Netflix se lance dans l'exploitation salles et va ouvrir un cinéma pour diffuser ses productions

Mathieu Jaborska | 26 novembre 2019 - MAJ : 26/11/2019 14:28
Mathieu Jaborska | 26 novembre 2019 - MAJ : 26/11/2019 14:28

Depuis l'affaire Okja à Cannes, le rapport entre SVoD et circuit salles est un débat sans fin. Quand il s'agit de Netflix, c'est encore plus compliqué.

Le service de streaming fournit des productions originales assez ambitieuses, à l'image bien sûr de l'événement The Irishman, film-fleuve de 3 heures et demie signé Martin Scorsese. En France, impossible de le voir sur grand écran, à moins d'être journaliste ou de parasiter les salles belges, la faute entre autres à la chronologie des médias. Dans les autres pays, c'est différent. Aux États-Unis, la plateforme s'autorise de temps en temps des partenariats avec des distributeurs, afin de faire profiter à certaines salles leur catalogue.

 

Photo Jesse Plemons, Ray Romano, Robert De Niro, Al PacinoLa belle bande de The Irishman

 

On est cependant très loin de vraies exploitations : Netflix veut garder l'exclusivité sur le mode de diffusion, mais profiter économiquement des revenus générés par ces quelques cinémas. C'est ce qui a été fait avec le nouvel essai de Noah BaumbachMarriage Story. Grâce à son casting prestigieux comprenant Adam Driver et Scarlett Johansson, le long-métrage est particulièrement attendu, et il a pu bénéficier d'une salle rouverte spécialement pour l'occasion : le Paris Theatre. Malheureusement, les Franciliens seront déçus d'apprendre que, malgré son nom, ce cinéma n'est pas localisé dans la Ville lumière, mais en plein New York.

Mais ça n'était que le début. Selon Deadline, le service a signé un bail de 10 ans avec cette salle, afin d'y diffuser ses productions. Les New-Yorkais auront donc le plaisir de pouvoir en découvrir sur grand écran. C'est aussi peut-être un bon moyen de convaincre encore plus de cinéastes de prestige de s'engager avec Netflix. Beaucoup déplorent de ne pas voir leur oeuvre dans ce format, institutionnel et apprécié. Ted Sarandos, responsable du contenu et numéro 2 de la firme, s'en est félicité au passage.

"Vieux de 71 ans, le Paris Theatre a un héritage historique, et reste la destination pour une expérience de cinéma unique. Nous sommes incroyablement fiers de préserver cette institution new-yorkaise pour qu'elle continue à être un refuge filmique pour les cinéphiles."

 

Photo Scarlett Johansson, Adam DriverGrosse ambiance dans Marriage Story

 

Pas sûr que les aficionados du lieu soient aussi enthousiastes qu'il le décrit. Dernière salle à n'être dotée que d'un écran à Manhattan, le Paris Theatre a ouvert pour la première fois en 1948. Au fil du temps, il est devenu un endroit culte, multipliant les projections prestigieuses. Certes, il est désormais sauvé de la fermeture, mais il ne servira plus que de vitrine au service de SVoD.

Une telle révélation interroge sur les intentions réelles de Netflix, qui aimerait quand même bien squatter un peu plus les cinémas américains. Cette acquisition n'est peut-être que le début d'une politique qui pourrait brouiller encore plus les frontières entre streaming et diffusion en salles. En France, ça risque d'être encore plus compliqué. The Irishman sera diffusé sur la plateforme le 27 novembreMarriage Story le 6 décembre. En attendant, vous pouvez lire notre critique du film de Scorsese, un vrai choc qu'on aurait rêvé découvrir sur grand écran.

 

Affiche

Tout savoir sur Marriage Story

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commentaires

MystereK
28/11/2019 à 21:19

FOX cela n'a rien d'un chantage, come le dis Simon, sans Netflix le film n'existerai pas, et le boulot de Netflix c'est de fournir des films à sa platerforme, ce que Scorses savait avant même d'être entré en discussion avec Netflix, aucune surprise, dès le début et sans aucune ambiguïté Scorsese c'est que le film est destiné à être diffusé sur Netfilx, après il a peut être essayé de négocier une sortie en salle à grande échelle sans l'obtenir, mais cela n'a rien d'un chantage puisque s'agit du business model archi-connu de ce producteur et alors qu'il recevait son premier rendez vous pour en discuter, Scorsese était déjà au courant.

Sinon, cela fait plusieurs semaines que le film est en salle en Suisse comme dans d'autre pays, s'il y a un problème, ce n'est pas chez Netflix, mais la loi sur la chronologie des média en France,.

Fox
27/11/2019 à 10:21

@Fantomas

Oui, je suis également d'accord avec ce principe.
Que Netflix dise : "OK nous, on est avant tout une plateforme, donc on donne la priorité à nos abonnés. Pendant 1 ou 2 mois, c'est en exclusivité chez nous. Dans un second temps, pour que ceux qui veulent le voir au cinéma puissent le faire, on le distribue en salles sur un nombre restreint de semaines (2 ou 3)."
Là, ça me va parce qu'ils laissent quand même le choix (et la possibilité de le voir dans des conditions autrement plus immersives). Mais je pense (j'ai dit je pense, je n'en suis pas certain) qu'ils n'ont absolument pas, à l'heure actuelle, les moyens matériels de distribuer à grande échelle leurs contenus autrement que sur leur plateforme. "Tirer" une copie par ci, par là pour une projection en festival ou pour un évènement, ça se gère. En faire des milliers de par le monde, et gérer le parc de salles susceptibles de l'accueillir, c'est une autre paire de manches ! Donc à mon avis, ils ne souhaitent absolument pas investir du temps et de l'argent dans une étape particulièrement lourde à gérer et coûteuse (ce n'est d'ailleurs pas leur fonctionnement premier !).

Il faudrait également que je me penche plus sérieusement sur un autre aspect : le fonctionnement de leurs budgets/recettes. Pour un studio classique (en schématisant, bien sûr), il sait combien le film lui rapporte en exploitation salles+VOD/DVD (par la suite) puisque l'achat du billet ou du disque vaut pour le film en question. Netflix fonctionnant par streaming, je suppose qu'il y a un compteur de "vues" pour chaque film/série, mais comment se fait la "comptabilité" ? Comment estiment-ils la retombée d'un film ou d'une série en particulier sur l'augmentation du nombre d'abonnements ?
De plus, ils ont accordé un budget pour un film en question, ce qui inclut les contrats, les salaires... Mais comment cela se passe-t-il lorsque les comédiens ou les réalisateurs demandent un pourcentage sur bénéfices ? D'ailleurs, comment calculent-ils les bénéfices ? Ce type de contrat est-il encore applicable avec ces plateformes ?
Je suis curieux du sujet, je vais m'y mettre, mais si d'autres plus informés que moi là-dessus veulent partager leur connaissance, c'est avec grand plaisir que je les écouterai !

Fantomas
27/11/2019 à 08:03

@Fox
Merci pour cette très bonne analyse que je partage. J’ajouterai qu’il est vraiment dommage, et ce pour des question de protection des droits de l’œuvre, qu’on ne puisse pas voir ces films au cinéma. Il serait vraiment bien que cela puisse se faire, quitte à attendre quelques mois comme pour la sortie des DVD après projection de l’œuvre. Cette fois-ci ça sera l’inverse ; On passera du petit écran au grand.

Les
26/11/2019 à 21:01

Propagande propagande qui voudrait aller voir de nouveau la daube terminator 5 ? Au cinéma ?

Fox
26/11/2019 à 18:31

@Simon Riaux

Il me semble que c'est ce que je disais avec : "...Ça veut dire quoi ? Qu'il ne sera plus possible de produire des "gros" films par le circuit "classique", sauf si vous réalisez pour une licence ou que vous êtes prêts à vous passer du grand écran ?..."

The Irishman, c'est clairement un énorme compromis (d'aucuns diront "chantage") : "Soit tu fais une croix sur ton film, soit tu le fais mais on le distribue à notre façon et tu oublies les salles".
Je comprends le point de vue de Scorsese d'avoir voulu le faire, quoi que ça lui coûte. C'est une manière de voir le verre à moitié plein quand d'autres - comme moi, éternel insatisfait (je sais !) - y verront le verre à moitié vide.

Au risque de me répéter (car je pensais avoir été clair dans mon propos), cette situation pour moi soulevait deux questions :

1- Quel est l'avenir de la production des "gros films" (sous-entendu qui demandent un budget conséquent) si d'une part les studios classiques ne prennent plus de risques, et d'autre part les plateformes comme Netflix se passent de l'exploitation salles, plus à même de révéler le potentiel de la forme ?

2- Quel est l'intérêt de se casser le cul (pardonnez-moi l'expression) à soigner ladite forme, si c'est pour la diffuser sur un petit écran (Dolby Cinéma chez soi ? Vraiment ?!) ?

Simon Riaux - Rédaction
26/11/2019 à 17:39

@Fox

Disons qu'il serait peut-être plus exact de dire que sans Netflix, le film n'existerait tout simplement pas.

Un giga-budget de 3h30, technologiquement complexe, avec un casting vieillissant n'avait aucune chance de sortir en salles.

Fox
26/11/2019 à 17:34

Je suis particulièrement en mécontent à l'encontre de Scorsese. Vraiment.
Je sais d'ores et déjà que je vais prendre une avalanche de commentaires me disant "Oui, mais tu sais maintenant, regarder un film chez soi, c'est l'avenir, il faut vivre avec son temps..." mais qu'importe.
En dehors de la presse et de quelques privilégiés, nous sommes tous bien d'accord que la quasi-totalité des spectateurs de ce film le verra sur un petit écran (plus ou moins petit, en fonction des budgets de chacun). Pourtant, d'une part, le fond du film (une fresque grandiose de 3h30) se prête particulièrement à une projection en salles. Et d'autre part, le soin particulier apporté à la forme du film (Digital Intermediate 4K, Dolby Cinema) amène logiquement à une exploitation salles pour profiter des meilleures conditions.
Sauf que non. Scorsese, si je ne dis pas de bêtises, a choisi Netflix car ils étaient les seuls à lui proposer le budget nécessaire pour monter son film (n'hésitez pas à me contredire si j'ai tort, avec vos sources pour éclairer ma lanterne, bien entendu). Mais en gros, on nous dit : "On a mis un max d'argent dans ce film, on a exploité le meilleur des techniques actuelles... pour que vous ne puissiez pas en profiter lorsque vous le verrez !". Franchement, je m'interroge sur la démarche. De plus, quel est le message renvoyé par Scorsese (même s'il n'est qu'en partie responsable) ? Que même lui, sur son simple nom, n'est pas (ou plus) capable de soulever des fonds suffisants pour proposer des films un tant soit peu ambitieux. Qu'il est désormais obligé de faire un énorme compromis (une absence d'exploitation salles) pour avoir son chèque. Désolé, mais le constat est grave. Ça veut dire quoi ? Qu'il ne sera plus possible de produire des "gros" films par le circuit "classique", sauf si vous réalisez pour une licence ou que vous êtes prêts à vous passer du grand écran ? Je ne suis pas naïf, les studios ont toujours eu une mainmise énorme sur ce qui devait être produit ou non. Mais j'ai quand même le sentiment qu'il y a désormais un tel cynisme qu'ils ne dissimulent même plus leurs procédés aux yeux des gens.
Je le dis, je le revendique : comme cinéphile, il m'est impossible de passer du grand écran. Je sais que bon nombre de personnes, sur ce site ou ailleurs, ne partagent pas mon avis. Mais pour moi, c'est comme quand j'aime un groupe de musique : sur album, c'est bon ; en live, c'est encore plus puissant.

Simon Riaux - Rédaction
26/11/2019 à 15:05

@Terminéator

Projection de presse, en salle de cinéma classique.

Terminéator
26/11/2019 à 14:48

@EL , Vous l'avez regardé sur quel support The Irishman ?

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