Films

Ad Astra : critique d’une odyssée spéciale

Par Alexandre Janowiak
31 octobre 2021
MAJ : 3 novembre 2021
66 commentaires

James Gray nous a longtemps mené au coeur de New York. De son quartier natal dépeint dans Little Odessa aux années 20 de The Immigrant, la Grosse Pomme a forgé une bonne partie de sa filmographie. En 2017, le réalisateur avait quitté son terrain de prédilection pour s’enfoncer dans la jungle amazonienne deThe Lost City of Z. Avec Ad AstraJames Gray va encore plus loin et emmène  Brad Pitt dans les confins de l’espace. 

Photo Brad Pitt

APOCALYPSE FUTURE

Dès les premières annonces, James Gray avait affiché les ambitions d’Ad Astra. Décrivant son film comme un hybride de 2001, l’Odyssée de l’espaceMetropolisBlade Runner et Apocalypse Now. Après visionnage, c’est ce dernier qui semble avoir le plus influencé le réalisateur (aux côtés de Solaris).

L’héritage du long-métrage mythique de Coppola sur la guerre du Viet-Nam, d’ailleurs lui-même largement inspiré du roman Coeur des Ténèbres de Joseph Conrad, est très présent dans cette grande aventure spatiale aux allures de quête. Roy McBride (impressionnant Brad Pitt) est un Willard version astronaute, dont la remontée du fleuve Nung s’est transformée en odyssée au coeur du système solaire.

Les planètes et satellites sont autant d’étapes sur le chemin du héros qui devra affronter entre autres, des pirates de l’espace, offrant au passage l’une des séquences de courses-poursuites les plus folles de l’Histoire du cinéma. Sa quête aux enjeux colossaux le mènera jusqu’à son père disparu, incarné par un Tommy Lee Jones mystique et habité, tel l’inoubliable colonel Brando-Kurtz dApocalypse Now.

 

Photo Tommy Lee JonesTommy Lee Jones impeccable

 

DAD ASTRA

Cette quête du père disparu sera le moyen pour James Gray de plonger le spectateur dans une nouvelle étude des relations père/fils, une thématique qui jalonne la filmographie du réalisateur. Sauf qu’ici, oeuvre de science-fiction oblige, la réflexion se révèle plus métaphysique et expérimentale.

C’est sans doute sur ce point qu’Ad Astra divisera fortement le public, d’autant plus que ses intentions n’apparaissent pas clairement dans la promotion du film et ses bandes-annonces à la tonalité épique. Si le film n’est évidemment pas dénué de sublimes séquences d’action et qu’il offre plusieurs moments de forte tension (babouins enragés, poursuites énervées, ouverture vertigineuse, il y en a pour tous les goûts), là n’est pas son objectif.

 

PhotoMad Max dans l’espace

 

Ad Astra, avec toute l’ambition folle qui le caractérise, préfère se concentrer sur la quête intime d’un personnage principal déprimé et perdu. Qu’il s’agisse de sa relation torturée avec son père disparu depuis plus de 16 ans, de sa vie amoureuse détruite par les démons qui le rongent ou finalement d’une solitude intensifiée par un silence oppressant, Roy McBride cherche des réponses existentielles qui dépassent sa destinée personnelle. Ces réponses se trouvent-elles aux confins de l’univers ou simplement sous nos yeux ?

Ses réflexions, Roy McBride les partage avec le spectateur en voix off tout au long du métrage. Un procédé qui rappelle notamment Tree of Life de Terrence Malick, où l’on retrouvait aussi Brad Pitt. La narration jongle alors presque sans transition entre flashbacks et temps réel, conférant parfois au récit une dimension confuse et insondable. Un choix qui décontenancera sans doute une large partie des spectateurs dont la patience sera mise à rude épreuve devant ce road trip SF finalement plus cérébral que spectaculaire. Ad Astra se pose clairement comme l’oeuvre la moins accessible du cinéaste.

 

Photo Brad PittAprès Once Upon a Time… in Hollywood, encore une magnifique performance de Brad Pitt

 

BIG ODYSSEY

Ce montage énigmatique (surtout dans ses débuts) est sans doute la seule chose que l’on pourra reprocher à l’oeuvre de Gray sur la forme tant il écrase parfois la construction narrative du métrage. L’unique chose en tout cas, car si le film est particulièrement ambitieux sur le fond, il l’est encore plus techniquement parlant. La mise en scène de James Gray est toujours aussi inspirée et au-delà, la beauté plastique de Ad Astra est à couper le souffle.

Ainsi, le métrage doit beaucoup à la photographie de Hoyte Van Hoytema (déjà derrière Interstellar), éblouissante à chaque instant. D’une Lune transformée en zone commerciale aux vastes régions en guerre, à Mars en pleine terraformation en passant par la stupéfiante structure terrestre, lui et le chef décorateur Kevin Thompson (Birdman) insufflent une vie complexe à l’univers foisonnant inventé par James Gray et son co-scénariste Ethan Gross.

L’un des plus grands accomplissements restera évidemment la qualité des effets spéciaux. Avec un budget conséquent (environ 90 millions de dollars), Ad Astra avait largement les moyens de ses ambitions et le résultat est plus qu’à la hauteur. On se souviendra de la beauté subjugante des anneaux bleutés de Neptune longtemps après la projection. À l’image du film, ils nous hypnotisent et nous absorbent dans cette quête de l’insaisissable qui semble ne jamais devoir se terminer.

 

Affiche française

Rédacteurs :
Résumé

Malgré de menues imperfections et un tournant expérimental qui divisera, James Gray livre avec Ad Astra une aventure spatiale d'une ambition folle doublée d'une sublime réflexion existentielle sur la solitude et l'Humanité.

Autres avis
  • Simon Riaux

    Ad Astra est intelligent, sa tragédie familiale sur fond d'échec cosmique s'avère passionnante... jusqu'à ce que le réalisateur s'enferre dans une mise en scène beaucoup trop théorique et une suite de facilités scénaristiques qui étouffent l'émotion.

  • Geoffrey Crété

    Il y a de belles idées théoriques, quelques scènes étonnantes et parfois superbes, et une ambition séduisante. Mais Ad Astra est plombé par une écriture étrange et une distance émotionnelle artificielle. James Gray livre un film-dissertation, voire un film malade, qui se cherche dans trop de directions.

  • Lino Cassinat

    Ad Astra réinvente peu la mise en scène du film spatial, et souffre de deux séquences d'actions anecdotiques. Pour autant, c'est un immanquable de cette année grâce à sa très grande richesse thématique, à la performance absolument fabuleuse de Brad Pitt et à la puissance terrassante du regard et de l'écriture de James Gray.

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Commentaires
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66 Commentaires
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Benn

L’attente devient interminable.

Okay

Oh ouiii merci… j’en ai les larmes aux yeux et des papillons dans le ventre… Impatient de découvrir ça en salle. Dolby ou Imax à votre avis?

Moody

Merci ! J’attends ce film depuis très longtemps. Pouvez-vous communiquer sur la durée de ce film ??? Merci d’avance

Hasgarn

J’avais envie de le voir, maintenant je trépigne…

captp

la ba m’avait déjà bien fait de l’œil ,mais là vous avez clairement mis le curseur dans le rouge 🙂