Marvel, DC... James Gray est dégoûté par la mode des super-héros

Antoine Desrues | 3 février 2021
Antoine Desrues | 3 février 2021

Le réalisateur d’Ad Astra et de The Lost City of Z ne s’est pas fait prier pour critiquer ses collègues répondant à de simples commandes de studios.

Parmi les cinéastes américains les plus passionnants de ce début de siècle, James Gray a certainement une place de choix. De Little Odessa à The Lost City of Z, le réalisateur a su construire une filmographie aussi unique que sensible, bien loin des desiderata des studios. Avec son long-métrage Ad Astra, Gray s’est aventuré du côté de la science-fiction avec une liberté de ton et de création de plus en plus rare dans l’industrie, surtout aux vues du budget confortable qui lui a été alloué.

Pour autant, le metteur en scène a bien conscience d’être une anomalie dans le paysage hollywoodien, d’autant plus lorsqu’il compare son parcours à celui de bon nombre de ses collègues, sortis comme lui de la School of Cinematic Arts de Californie, l’une des écoles de cinéma les plus prestigieuses des États-Unis.

Interviewé par Les Cahiers du cinéma à l’occasion d’un hommage à Francis Ford Coppola, James Gray n’a pas hésité à dénoncer le manque de courage des réalisateurs actuels, asservis par les studios et le besoin d’alimenter leurs énormes franchises.

 

Photo James GrayCinquante nuances de Gray

 

“Moi, ma génération, je la regarde avec dégoût ! Tous les cinéastes que je connais et avec qui j’étais à l’école de cinéma pensent : 'Il faut que je fasse cette adaptation de BD ou autrement je ne travaillerai pas.' Bon, pour commencer, c’est une position de lâche ! Il faut prendre des risques ! Si tu veux juste gagner beaucoup d’argent ou ne pas prendre de risque, ne deviens pas cinéaste, fais plutôt carrière à Wall Street !”

S’il s’est bien évidemment privé de balancer les copains, difficile de ne pas penser, à la lecture de cette diatribe, à Matt Reeves. En effet, le réalisateur de The Batman est un bon ami de James Gray, et a d’ailleurs cosigné le scénario de l’excellent The Yards. Et quand bien même sa nouvelle adaptation du Chevalier Noir a des airs de projet de cœur aux choix osés, Reeves est un bon exemple d’auteur talentueux qui a su s’imposer dans l’industrie, y compris en transcendant des projets a priori peu engageants, tels que les reboots de La Planète des singes (qu’on adore à la rédaction).

 

Photo Robert PattinsonBruce Wayne en pèlerinage amazonien

 

De manière plus globale, James Gray a pointé du doigt la nouvelle hiérarchie implicite d’Hollywood, où de jeunes artistes se sentent obligés de passer par la case Marvel ou DC pour espérer mettre en place par la suite des projets plus personnels auprès des studios. Marvel l’a notamment fait à plusieurs reprises, et devrait continuer de le faire avec la Phase 4 du MCU, dans laquelle on retrouvera deux nouveaux espoirs du cinéma indépendant, Chloé Zhao (The Rider, Nomadland) sur Eternals et Destin Daniel Cretton (States of Grace, La Voie de la justice) sur Shang-Chi.

Néanmoins, James Gray n’a pas seulement voulu s’énerver sur l’état de l’industrie. Il a expliqué que si les audiences des Oscars n'ont cessé de décliner ces dernières années, c’est tout simplement parce que les films ne parviennent plus à marquer le public, qui s’est de facto désintéressé de la cérémonie. Cet état de fait l’a amené à proposer une solution pour soutenir la créativité cinématographique.

 

Photo Robert Pattinson"Comment ça j'ai pas une gueule de film d'auteur ?"

 

“Si les studios étaient intelligents, ils produiraient chacun deux films par an dans lesquels ils investiraient 60 à 70 millions de dollars et qui ne seraient pas programmés pour gagner de l’argent. Deux films pour prendre des risques. Beaucoup seraient certainement mauvais, mais d’autres seraient très bons et, qu’ils gagnent de l’argent ou pas, ils permettraient que le cinéma reste le langage prééminent de la culture.”

En tout cas, James Gray va lui-même réagir en revenant à du drame intime avec l’attendu Armageddon Time, projet basé sur sa jeunesse parmi la classe ouvrière du Queens, qui devrait réunir un casting cinq étoiles : Cate Blanchett, Robert De NiroOscar Isaac et Anne Hathaway. En attendant, vous pouvez toujours retrouver notre critique d’Ad Astra.

Tout savoir sur James Gray

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commentaires
Fabi
05/02/2021 à 13:27

@LeConcombreMoisi
Tu n'as pas tord.

Flo
05/02/2021 à 12:54

Bref il à tort : il n'y aura pas de grand remplacement super héroïque, tous les cinéastes ont le choix de s'essayer à l'exercice (et aux gros moyens surtout) s'ils le veulent, ou pas...
Et si les studios en avaient eu les moyens, ces films auraient plus fortement existé dans sa jeunesse, et il aurait formé ses goûts avec ces atouts supplémentaires - et complémentaires des autres styles cinématographiques existant.

On s'en bat les couilles
05/02/2021 à 12:20

@glass . J'ai touché ta petite fierté ? Faut pas oublier de mettre tes collants et ton masque par la force du grand zorg

Gloss
05/02/2021 à 11:57

@On s'en bas les c*******
Et toi t'as quel âge pour poster un commentaire et un pseudo aussi ridicule? XD

On s'en bat les couilles
05/02/2021 à 11:34

Ceux qui défendent les comics vous avez 4 ans ?

Rick-Ornichon
05/02/2021 à 11:09

autant je suis assez d'accord avec lui, autant je ne brimerai pas pour autant les réalisateurs d'aujourd'hui qui pour exister, sont obligés d'en passer par là. c'est plus Hollywood qu'il faut réprimander.
Mais force est de constater que de plus en plus, des cinéastes même de grand renom se lancent dans le marché du super-héros et des franchises faciles à pognon pour garder des faveurs des producteurs si un jour ils veulent faire quelque chose de plus personnel, mais que souvent, une fois le pied dedans, ils ont bien du mal à en ressortir...
et d'ailleurs, c'est aussi beaucoup le cas des acteurs, qui vont chez Marvel après un parcours incroyable, et ensuite on ils restent dans ce moule et perdent tout le prestige. je pense notamment à des Fassbender, Cumberbatch & co...

Cat24
05/02/2021 à 08:58

Condamner un genre cinématographiques est idiot, c'est comme dire je n'aime pas le rock, je n'aime pas la musique classique. Ce qui compte est que le film soit bon, réponde à ce que cherche le spectateur. En ces temps troublés, il recherche l'évasion, un peu comme pendant la cris des années 30,le public se pressait voir des comédies musicales. J'aime Visconti, Fellini, Ford, Renoir, Losey et j'adore certains films de super héros les Thor en particulier.

Ouais ouais ouais
05/02/2021 à 07:58

Condamner un genre cinématographique révèle un esprit étroit. Ce n'est pas le genre qui compte, mais ce qu'on met dans le film et l'histoire qu'on raconte. Est-ce qu'on condamnerai le "western" parce qu'on a vu une daube ignoble, le rap parce qu'on a écouté Booba ? Généraliser est une preuve d'idiotie. Gray lui même a réalisé des films ennuyeux à mourir et des films très bons. Quand aux détracteurs ("les gens tombent dans le panneau, je suis d'accord avec lui") et bien au vu de leur commentaire absurde, ils n'ont strictement aucune connaissance de l'histoire des comics et de tout ce que ça a apporté au monde en général et au cinéma en particulier. Allez retourner voir vos super flics qui font exploser 3 bagnoles avec une seule balle.

caribou
04/02/2021 à 20:22

@ terryzir
mea culpa !

lisabeth
04/02/2021 à 19:35

Et le pire c'est que les gens tombent dans le panneau car ca stimule leur ego, mais je préfère 1 million de fois l'image du divin masculin qui n'a pas besoin d'un excès de virilité pour etre un homme, qu'un superheros qui montre une image excessive de la virilité.
Faites attention à l'embrigadement que les industries créent avec ces images, cela vous condtionne commercialement, car vous faites tourner ces franchises.
Etant dquelqu'un d'authentique, je n'aime pas les choses crées purement pour le commercial et cela cache justemtn les autres film plus authentiques.
Un peu comme sur youtube, ou les videos les plus populaires sont celles qui sont les plus sensationnelles, alors que les videos plus simples, plus authentiques ne sont aps appréciés à leur jsute valeurs, car les gens veulent du spectacle.
Pour moi cela montre une superficialisation intense de notre humanité, il faut de supers hommes ou des trucs à sensations ou avec des artifices pour intéresser les gens, et ca marche, les gens suivent le troupeau sans rien dire.
mais on utilise le foot ou des choses populaires pour abrutir et fidéliser les masses aveuglées et conditionnées.

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