Ad Astra : critique d'une odyssée spéciale

Alexandre Janowiak | 22 mai 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 22 mai 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

James Gray nous a longtemps mené au coeur de New York. De son quartier natal dépeint dans Little Odessa aux années 20 de The Immigrant, la Grosse Pomme a forgé une bonne partie de sa filmographie. En 2017, le réalisateur avait quitté son terrain de prédilection pour s'enfoncer dans la jungle amazonienne deThe Lost City of Z. Avec Ad AstraJames Gray va encore plus loin et emmène  Brad Pitt dans les confins de l'espace. 

APOCALYPSE FUTURE

Dès les premières annonces, James Gray avait affiché les ambitions d'Ad Astra. Décrivant son film comme un hybride de 2001, l'Odyssée de l'espaceMetropolisBlade Runner et Apocalypse Now. Après visionnage, c'est ce dernier qui semble avoir le plus influencé le réalisateur (aux côtés de Solaris).

L'héritage du long-métrage mythique de Coppola sur la guerre du Viet-Nam, d'ailleurs lui-même largement inspiré du roman Coeur des Ténèbres de Joseph Conrad, est très présent dans cette grande aventure spatiale aux allures de quête. Roy McBride (impressionnant Brad Pitt) est un Willard version astronaute, dont la remontée du fleuve Nung s'est transformée en odyssée au coeur du système solaire.

Les planètes et satellites sont autant d'étapes sur le chemin du héros qui devra affronter entre autres, des pirates de l'espace, offrant au passage l'une des séquences de courses-poursuites les plus folles de l'Histoire du cinéma. Sa quête aux enjeux colossaux le mènera jusqu'à son père disparu, incarné par un Tommy Lee Jones mystique et habité, tel l'inoubliable colonel Brando-Kurtz d'Apocalypse Now.

 

Photo Tommy Lee JonesTommy Lee Jones impeccable

 

DAD ASTRA

Cette quête du père disparu sera le moyen pour James Gray de plonger le spectateur dans une nouvelle étude des relations père/fils, une thématique qui jalonne la filmographie du réalisateur. Sauf qu'ici, oeuvre de science-fiction oblige, la réflexion se révèle plus métaphysique et expérimentale.

C'est sans doute sur ce point qu'Ad Astra divisera fortement le public, d'autant plus que ses intentions n'apparaissent pas clairement dans la promotion du film et ses bandes-annonces à la tonalité épique. Si le film n'est évidemment pas dénué de sublimes séquences d'action et qu'il offre plusieurs moments de forte tension (babouins enragés, poursuites énervées, ouverture vertigineuse, il y en a pour tous les goûts), là n'est pas son objectif.

 

PhotoMad Max dans l'espace

 

Ad Astra, avec toute l'ambition folle qui le caractérise, préfère se concentrer sur la quête intime d'un personnage principal déprimé et perdu. Qu'il s'agisse de sa relation torturée avec son père disparu depuis plus de 16 ans, de sa vie amoureuse détruite par les démons qui le rongent ou finalement d'une solitude intensifiée par un silence oppressant, Roy McBride cherche des réponses existentielles qui dépassent sa destinée personnelle. Ces réponses se trouvent-elles aux confins de l'univers ou simplement sous nos yeux ?

Ses réflexions, Roy McBride les partage avec le spectateur en voix off tout au long du métrage. Un procédé qui rappelle notamment Tree of Life de Terrence Malick, où l'on retrouvait aussi Brad Pitt. La narration jongle alors presque sans transition entre flashbacks et temps réel, conférant parfois au récit une dimension confuse et insondable. Un choix qui décontenancera sans doute une large partie des spectateurs dont la patience sera mise à rude épreuve devant ce road trip SF finalement plus cérébral que spectaculaire. Ad Astra se pose clairement comme l'oeuvre la moins accessible du cinéaste.

 

Photo Brad PittAprès Once Upon a Time... in Hollywood, encore une magnifique performance de Brad Pitt

 

BIG ODYSSEY

Ce montage énigmatique (surtout dans ses débuts) est sans doute la seule chose que l'on pourra reprocher à l'oeuvre de Gray sur la forme tant il écrase parfois la construction narrative du métrage. L'unique chose en tout cas, car si le film est particulièrement ambitieux sur le fond, il l'est encore plus techniquement parlant. La mise en scène de James Gray est toujours aussi inspirée et au-delà, la beauté plastique de Ad Astra est à couper le souffle.

Ainsi, le métrage doit beaucoup à la photographie de Hoyte Van Hoytema (déjà derrière Interstellar), éblouissante à chaque instant. D'une Lune transformée en zone commerciale aux vastes régions en guerre, à Mars en pleine terraformation en passant par la stupéfiante structure terrestre, lui et le chef décorateur Kevin Thompson (Birdman) insufflent une vie complexe à l'univers foisonnant inventé par James Gray et son co-scénariste Ethan Gross.

L'un des plus grands accomplissements restera évidemment la qualité des effets spéciaux. Avec un budget conséquent (environ 90 millions de dollars), Ad Astra avait largement les moyens de ses ambitions et le résultat est plus qu'à la hauteur. On se souviendra de la beauté subjugante des anneaux bleutés de Neptune longtemps après la projection. À l'image du film, ils nous hypnotisent et nous absorbent dans cette quête de l'insaisissable qui semble ne jamais devoir se terminer.

 

Affiche française

Résumé

Malgré de menues imperfections et un tournant expérimental qui divisera, James Gray livre avec Ad Astra une aventure spatiale d'une ambition folle doublée d'une sublime réflexion existentielle sur la solitude et l'Humanité.

Autre avis Simon Riaux
Ad Astra est intelligent, sa tragédie familiale sur fond d'échec cosmique s'avère passionnante... jusqu'à ce que le réalisateur s'enferre dans une mise en scène beaucoup trop théorique et une suite de facilités scénaristiques qui étouffent l'émotion.
Autre avis Geoffrey Crété
Il y a de belles idées théoriques, quelques scènes étonnantes et parfois superbes, et une ambition séduisante. Mais Ad Astra est plombé par une écriture étrange et une distance émotionnelle artificielle. James Gray livre un film-dissertation, voire un film malade, qui se cherche dans trop de directions.
Autre avis Lino Cassinat
Ad Astra réinvente peu la mise en scène du film spatial, et souffre de deux séquences d'actions anecdotiques. Pour autant, c'est un immanquable de cette année grâce à sa très grande richesse thématique, à la performance absolument fabuleuse de Brad Pitt et à la puissance terrassante du regard et de l'écriture de James Gray.
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Lecteurs

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commentaires
Miami81
16/03/2021 à 21:35

Cérébral et assez lent dans l ensemble, la poésie d un 2001 en moins, mais avec suffisamment de scènes chocs inattendues pour tenir éveillé.
Et puis c est toujours sympa d entendre les VF de Brad Pitt et Jones.

Monsieur Vide
25/02/2021 à 20:03

Il y avait presque tout pour en faire un de mes films préférés au final quelque chose de gâché. Un classicisme je trouve qui empêche l'empathie. Le côté planant est trop froid. Il manque une âme à ce film, contrairement à la critique de E.L. Après les goûts.. dommage.

Patatroche
30/11/2020 à 12:04

A croire que les organismes en charge de la sélection des astro / cosmo / spatio nautes ne retiennent les candidatures que des plus névrosés...

OmerFrance70
26/07/2020 à 17:48

Et la musique !!!! Elle est exceptionnelle.

=> J'ai 48 ans, fan de BO (et de film) depuis mes 18 ans. La BO n'a rien d'exeptionnelle du tout, elle n'existe pas, tout simplement! je viens de finir le film et je me demande même s'il y en avait une! C'est en lisant les commentaires ici-même que je me demande si les ge,ns commentent en fonction de leur expérience ou s'ils sont juste payé pour le faire parce qu'il en faut du courage pour oser défendre ou trouver quoique ce soit de bien dans ce film (et j'adore James Gray).

ce film est une daube relativement total! On s'y fait chié d'entré et plus ça viens et pire c'est! Qu'a cela ne tienne, certain film ont cette composante là tout en ayant un contenu prennant, une manière de filmé qui retient l'attention! Y'a même pas ça, c'est de la SF en milieu fermé dans l'espace et c'est mal retranscrit! Bah, passons, le contenu pshychologique, les thèmes abordés, la trame de déroulement ... on se dit que le film doit être probant sur ces points! Non, pas du tout! le niveau pshy des perso est d'une simplicité telle qu'on a l'impression que les thèmes abordés le sont pas une personne ayant vu et lu 1 bouquin/film dans sa vie! C'est digne d'un gosse de 15 ans, pas plus tellement les thèmes sont "de bases" mais surtout, surtout, abordés sans uncune profondeur, imposé par une narration soporifique qui plus est est redondante (le double narration descriptive d'une scène où totu est déjà évident, vous pouvez retrouver ça dans les fumetti des années 60-70 et ça a vite été abandonné parce freinant la narration comme si vous aviez une fusée saturne V accroché a vos pieds, l'effet est ultra immédiat, c'est ultra chiant voir carrément énervant car on se dit immédiatement "le réalisateur est d'une nullité absolue pour mettre un truc pareil dans un film).

La crédibilité du film est immédiatement mise à mal avec cette ambiance un tantinet torturée où tout est volontairement sombre et terne, non seulement le cadre mais aussi le ton martial, enfin plutôt scientifico-milatario-dictatorial. C'est même en total décalage humainement parlant et valable tant sur terre et encore plus incongru placé dans un cadre spacial! Les astronautes sont pris par une hiérarchie qui ne permet rien, pas même la libre expression de ses propres sentiments! L'idée du contrôle total imposé dans le cadre espace, c'est d'une telle nullité, tout juste du niveau d'un Ed Wood et série Ultra Z! Une idée qui as sans doute semblé charmer Gray et les auteurs mais qui ne tiens pas debout du tout au départ (et surtout pas dans ce cadre et c'est très souvent très récurrent dans les films de SF d'ailleurs! Les astornautes sont considérés et utilisés afin de montrer les travers des comportements humains dans un milieu clos ... sauf que dans la réalité, les astronautes sont entrainés et choisit en fonction de leur aptitudes physiques mais pas que, pas du tout, les cinglés avec des problèmes caractériels en tout genre, sans contrôle de soit, stupides au point de ne pouvoir gérer des rapports humains voir des situations ultra stressantes toujours possible dans ce cadre et ces personnes sont surtout et avant tout posé, intélligente et rôdé a ses situations.

Dans ce film, les acteurs/astronautes sont d'emblés mis dans un contexte oppressif et dictatorial qui est juste l'absolu contraire de ce qu'il faut faire dans l'espace! Immanquablement, à la moindre situation scabreuse, ça ne peux que partir en vrille, même sous cachetons calmant ... et être sous cachetons dans l'espace où l'humain se doit d'être en pleine capacité de maitrisé ses meilleures aptitudes .... rhooo .... y'a qu'un gosse ou un newbie total du domaine spacial capable de mettre une telle composante dans un film!

Je pourrai continuer ad-vital. Ce film est une daube totalement insondable. Tout y est raté et sent clairement la non maîtrise du sujet et ce, dans tout les aspects du film!

Seule consolation, les acteurs tiennent leur rôle ... remarque, c'est pas que la tâche soit difficile en soit parce qu'ils n'expriment absolument rien du tout si ce n'est une terne morosité passive (ne cherchez pas un seul sourire ou simplement une trace de particularité marquant un trait d'une personnalité, il n'y en a pas, jamais ce qui contribue à la chiatitude intégral du film qui n'est même pas représentatif de l'humain et de sa pshyché ... ce qui est en droite contradiction avec ce qui semble être le vrai but du film, les remous des sentiments humains et comment une ligne de vie terne et contrôlés finit soit par conduire au suicide, soit à la résignation!

Tout est sombre, tout est terne, le film conte la fin de l'humanité parce que d'être humain, il n'y en a pas dans ce film! Juste des guignols auto-guidés et résignés ...

Et encore, là, je me permet d'explorer par manque de contenu et de piste du film, qui lance des pistes mais au final, ne les explore pas du tout ou alors, très mal ... non, pas du tout!

Ce qui est consternant, c'est que très visiblement, le film ne se veux pas tappe à l'oeil et ne vise pas du tout le succès commercial. Film d'auteur on pourrait croire mais non, juste une tentative très maladroite d'allez faire de la pshychologie de bazar sur l'humain et sa physhé basé sur le contexte SF (dont c'est clairement le but depuis son origine, là, l'exploitation de cette idée tourne au cliché tellement ça crève les yeux et tellement c'est mal fait/exploité). Pour faire un film d'auteur sur cette base là, il faut connaitre le domaine et être plongé dedans depuis longtemps pour pouvoir ressortir ça sur la pelicule! Là, force est de constater que Gray a juste voulu tenté de rentrer dans un domaine qu'il ne comprend pas et n'a pas su retranscrire parce qu'il n'avait pas les armes pour le faire avec tallent! Ca arrive de se planter et là, le plantage est très large. Tout respire le raté du gars qui a des idées sur un sujet mais trop en surface, bien trop d'amateurisme dans la connaissance du sujet (et humain, et du cadre SF, et des ressorts même parfois lent qui font retenir l'attention du spectateur sur un film).

C'est clairement un gros raté et on ne se souviendras de ce film que dans ce sens là, mais au final, il seras juste jetté aux oubliettes, a n'en pas douter!

Nyarlah
24/05/2020 à 00:26

Je me suis ennuyé. Idée intéressante à la base, mais le scénario et l'éxécution sont juste aléatoires, et ça manque de rythme. J'en attendais bien plus.

Fox
23/05/2020 à 18:10

Endormis pendant la séance. Une daube.

ocani
23/05/2020 à 12:02

@Babar77: Je crois que vous n'avez pas tord, votre reflexion m'a fait bien marré ! Toute fois, de mon coté, j'ai adoré. Il y a clairement une parenté avec Apocalypse Now et surtout de l’œuvre de Terence Malik.
Je comprends qu'on puisse trouver ça chiant mais pour ma part j'ai partagé la solitude de ce mec perdu dans l'espace à la recherche de quelqu'un (moment de "branlette": de lui-meme ?). L'image est magnifique et on a une impression d’être enfermé dans l'espace ce qui est assez opposé.

Loop
23/05/2020 à 11:17

Une partie de l'audience trouve que les séquences d'action ne tiennent pas debout, l'autre considère le film poseur et soporifique.
On pourra remplacer le film par l'épisode 7 de la saison 3 de the crown, Poussière de lune, qui utilise aussi l'espace et son immensité stérile pour raconter une histoire. C'est bien écrit, plus court, moins dépressif, et en guise de scènes d'action, il y a des images d'archives. La thématique n'est pas la même mais vaut le coup d'être vue. Évidemment, on garde les pieds sur terre car la série n'est pas de la SF. Mais si on aime vraiment l'espace, ce qu'il est et ce qu'il représente, sans fioritures, cet épisode est génial.

alulu
23/05/2020 à 11:15

Ni mauvais, ni brillant. Le truc qui m'a fait vraiment chier. Cette voix off qui appuie ce que l'on comprend de l'image, limite redondant et condescendant pour le spectateur et pour Brad Pitt. À croire que James Gray n'avait pas confiance en ce dernier alors qu'il pue le rôle. Il y a aussi cette scène d'action soi-disant magistrale qui fait vraiment cheap et qui est vite expédiée.

KastorSuper
23/05/2020 à 10:34

Et la musique !!!! Elle est exceptionnelle

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