Ad Astra : critique d'une odyssée spéciale

Alexandre Janowiak | 30 août 2019 - MAJ : 18/09/2019 14:40
Alexandre Janowiak | 30 août 2019 - MAJ : 18/09/2019 14:40

James Gray nous a longtemps mené au coeur de New York. De son quartier natal dépeint dans Little Odessa aux années 20 de The Immigrant, la Grosse Pomme a forgé une bonne partie de sa filmographie. En 2017, le réalisateur avait quitté son terrain de prédilection pour s'enfoncer dans la jungle amazonienne deThe Lost City of Z. Avec Ad AstraJames Gray va encore plus loin et emmène  Brad Pitt dans les confins de l'espace. 

APOCALYPSE FUTURE

Dès les premières annonces, James Gray avait affiché les ambitions d'Ad Astra. Décrivant son film comme un hybride de 2001, l'Odyssée de l'espaceMetropolisBlade Runner et Apocalypse Now. Après visionnage, c'est ce dernier qui semble avoir le plus influencé le réalisateur (aux côtés de Solaris).

L'héritage du long-métrage mythique de Coppola sur la guerre du Viet-Nam, d'ailleurs lui-même largement inspiré du roman Coeur des Ténèbres de Joseph Conrad, est très présent dans cette grande aventure spatiale aux allures de quête. Roy McBride (impressionnant Brad Pitt) est un Willard version astronaute, dont la remontée du fleuve Nung s'est transformée en odyssée au coeur du système solaire.

Les planètes et satellites sont autant d'étapes sur le chemin du héros qui devra affronter entre autres, des pirates de l'espace, offrant au passage l'une des séquences de courses-poursuites les plus folles de l'Histoire du cinéma. Sa quête aux enjeux colossaux le mènera jusqu'à son père disparu, incarné par un Tommy Lee Jones mystique et habité, tel l'inoubliable colonel Brando-Kurtz d'Apocalypse Now.

 

Photo Tommy Lee JonesTommy Lee Jones impeccable

 

DAD ASTRA

Cette quête du père disparu sera le moyen pour James Gray de plonger le spectateur dans une nouvelle étude des relations père/fils, une thématique qui jalonne la filmographie du réalisateur. Sauf qu'ici, oeuvre de science-fiction oblige, la réflexion se révèle plus métaphysique et expérimentale.

C'est sans doute sur ce point qu'Ad Astra divisera fortement le public, d'autant plus que ses intentions n'apparaissent pas clairement dans la promotion du film et ses bandes-annonces à la tonalité épique. Si le film n'est évidemment pas dénué de sublimes séquences d'action et qu'il offre plusieurs moments de forte tension (babouins enragés, poursuites énervées, ouverture vertigineuse, il y en a pour tous les goûts), là n'est pas son objectif.

 

PhotoMad Max dans l'espace

 

Ad Astra, avec toute l'ambition folle qui le caractérise, préfère se concentrer sur la quête intime d'un personnage principal déprimé et perdu. Qu'il s'agisse de sa relation torturée avec son père disparu depuis plus de 16 ans, de sa vie amoureuse détruite par les démons qui le rongent ou finalement d'une solitude intensifiée par un silence oppressant, Roy McBride cherche des réponses existentielles qui dépassent sa destinée personnelle. Ces réponses se trouvent-elles aux confins de l'univers ou simplement sous nos yeux ?

Ses réflexions, Roy McBride les partage avec le spectateur en voix off tout au long du métrage. Un procédé qui rappelle notamment Tree of Life de Terrence Malick, où l'on retrouve aussi Brad Pitt. La narration jongle alors presque sans transition entre flashbacks et temps réel, conférant parfois au récit une dimension confuse et insondable. Un choix qui décontenancera sans doute une large partie des spectateurs dont la patience sera mise à rude épreuve devant ce road trip SF finalement plus cérébral que spectaculaire. Ad Astra se pose clairement comme l'oeuvre la moins accessible du cinéaste.

 

Photo Brad PittAprès Once Upon a Time... in Hollywood, encore une magnifique performance de Brad Pitt

 

BIG ODYSSEY

Ce montage énigmatique (surtout dans ses débuts) est sans doute la seule chose que l'on pourra reprocher à l'oeuvre de Gray sur la forme tant il écrase parfois la construction narrative du métrage. L'unique chose en tout cas, car si le film est particulièrement ambitieux sur le fond, il l'est encore plus techniquement parlant. La mise en scène de James Gray est toujours aussi inspirée et au-delà, la beauté plastique de Ad Astra est à couper le souffle.

Ainsi, le métrage doit beaucoup à la photographie de Hoyte Van Hoytema (déjà derrière Interstellar), éblouissante à chaque instant. D'une Lune transformée en zone commerciale aux vastes régions en guerre, à Mars en pleine terraformation en passant par la stupéfiante structure terrestre, lui et le chef décorateur Kevin Thompson (Birdman) insufflent une vie complexe à l'univers foisonnant inventé par James Gray et son co-scénariste Ethan Gross.

L'un des plus grands accomplissements restera évidemment la qualité des effets spéciaux. Avec un budget conséquent (environ 90 millions de dollars), Ad Astra avait largement les moyens de ses ambitions et le résultat est plus qu'à la hauteur. On se souviendra de la beauté subjugante des anneaux bleutés de Neptune longtemps après la projection. À l'image du film, ils nous hypnotisent et nous absorbent dans cette quête de l'insaisissable qui semble ne jamais devoir se terminer.

 

Affiche française

Résumé

Malgré de menues imperfections et un tournant expérimental qui divisera, James Gray livre avec Ad Astra une aventure spatiale d'une ambition folle doublée d'une sublime réflexion existentielle sur la solitude et l'Humanité.

Autre avis Simon Riaux
Ad Astra est intelligent, sa tragédie familiale sur fond d'échec cosmique s'avère passionnante... jusqu'à ce que le réalisateur s'enferre dans une mise en scène beaucoup trop théorique et une suite de facilités scénaristiques qui étouffent l'émotion.
Autre avis Geoffrey Crété
Il y a de belles idées théoriques, quelques scènes étonnantes et parfois superbes, et une ambition séduisante. Mais Ad Astra est plombé par une écriture étrange et une distance émotionnelle artificielle. James Gray livre un film-dissertation, voire un film malade, qui se cherche dans trop de directions.
Autre avis Lino Cassinat
Ad Astra réinvente peu la mise en scène du film spatial, et souffre de deux séquences d'actions anecdotiques. Pour autant, c'est un immanquable de cette année grâce à sa très grande richesse thématique, à la performance absolument fabuleuse de Brad Pitt et à la puissance terrassante du regard et de l'écriture de James Gray.

commentaires

Eddir9Felson
01/10/2019 à 07:32

Une vrai purge!
Et je l’attendais ce film!!! Fan de SF, n’ayant pas peur du contemplatif (j’aime Interstellar et Blade Runner 2049), ce film traîne considérablement en longueur son inconsistante trame scénaristique soupoudré d’une psychanalyse, en voix off, de bas étage pour accoucher d’un Everest d’inconsistance approchant le trou noir du 7ème art! Vite... ah non, malheireusement!.... vu et aussitôt oublié! Passez votre chemin!

angra
30/09/2019 à 08:27

Film long et ennuyeux. Des scènes sans intérêt et donc on se demande pourquoi elles sont là ( le vaisseau en détresse avec des singes à bord........................ vraiment n'importe quoi............ celà n'amène vraiment rien au récit).Ce film m'a fait penser à Apocalypse Now mais en beaucoup moins bon. A voir en VOD . Grosse déception.

Ma
24/09/2019 à 09:27

Extremement mauvais. Des incoherences partout du ex machina partout pour un scenario vraiment faible.

Et les critiques encencent vraiment ca ??

Le seul point positif est l'esthetique par moment.

Un vrai navet. La reflexion qui aurait pu etre le coeur du film est du debut a la fin incipide et peu inspiree.

A fuir

jesuisdeception
23/09/2019 à 12:06

Déçu.
C'est Armageddon version J.Gray.

Coco
22/09/2019 à 19:58

Un vrai navet, aucune histoire, scénario faible, peu de dialogues, huis clos très mou, parfait pour s'endormir. Je regrette le prix de ma place de ciné

jorgio69
22/09/2019 à 14:19

Je suis plus de l'avis de M. Riaux.
Le film m'a fait voir l'espace comme rarement. Beaucoup de scènes sont magnifiques. Brad Pitt est génial.
Mais la dernière partie sur Neptune est décevante en terme de narration mais je ne pense pas qu'il aurait pu en être autrement. Cela peut finir par se faire s'interroger sur le pourquoi du film ou plutôt la quête du héros tant le fond s’avère banal.
La thérapie la plus chère de l'histoire de l'humanité.

Donald
22/09/2019 à 14:05

Si cela marche pour Neptune, pourquoi pas les ouragans?

prometheus
20/09/2019 à 23:43

Quel déception...
Ce n'est pas tant le relatif manque d'action mais plutôt la finalité de l'histoire... Le dernier quart d'heures est franchement risible.
Je préfère oublier ces 2h04 de mon temps que j'ai perdues.

Pat
20/09/2019 à 20:08

Pas un film extraordinaire mais un bon et joli film dommage que la poursuite avec les pirates sur la Lune ne dure pas plus longtemps.

Baneath88
19/09/2019 à 12:30

Perso, je suis un peu déçu.
Le film est une pépite d'un point de vue esthétique (photographie stellaire, bande son étoilée).
Brad Pitt n'a jamais été autant dans la retenue, et ça lui va très bien.
Gray fait montre d'une assurance indéniable (quelques moments de tension très efficaces).
MAIS en termes d'histoire, on a pas affaire à une proposition d'une originalité sans faille, très loin de là.
Après Gravity, First Man ou également Annihilation, voilà une autre œuvre qui se sert de la SF comme d'un substrat pour une intrigue tenant plus du drame psychanalytique.
Et donc, à partir de là, le film se révèle pataud (dans son final) et un peu longuet quand on a compris de quoi il retournait.

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