessine une des plus belles qualités de cette création fragile et précieuse, celle de mettre en lumière, jamais en accusation, des êtres vulnérables et/ou de bonne volonté, permettre à chacun d’appréhender des situations et des profils complexes, que les médias comme nos hommes politiques préfèrent généralement instrumentaliser à grands coups d’anathèmes. Une performance à mettre également au crédit des acteurs, tous exceptionnels. On pense bien sûr au sidérant Rod Paradot, mais aussi à Benoit Magimel, qu'on n'avait plus vu si habité depuis des années.

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