Toronto 2011 : Jour 2

Laurent Pécha | 10 septembre 2011
Laurent Pécha | 10 septembre 2011

Jusqu'ici tout allait bien. L'état de grâce s'est pourtant éteint pendant que vous, lecteurs, dormiez paisiblement. Et sur un tapis rouge ! Après une grosse demi-heure de marche, matos sur le dos, et une très grosse demi-heure d'attente sur le tapis rouge, nous devions poser quelques brèves questions à l'équipe de Restless de Gus Van Sant. Mais par la magie d'une organisation désastreuse, la pire jamais vue sur un tapis rouge, on est parvenu à n'interviewer personne si ce n'est au vol Bryce Dallas Howard, enceinte et absolument rayonnante, qui en tant que productrice du film assurait avec classe le SAV alors que son réal et son actrice principale se sont minablement éclipsés. Autant vous dire que pour le sujet vidéo, ça fait plus que mince. A tel point que l'on a boudé aujourd'hui tous les tapis rouges possibles de peur de revivre la même galère. D'autant que si c'est le bordel pour un Van Sant, on ose imaginer ce que cela allait donner pour le Brad Pitt et le Clooney.

 

 


 

 

Une confirmation d'ailleurs nous ait venu des conférences de presse des deux stars, littéralement prises d'assaut et auxquelles on a préféré les joies d'un Anne Fontaine, Mon pire cauchemar, titre qui allait bien à ceux qui semblaient attendre des heures l'ouverture de la salle occupée par un Bono particulièrement loquace après l'accueil enthousiaste reçu par le documentaire consacré à U2, From the sky down qui avait fait l'ouverture du festival la veille.

Mais revenons à notre film français que vous pourrez d'ailleurs découvrir début novembre. S'il y a cauchemar, ce n'est pas pour le spectateur, enlevant au passage un jeu de mots facile au journaliste pressé de finir son article.  Le cauchemar c'est pour Isabelle Huppert et il s'appelle Benoît Poelvoorde. L'acteur, en grande forme, interprète un gros beauf dont il a le secret, qui va envahir la vie de la bourgeoise coincée que joue avec délectation notre Huppert national. Un duo absolument irrésistible et qui fonctionne à plein régime dans cette comédie romantique à la française, le ton étant plus mordant que ce que le cinéma US nous réserve dans le domaine. Sagement mise en scène, parsemé de situations un brin trop prévisibles, Mon pire cauchemar tire réellement son intérêt de l'abattage de son couple vedette mais aussi de seconds rôles réussis à commencer par André Dussollier et Virginie Efira (mais là quand il s'agit de la miss, je perds toute objectivité).

 

 


 

 

Il fallait bien un peu de légèreté pour se remettre de la grosse daube qu'est Killer elite. Entre un génial acteur qu'on a perdu pour le cinéma depuis trop longtemps (De Niro), un action hero qui tourne plus vite que son ombre (Statham) et un comédien dont on cherche encore un quelconque angle de carrière (Owen), il y avait de quoi être inquiet. D'autant que derrière la caméra, Gary McKendry est un rookie. Bingo ! Dans une sorte de Munich pour les nuls, on assiste à un long jeu de chat et la souris entre Statham en mode vengeur pour sauver son pote De Niro des griffes d'un méchant cheik et Owen, en vieux routier des forces spéciales britanniques. Le film s'amuse à compliquer son récit à coups de retournements de situations pour montrer que dans le monde des espions et des tueurs, rien n'est simple et que le méchant n'est jamais tout à fait celui que l'on croit. Sauf que l'on se fiche bien de tout ce remue-ménage par la faute d'une absence totale de regard sur cette histoire (vraie) et de comédiens en mode minimaliste, Statham prouvant une nouvelle fois à quel point il possède un jeu incroyablement limité et Owen s'étant persuadé que le port de la moustache suffisait à créer son personnage. Malin, le grand Bob, joue les divas puisqu'il n'est quasiment présent qu'au début et à la fin du film mais suffisamment pour nous balancer ses petites grimaces dont il est devenu coutumier depuis une vingtaine d'années. Avec ses séquences d'action archi vues et souvent bien brouillonnes à l'image du combat à mains nus entre Statham et Owen (n'est pas Greengrass qui veut), Killer Elite ressemble avant tout un médiocre DTV. Le voir en soirée de gala dans un prestigieux festival n'augure rien de bon sur la production blockbuster des mois à venir en provenance d'Hollywood.

 

 


 

 

Tiens s'il y en a un qui s'y connaît en blockbuster, c'est bien le père Emmerich. Le voir débarquer ici avec Anonymous, un drame historique en costumes mettant en vedette la possible escroquerie que fut William Shakespeare, avait de quoi intriguer. Que s'est-il passé dans la tête du  demolition man teuton pour qu'il tente de se placer sur un marché plus respectable ? Toujours est-il que les plus sournois vont en prendre pour leur grade tant le célèbres dramaturge anglais a inspiré l'auteur de 2012. Au point de signer son meilleur film et on vous explique en détails pourquoi ici.

 

Voilà pour une deuxième journée qui nous a permis de comprendre un peu mieux les rouages du festival. A commencer par le délicat choix des films. Il faut le savoir, avec un badge presse, on n'a accès qu'à des séances spécifiques et qui ont trop tendance d'ailleurs à se chevaucher à tel point qu'il faut constamment bien cibler son programme, bien plus que dans d'autres festivals. On a ainsi raté le retour de Rob Lowe au film de hockey, après Youngblood dans les 80's. Ca s'appelle Breakaway, c'est dirigé par le réal des Petits champions et on va tenter de le rattraper. Mais pour cela, il faut faire appel à nos 5 tickets magiques. Le festival offre effectivement la possibilité d'avoir accès à 5 séances autres que celles réservées à la presse. C'est peu et le festival est long. L'envie de ne pas griller ses cartouches est trop forte d'autant que demain, c'est rebelote pour le choix cornélien entre Albert Nobbs, drame historique et rôle en or pour Glenn Close et The Descendants, le nouveau film d'Alexander Payne avec George Clooney.

 

 


 

A l'heure où l'on s'apprête à aller se faire son propre festival dans un cinéma du coin avec là aussi un choix à faire (Contagion ou Apollo 18), on penche pour le Payne. La nuit porte conseil même dans notre sordide chambre d'hôtel.

 

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