J'accuse : annulations, lâchage institutionnel, la polémique Polanski prend de l'ampleur

La Rédaction | 19 novembre 2019 - MAJ : 19/11/2019 18:41
La Rédaction | 19 novembre 2019 - MAJ : 19/11/2019 18:41

Depuis la fin des années 70, la carrière de Roman Polanski a été émaillée de polémiques consécutives à sa condamnation pour atteinte sexuelle sur une mineure de 13 ans. Mais la colère qui s’exprime aujourd’hui semble bien plus durable et profonde. L’impunité totale dont jouissait l’artiste, que plus d’une dizaine d’accusations de viol et d’agression n’ont jamais éloigné des tapis rouges et des palmarès, est-elle révolue ?

C’est la question qu’on peut se poser, en dépit de la réussite en salles de son dernier film, J’accuse. À la suite d’un dossier de presse délirant, où le metteur en scène était dépeint en homme persécuté par des « néo-féministes maccarthystes » (lesquelles étaient préalablement assimilées à des nazis), puis aux accusations de viol portées par la photographe Valentine Monnier, la promotion du film a pris un tour problématique.

On se souvient qu’une avant-première parisienne, au cinéma le Champo, avait été annulée suite à une manifestation de militantes féministes, tandis que de nombreuses rédactions, dont la nôtre, faisaient part à leurs lecteurs de la difficulté à aborder une situation qui déborde du seul domaine de la presse culturelle, et qui interroge les principes de chacun. Et il semblerait que la question soit bien loin d’être réglée.

 

Photo Jean DujardinQuand il te paraît bien loin le prochain OSS 117

 

L’Association des Réalisateurs Producteurs (ARP) a fait savoir qu’elle comptait mettre en place une directive entraînant la suspension de tout membre de l’association condamné en justice, notamment pour des faits de délits ou crimes sexuels. Les membres mis en examen se verraient quant à eux signifier une mesure de suspension (annulée ou confirmée selon les suites judiciaires échéantes). Une nouvelle orientation que l’ARP désigne comme « un engagement fort afin de soutenir le droit des victimes ».

L’association ne mentionne pas nommément Roman Polanski, mais la chronologie des évènements laisse peu de place au doute. Parallèlement, l’organisation a pris soin de préciser qu’elle refusait de nourrir une quelconque forme d’inquisition morale.

« L’ARP n’est pas une directrice de conscience, qui s’arrogerait le droit de dire aux spectateurs les œuvres à voir ou à ne pas voir, pas plus qu’elle n’est un tribunal ou une tribune médiatique désignant un artiste à la vindicte populaire et numérique. »

 

photoParadoxe d'un film prônant le recours aux médias pour contourner une justice corrompue...

 

Simultanément, l’exploitation de J’accuse se déroule excellemment bien, le film ayant accompli le 3e meilleur démarrage pour un film français à ce stade de l’année 2019. Mais la colère progresse et de nouvelles projections ont été interrompues ces derniers jours, à Saint-Nazaire et à Rennes, à l’initiative de militantes féministes, qui sont de plus en plus nombreuses à réclamer le boycott pur et simple du film.

Assistons-nous à la fin de l’immunité médiatique, judiciaire et symbolique du cinéaste ? Bien malin qui prétendra le savoir, alors que J’accuse se dirige vers le succès et que toute réouverture judiciaire du dossier Polanski paraît hautement improbable.

 

Affiche française

commentaires

Abdhul al-hazred
27/11/2019 à 09:03

Je rapelle a tous ceux qui parlent de presomption d'innocence et d'attendre le proces que Polanski a été jugé et condamné, qu'il a plaidé coupable et admis les faits. Donc, si vous avez ne serait-ce qu'un peu de respect pour les victimes, renseignez vous avant de dire des conneries ou encore mieux, bouclez la. Cordialement, bisou.

Supermanu
22/11/2019 à 23:33

Si Polanski est coupable qu'il soit jugé et puni Par contre si son film est bon je ne vois pas pourquoi on irait pas le voir Ce sont deux choses différentes Boycotter serait une erreur car hors sujet

captp
21/11/2019 à 14:31

"il a entamé une procédure judiciaire à l'encontre de son accusatrice..." faux ! ses avocats ont bien lancés une procédure pour diffamation contre le créateur du site qui rassemblait des témoignages "anonyme" (guillemet car les témoignages sont bien signés et vérifiés mais le nom gardé secret pour l'instant) mais ils ont très vite retiré leur plainte.

c'est important aussi d'avoir le témoignage des victimes de temps en temps trop souvent oublié , contrairement à la défense qui à le tapis rouge pour développer durablement son argumentaire

Simon Riaux - Rédaction
21/11/2019 à 12:03

@Rebelle33

Je ne suis pas sûr que dans la situation, le terme "préjugé" soit le plus adapté. Mais oui, une opinion.

Rebelle33
21/11/2019 à 11:49

@simon Riaux Rédaction
J'ai le sentiment néanmoins que vous nourrissez un préjugé à l'encontre de l'homme POLANSKI..Est-ce que je me trompe?

Cependant, je dois reconnaitre que nous n'êtes pas à court d'arguments et, par ailleurs, j'apprécie votre courtoisie...
Je n'en dirais pas autant de certains commentateurs qui se répandent en abjections...

Simon Riaux - Rédaction
21/11/2019 à 11:37

@Rebelle33

Il n'a pour le moment entamé aucune procédure.
La présomption d'innocence est un concept essentiel. Un concept qui engage le corps judiciaire.

Et donc Roman Polanski bénéficie, avec une constance remarquable, étant couvert d'honneurs, publiquement soutenu et en capacité de réaliser des films coûteux, en dépit de la multiplicité des allégations et de sa condamnation passée.

Rassurez-vous, la présomption d'innocence se porte à merveille, elle est même suffisamment forte en France pour être exigée de citoyens lambda, ce qui est une absurdité.

Rebelle33
21/11/2019 à 11:29

@simon Riaux Rédaction
Comme vous le précisez vous-même, il est simplement ACCUSE de violences sexuelles et donc non condamné et que, par ailleurs, il a entamé une procédure judiciaire à l'encontre de son accusatrice...
Autant je considère que les violences sexuelles doivent être sévèrement punies, autant je considère qu'en absence de preuves réelles, Roman POLANSKI doit bénéficier de la présomption d'innocence...

Simon Riaux - Rédaction
21/11/2019 à 10:11

@Rebelle33

Le souci, quand même, c'est que le film a assumé dès son dossier de presse de faire contre la lutte anti-féministe son principal angle promotionnel. Difficile après de venir râler.

Quant au procès Polanski, si les faits de viol ne sont pas reconnus, c'est aprce qu'il est condamné dans une procédure de plea bargain... Et ajoutons que l'attitude, le pardon, et la position de sa victime ne sont absolument pas le sujet. Le sujet, c'est un nombre croissant de personnes qui estiment indignes de célébrer un individu ayant été condamné et maintes fois accusé de violences sexuelles.

Rebelle33
21/11/2019 à 10:01

@Shagon
Roman POLANSKI n'a pas besoin de cela pour assurer la promotion de ses films qui généralemenr connaissent un immense succès...
Vous lui faites un procès d'intention qu'il ne mérite pas...
Quant à la jeune fille américaine, Samantha G., le chef d'accusation de viol n'avait pas été retenu et je vous rappelle qu'elle-même avait abandonné les plaintes de sa propre initiative...
Cela vous permettra peut-être de modérer votre jugement....

Shagon
20/11/2019 à 19:00

@Rebell33

Mon analyse est personnelle : c'est du marketing puant.

Valentine Monnier a indiqué que c'est parce-que le film s'appelle " J'accuse " qu'elle parle aujourd'hui.
C'est la 5e "présumée victime". Polanski a délibérément provoqué ce Buzz nauséabond, c'est sans conteste quelqu'un d'intelligent.

Mais c'est une putafric qui a un pied dans la tombe. Alors il s'en fout.



CQFD

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