Le boss de Netflix pense que les salles de cinéma vont mourir (et ça l'arrange)

Antoine Desrues | 25 mars 2021 - MAJ : 25/03/2021 10:56
Antoine Desrues | 25 mars 2021 - MAJ : 25/03/2021 10:56

Ted Sarandos, le PDG de Netflix, ne s’est pas fait prier pour annoncer sèchement la mort programmée des salles de cinéma.

Avec ses 200 millions d’abonnés, Netflix est toujours au sommet dans le domaine du streaming. Il faut dire que la multinationale, qui a débuté dans la livraison à domicile de DVD, a vu le vent tourner bien avant la concurrence, qui a cherché depuis à rattraper son retard.

Et comme on pouvait s’en douter au vu de cette stratégie, le service de SVoD et ses responsables ne sont pas très motivés à l’idée de défendre des formes plus classiques de distribution, à commencer par la salle de cinéma, bien impactée et affaiblie par la pandémie mondiale. Alors que l’hégémonie du streaming s’est accélérée dans ce contexte particulier, Ted Sarandos, le PDG de Netflix, a tenu à parler au micro de KCRW du futur des majors hollywoodiennes, et leur rapport à la salle obscure.

 

Photo Adjoa Andoh, Regé-Jean PageLa tête des pontes de Netflix face au succès de Bridgerton

 

Si certains d’entre eux (Disney et Warner notamment) ont commencé à sacrifier le grand écran pour une exploitation de leurs films sur leurs plateformes respectives, le boss du grand N a expliqué que ces entreprises prennent de trop gros risques à vouloir faire subsister un modèle à la dérive :

“Il faut suivre le public. Et si le public ne se montre plus dans les salles, mais reste à la maison, il faut s’adapter. Regarder un film au cinéma pourrait devenir de plus en plus rare. Il est très dur de deviner ce que seront les habitudes [du public] après la pandémie et comment elles vont évoluer. Il va falloir une grosse infrastructure financière pour venir en aide aux salles, mais il faudra qu’elle soit soutenue par les fans et les spectateurs.”

Bien entendu, on n’a pas attendu les déclarations de Sarandos pour se douter qu’il n’était pas un parangon de pensée communiste. Pour autant, son intervention a reflété à quel point la détresse actuelle de l’industrie a mené chaque acteur à principalement sauver sa peau :

 

photo, Anya Taylor-JoyUne stratégie qui fait ses preuves

 

“Quand le business change, et quand l’attitude du consommateur change aussi radicalement, naviguer dans ces nouvelles eaux est très difficile. Vous pourriez dire que [dans notre cas], ne pas avoir une approche diversifiée [de la distribution] est un défi. Mais en réalité, c’est une bénédiction de ne pas avoir à sauver un marché. Dès que votre objectif principal est de sauver un business, vous êtes morts !

Pour rappel, nous avons fait la transition du DVD vers le streaming. Nous n’avons pas passé une seule minute à essayer de sauver le marché du DVD. Notre futur allait toujours reposer sur le streaming, et toute énergie mise dans le sauvetage du DVD n’aurait pas pu être dédiée au fait de créer l’économie du streaming. Voir le consommateur comme une priorité était très important.”

Il est assez flagrant de voir que derrière son vocabulaire de commercial (remarquez qu’il ne parle jamais de culture ou d’œuvre), Ted Sarandos ne semble à aucun moment envisager la coexistence du streaming et de la salle de cinéma, dont les attributs ont toujours été différents.

 

TeaserTed Sarandos : "Let the past die. Kill it, if you have to."

 

Si Disney a pris un certain temps avant de bazarder certains de ses blockbusters sur sa plateforme de SVoD, c’est aussi parce que les pontes du studio ont pris conscience de l’importance du grand écran et de l’expérience collective dans le prestige d’une œuvre, essentielle pour qu’elle s’inscrive dans le temps et marque les esprits. Cependant, le boss de Netflix a répondu à cela avec un argument certes réducteur, mais néanmoins vrai sur l’attrait de la nouveauté, quelle que soit sa qualité ou sa fenêtre de diffusion :

“Les gens veulent juste voir de nouveaux films, et ils n’y ont plus accès. Et de toute façon, la plupart n’ont pas de cinéma près de chez eux.”

En tout cas, dans cette mutation profonde de l’industrie précipitée par la Covid-19, le boss de Netflix a de nouveau mis en avant son souhait de voir son modèle atteindre un niveau de monopole. Et en même temps, il faut bien reconnaître que le grand N a su avoir des arguments de poids en 2021, comme sa promesse d’un nouveau film original (ou à la distribution exclusive) toutes les semaines.

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commentaires
Jorge
26/03/2021 à 19:02

Nn je pense qu'il faut sauver à la fois le dvd et le cinéma car ça toujours été un moment de détente et loin de la maison sa depuis des temps immémoriaux

Mega city one
26/03/2021 à 12:47

Il a parfaitement raison.

Et autant je suis pour la diffusion sur le plus de médias (pour ne pas léser les amoureux des salles), autant les lois françaises sont enquiquinantes avec leurs délais à rallonge. Donc si la suppression des films au ciné peut au moins nous donner les films au bon moment, c'est une bonne chose.

Prenons l'exemple de black widow : s'il sort au ciné en France, on ne l'aura pas avant 3 ans sur Disney+.

Heureusement il sortira 4 mois plus tard en blu ray (je suis un inconditionnel du support physique, s'il meurt y aura un gros problème avec la chronologie des médias) mais c'est uniquement parce que c'est un blockbuster. Les petits films qui n'ont pas le droit à une sortie physique ne seront jamais vu car 3 ans plus tard qui se souviendra de leur existence.

De plus comme il le dit si bien, tout le monde n'a pas la chance d'avoir un ciné près de chez soi et merci l'ambiance en salle avec les téléphones portables et les pop corn et l'irrespect des gens.

Enfin le home cinéma est aujourd'hui bien démocratisé et même si je le conçois on est loin d'une expérience en salle on peut avoir un grand écran et un son 5.1 pour pas très cher (encore faut il avoir de l'espace).

L'un dans l'autre vu la vitesse à laquelle le monde bouge, le streaming est une bonne chose.

Après il faudrait les 2 comme aux USA mais en France avec nos lois archaïques qui datent de la vhs, les 2 sont difficilement compatibles.

Là c'est l'un ou l'autre : le film sort en salle, ceux qui ne vont pas au ciné verront le film dans 3 ans.
Et s'il sort en streaming, ceux qui veulent le voir en salle ne pourront pas.

Au moins avec Warner aux USA, le choix est laissé au spectateur.

En France, ça crée une division

Matrix r
26/03/2021 à 12:35

Avouons quand même que rayon catalogue, Netflix produit trop de bouses : pièces of wowan, thé old guard......... J'en compte les nombreuses séries inutiles. Ils polluent la vue.

Eddie Felson
26/03/2021 à 00:27

@Luigi
Moi je paye 5,50€/place avec mon abonnement multiplex (10€/an) de... provincial! Comble de bonheur, aucun désagrément en salles dont l’une est l’une des plus grande de France. Bref, je compatis lorsque je lis vos tarifs et les conditions éxécrables que connaissent trop d’entre vous.

Luigi
25/03/2021 à 23:41

Les cinémas ne disparaîtront pas, mais je pense qu'il va falloir revoir le prix du ticket car beaucoup de gens ne sont plus prêts à lacher 10€ pour une toile!

GTB
25/03/2021 à 21:47

@Eddie Felson> C'est à dire que les choses sont plus nuancées dans un sens comme dans l'autre. En premier lieu, les propos de Sarandos concernant les salles (combien sont allés lire l'interview?).

Je rentrerais bien dans plus de détails, mais je ne saisis pas encore tout à fait comment fonctionne le mod commentaire d'EL. Cela refuse de poster dès que le message est un poil long :/.

Eddie Felson
25/03/2021 à 21:09

@GTB c’est-à-dire.........

GTB
25/03/2021 à 20:27

@Eddie Felson> "Rassurant" n'est pas le mot que j’emploierais. Autant je partage cet amour des salles, autant la plupart des réactions ici tombent dans le travers moderne de ne pas écouter l'info correctement, de sombrer dans la polémique sans analyse, de propos sans demi-mesure, du tout noir ou tout blanc. Du grand méchant Netflix, des gentilles salles.

ragnagnas
25/03/2021 à 19:58

Jamais un rond pour cette trés plate forme ,ni pour une autre..Pas un penny pour tous ces requins. Je verrais les films que pourrais voir , si je peut en voir , les autres je m'en passerai. Et je boirais un coup quand l'une ou l'autre de ces entreprises clamsera. netflix (avec un tout petit n ) en tête.

Eddie Felson
25/03/2021 à 19:26

Vos commentaires sont quasiment unanime contre la philosophie purement comptable et mercantile du boss du N rouge « diabolique » et quand à l’espérance de voir les salles perdurer et nous permettre de continuer à nous délecter de nos écrans larges et moins larges, au gré de nos envies : ça fait du bien et ça laisse de la place à l’espoir.

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