Ad Astra : critique d'une odyssée spéciale

Alexandre Janowiak | 22 mai 2020
Alexandre Janowiak | 22 mai 2020

Ad Astra, ce soir à 21h06 sur Canal+.

James Gray nous a longtemps mené au coeur de New York. De son quartier natal dépeint dans Little Odessa aux années 20 de The Immigrant, la Grosse Pomme a forgé une bonne partie de sa filmographie. En 2017, le réalisateur avait quitté son terrain de prédilection pour s'enfoncer dans la jungle amazonienne deThe Lost City of Z. Avec Ad AstraJames Gray va encore plus loin et emmène  Brad Pitt dans les confins de l'espace. 

APOCALYPSE FUTURE

Dès les premières annonces, James Gray avait affiché les ambitions d'Ad Astra. Décrivant son film comme un hybride de 2001, l'Odyssée de l'espaceMetropolisBlade Runner et Apocalypse Now. Après visionnage, c'est ce dernier qui semble avoir le plus influencé le réalisateur (aux côtés de Solaris).

L'héritage du long-métrage mythique de Coppola sur la guerre du Viet-Nam, d'ailleurs lui-même largement inspiré du roman Coeur des Ténèbres de Joseph Conrad, est très présent dans cette grande aventure spatiale aux allures de quête. Roy McBride (impressionnant Brad Pitt) est un Willard version astronaute, dont la remontée du fleuve Nung s'est transformée en odyssée au coeur du système solaire.

Les planètes et satellites sont autant d'étapes sur le chemin du héros qui devra affronter entre autres, des pirates de l'espace, offrant au passage l'une des séquences de courses-poursuites les plus folles de l'Histoire du cinéma. Sa quête aux enjeux colossaux le mènera jusqu'à son père disparu, incarné par un Tommy Lee Jones mystique et habité, tel l'inoubliable colonel Brando-Kurtz d'Apocalypse Now.

 

Photo Tommy Lee JonesTommy Lee Jones impeccable

 

DAD ASTRA

Cette quête du père disparu sera le moyen pour James Gray de plonger le spectateur dans une nouvelle étude des relations père/fils, une thématique qui jalonne la filmographie du réalisateur. Sauf qu'ici, oeuvre de science-fiction oblige, la réflexion se révèle plus métaphysique et expérimentale.

C'est sans doute sur ce point qu'Ad Astra divisera fortement le public, d'autant plus que ses intentions n'apparaissent pas clairement dans la promotion du film et ses bandes-annonces à la tonalité épique. Si le film n'est évidemment pas dénué de sublimes séquences d'action et qu'il offre plusieurs moments de forte tension (babouins enragés, poursuites énervées, ouverture vertigineuse, il y en a pour tous les goûts), là n'est pas son objectif.

 

PhotoMad Max dans l'espace

 

Ad Astra, avec toute l'ambition folle qui le caractérise, préfère se concentrer sur la quête intime d'un personnage principal déprimé et perdu. Qu'il s'agisse de sa relation torturée avec son père disparu depuis plus de 16 ans, de sa vie amoureuse détruite par les démons qui le rongent ou finalement d'une solitude intensifiée par un silence oppressant, Roy McBride cherche des réponses existentielles qui dépassent sa destinée personnelle. Ces réponses se trouvent-elles aux confins de l'univers ou simplement sous nos yeux ?

Ses réflexions, Roy McBride les partage avec le spectateur en voix off tout au long du métrage. Un procédé qui rappelle notamment Tree of Life de Terrence Malick, où l'on retrouvait aussi Brad Pitt. La narration jongle alors presque sans transition entre flashbacks et temps réel, conférant parfois au récit une dimension confuse et insondable. Un choix qui décontenancera sans doute une large partie des spectateurs dont la patience sera mise à rude épreuve devant ce road trip SF finalement plus cérébral que spectaculaire. Ad Astra se pose clairement comme l'oeuvre la moins accessible du cinéaste.

 

Photo Brad PittAprès Once Upon a Time... in Hollywood, encore une magnifique performance de Brad Pitt

 

BIG ODYSSEY

Ce montage énigmatique (surtout dans ses débuts) est sans doute la seule chose que l'on pourra reprocher à l'oeuvre de Gray sur la forme tant il écrase parfois la construction narrative du métrage. L'unique chose en tout cas, car si le film est particulièrement ambitieux sur le fond, il l'est encore plus techniquement parlant. La mise en scène de James Gray est toujours aussi inspirée et au-delà, la beauté plastique de Ad Astra est à couper le souffle.

Ainsi, le métrage doit beaucoup à la photographie de Hoyte Van Hoytema (déjà derrière Interstellar), éblouissante à chaque instant. D'une Lune transformée en zone commerciale aux vastes régions en guerre, à Mars en pleine terraformation en passant par la stupéfiante structure terrestre, lui et le chef décorateur Kevin Thompson (Birdman) insufflent une vie complexe à l'univers foisonnant inventé par James Gray et son co-scénariste Ethan Gross.

L'un des plus grands accomplissements restera évidemment la qualité des effets spéciaux. Avec un budget conséquent (environ 90 millions de dollars), Ad Astra avait largement les moyens de ses ambitions et le résultat est plus qu'à la hauteur. On se souviendra de la beauté subjugante des anneaux bleutés de Neptune longtemps après la projection. À l'image du film, ils nous hypnotisent et nous absorbent dans cette quête de l'insaisissable qui semble ne jamais devoir se terminer.

 

Affiche française

Résumé

Malgré de menues imperfections et un tournant expérimental qui divisera, James Gray livre avec Ad Astra une aventure spatiale d'une ambition folle doublée d'une sublime réflexion existentielle sur la solitude et l'Humanité.

Autre avis Simon Riaux
Ad Astra est intelligent, sa tragédie familiale sur fond d'échec cosmique s'avère passionnante... jusqu'à ce que le réalisateur s'enferre dans une mise en scène beaucoup trop théorique et une suite de facilités scénaristiques qui étouffent l'émotion.
Autre avis Geoffrey Crété
Il y a de belles idées théoriques, quelques scènes étonnantes et parfois superbes, et une ambition séduisante. Mais Ad Astra est plombé par une écriture étrange et une distance émotionnelle artificielle. James Gray livre un film-dissertation, voire un film malade, qui se cherche dans trop de directions.
Autre avis Lino Cassinat
Ad Astra réinvente peu la mise en scène du film spatial, et souffre de deux séquences d'actions anecdotiques. Pour autant, c'est un immanquable de cette année grâce à sa très grande richesse thématique, à la performance absolument fabuleuse de Brad Pitt et à la puissance terrassante du regard et de l'écriture de James Gray.

commentaires

Nyarlah
24/05/2020 à 00:26

Je me suis ennuyé. Idée intéressante à la base, mais le scénario et l'éxécution sont juste aléatoires, et ça manque de rythme. J'en attendais bien plus.

Fox
23/05/2020 à 18:10

Endormis pendant la séance. Une daube.

ocani
23/05/2020 à 12:02

@Babar77: Je crois que vous n'avez pas tord, votre reflexion m'a fait bien marré ! Toute fois, de mon coté, j'ai adoré. Il y a clairement une parenté avec Apocalypse Now et surtout de l’œuvre de Terence Malik.
Je comprends qu'on puisse trouver ça chiant mais pour ma part j'ai partagé la solitude de ce mec perdu dans l'espace à la recherche de quelqu'un (moment de "branlette": de lui-meme ?). L'image est magnifique et on a une impression d’être enfermé dans l'espace ce qui est assez opposé.

Loop
23/05/2020 à 11:17

Une partie de l'audience trouve que les séquences d'action ne tiennent pas debout, l'autre considère le film poseur et soporifique.
On pourra remplacer le film par l'épisode 7 de la saison 3 de the crown, Poussière de lune, qui utilise aussi l'espace et son immensité stérile pour raconter une histoire. C'est bien écrit, plus court, moins dépressif, et en guise de scènes d'action, il y a des images d'archives. La thématique n'est pas la même mais vaut le coup d'être vue. Évidemment, on garde les pieds sur terre car la série n'est pas de la SF. Mais si on aime vraiment l'espace, ce qu'il est et ce qu'il représente, sans fioritures, cet épisode est génial.

alulu
23/05/2020 à 11:15

Ni mauvais, ni brillant. Le truc qui m'a fait vraiment chier. Cette voix off qui appuie ce que l'on comprend de l'image, limite redondant et condescendant pour le spectateur et pour Brad Pitt. À croire que James Gray n'avait pas confiance en ce dernier alors qu'il pue le rôle. Il y a aussi cette scène d'action soi-disant magistrale qui fait vraiment cheap et qui est vite expédiée.

KastorSuper
23/05/2020 à 10:34

Et la musique !!!! Elle est exceptionnelle

Y Boy
23/05/2020 à 09:12

@Kyle Reese, anti-Interstellar, c'est exactement ça... D'ailleurs sans nier ses qualités, c'est un des films qui respecte le moins les règles de la physique, à tel point que certaines scènes sont presque irregardables pour les amateurs du domaine. C'est simple, il n'y a que Star Wars qui fait pire.

Kyle Reese
23/05/2020 à 02:23

Je rejoins l’excellente critique un peu plus bas de Flo.
Le film est déjà magnifique visuellement .
C’est effectivement un film intimiste, une introspection.
L’histoire m’avait un peu déçu avec cette fin anti dramatique, je comprend les déçus.
J’en faisais parti.
Mais je l.ai mieux apprécié à la seconde vision.
J’aime le parcours de Pitt qui est fabuleux, tout en maîtrise et retenu, je comprend d’ou il vient et où il va. Son parcours est une analyse.
Ce film a un côté contemplatif que j’aime bcq.
Le film est aussi une sorte de dépression face à l’ambition et l’espoir déçu.
On ressent bien le vide, la froideur, l’hostilité de l’espace.
En fait on n’a pas envie d’y aller faire un tour après son visionnage.
Ce film est une sorte d’anti Interstellar. (que j’adore).
Le grand public ne pouvait être que déçu mais je pense qu’il sera sans doute re évalué avec le temps.

MickeymousE
22/05/2020 à 22:22

AdAstra c'est surtout DésAstra.

Quelques fois on entends ce genre de phrase "voilà pourquoi on aime le cinéma (ou le foot ou etc).

Clairement ce genre de film plus jamais ça! Par pitié et disons simplement si Brad Pitt s'est embarqué dans projet foireux c'était (on l'espère) uniquement pour pouvoir dire à ses potes Clooney et Damon: "Hey les gars moi aussi j'ai fais mon film de SF".

Long, soporifique, des scènes complétement inutile, une histoire vraiment à la con "hey on a un problème au fin fond de la galaxie, vite faut aller réparer avant que tout part en vrille".

Un film (comme souvent ces dernières années) avec beaucoup de fric, des acteurs, peu voir pas d'histoire, insipide et fade.

personne n'y croyait chez les producteurs d'où ils rectifié toute leur campagne de com, expliquer ce film pour le rendre intéressant c'était trop simplement merdique.

Et pour être honnête, avant d'aller le voir au cinéma, je n'avais aucun apriori et comme j'adore la SF, je suis bon client donc je paie ma place. C'était long et malaisant tellement on a du mal à comprendre où va le film.

Potentiellement la seule vérité c'est qu'ils étaient parfait pour créer une série netflix quand on regarde le découpage y'avais moyen de faire 8 épisodes (plus travaillé quand même) .

Plus jamais ça!

maxleresistant
22/05/2020 à 22:04

décidemment le cinéma de James Gray c'est vraiment pas ma came.

Vu Ad Astra et comme tous ces autres films, j'ai trouvé ça d'un ennui consternant. Lost city of Z était fascinant quand meme. Mais c'est le seul

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