André Dussollier - Interview carrière (Part 1)

Vincent Julé | 26 novembre 2009
Vincent Julé | 26 novembre 2009

A l'occasion de la sortie d'Une affaire d'Etat, nous avons rencontré André Dussollier. Impossible de ne pas en profiter pour entamer une interview carrière auprès de cet acteur mythique. Il s'agit ici de la retranscription écrite d'une interview vidéo dont le concept est le suivant : André Dussollier tire une question au hasard dans un chapeau et y répond. D'où l'aspect un peu désordonné de cette première partie...

 

Une affaire d'état : première impression sur le rôle, pourquoi tel rôle ou tel scénario plutôt qu'un autre ?

La raison est très simple, c'est qu'en général, je suis toujours dans les mots, les rêveries, comme à l'époque des auteurs de la Nouvelle Vague. Avec la nouvelle génération, je suis plutôt ancré dans une réalité. Je suis dans des choses plus urgentes à défendre. Etre un homme de terrain, ça m'a manqué dès le départ. Il y a bien sûr eu les rôles de flics, qui sont venus un peu plus tard, mais là, jouer un homme de l'ombre, c'est une nouveauté.

 

Une affaire d'état : premier contact avec Eric Valette sur plateau, comment est-il ?

IL est très bien Eric, c'est une spectateur avant tout, heureux d'être là, de faire du cinéma et donc, il est positif tout de suite. Il a un regard d'enfant, c'est comme si nous étions dans sa chambre et qu'on s'amusait avec ses histoires, les personnages qu'il va mettre en scène. Il joue. Ça a été un plaisir immédiat. Il ne parle pas beaucoup, ne noie pas ses acteurs avec des tonnes d'indications, il est toujours où il faut et fait ce qu'il faut. Malgré son jeune âge et son air juvénile, il a de l'expérience, il a tout compris à la manière dont fonctionnent les acteurs, c'est quelqu'un d'agréable et de ludique.

 

Une affaire d'état : première fois dans un thriller politique.

Oui, presque. J'avais tourné avec Costa-Gavras dans La petite apocalypse, et je crois ma foi, que c'est à peu près tout. Il y a aussi Il peut sur Santiago de Helvio Soto en 1975, mais ce n'est pas sur l'Histoire français. Sinon, il faut que je cherche pour trouver un thriller politique. La première descente dans les bas fonds du réel s'est fait avec Scènes de crimes. Maintenant avec les films politiques, qui sont assez rares et, qui plus est, allient le thriller, c'est un double plaisir pour moi. Cela va peut-être donner des envies à d'autres metteurs en scène et moi de continuer à explorer ce genre.

 

Un cœur en hiver : première fois avec Claude Sautet, premier César du meilleur second rôle

Je l'ai attendu, Claude Sautet. Un jour, c'était à l'époque de César et Rosalie, je sors d'un ascenseur et il me voit. Je rêvais de tourner avec lui. Et il me dit : « dommage que vous n'ayez pas le nez cassé ». C'était une image très percutante, je n'allais pas me casser le nez pour travailler avec lui tout de même. Mais cela me renseignait sur ce qu'il cherchait. J'étais très heureux de le retrouver sur Un cœur en hiver. Encore une fois, il n'y est question que de silences, et j'adore ça. C'est le terrain de l'acteur, on peut y mettre les sentiments qu'éprouve le personnage sans un mot, pour que le spectateur lise et devine ce qu'il ressent. C'est une écriture terriblement moderne. On a en France une tradition littéraire, et je ne pense pas forcément à Eric Rohmer. Les auteurs font beaucoup parler leurs personnages, ils disent beaucoup leurs sentiments. Alors que dans le cinéma anglo-saxon, il y a plus de silences.

 

Fréquence meurtre : première fois avec Catherine Deneuve.

Et la seule même. C'est dommage. En plus, je jouais son frère dans ce film d'Elisabeth Rappeneau. C'était un rôle un peu étrange, le premier pas vers un personnage plus ambigu qu'il n'y paraît et la première rencontre, la découverte, d'une femme active, énergique et très directe. J'ai vu spontanément que c'était une personne bien... au-delà de tout ce qu'on peut imaginer et fantasmer sur une actrice.

 

Mélo : première nomination au César du meilleur acteur

Première nomination, et c'est Daniel Auteuil qui a eu le César pour Jean de Florette. Alain Resnais m'a d'ailleurs dit à la fin de la cérémonie : « Il faut que j'aille voir Jean de Florette, ça a l'air bien ». Mélo, c'est un très beau souvenir, mon premier grand rôle, avec beaucoup de nuances, d'émotions, de séduction. Un rôle très riche... et un monologue de six minutes et demi !

 

 

Les enfants du marais : première fois avec le pote, Jacques Villeret.

On peut dire l'ami, et on l'était bien avant de faire ce métier. On était ensemble au Conservatoire, on était très proches et on a vécu les débuts ensemble. Lui venait de Tours, moi d'Annecy, et on s'est retrouvé dans les hôtels meublés, les petites chambres. On était ensemble dans les moments heureux et les autres... même si je n'arrivais pas toujours à le suivre dans ses débordements nocturnes. Il y était encore à 7h du matin alors que j'étais couché à 1h. Mais je parle plus de Jacques que du film. C'est donc la première fois que je le retrouvais au cinéma, et c'est grâce à Jean Becker. Surtout qu'on s'est retrouvé trois fois à la suite, avec aussi Un crime au paradis et Effroyables jardins. Dans Un crime au paradis, il y a une scène vraiment très longue et très savoureuse entre moi l'avocat et lui qui veut assassiner sa femme. Elle était prévue sur trois jours mais on l'a bouclé en une journée. Il y avait tellement d'attente et de frustration à enfin jouer ensemble, que c'est allé très vite.

 

La chambre des officiers : Dussolier, le roi des seconds rôles ?

Un très beau second rôle en effet, dans un film de François Dupeyron adapté d'un livre de Marc Dugain. J'ai d'ailleurs retrouvé ce dernier dans Une exécution ordinaire qu'il met en scène [et où André joue le rôle de Joseph Staline]. La chambre des officiers est un film très émouvant, où je suis un médecin qui rafistole les visages de ces gueules cassées avec des méthodes plutôt empiriques. Il n'y connaît rien en chirurgie esthétique.

 

La vie est un roman : première fois avec Alain Resnais.

L'occasion de rencontre Alain, que j'avais loupé un peu avant. Il m'avait proposé un rôle dans Stavisky mais j'étais occupé au théâtre. Cela m'ennuyait, mais un metteur en scène peut mal vivre une rencontre ratée. Mais je le dois aussi à l'insistance de Fanny Ardant. Et c'est un rôle quasi sans dialogues... un cinéma que je ne connaissais pas encore, très particulier, typique.

 

Perceval le Gallois : première fois avec un des grands « R ».

Donc Rohmer, Resnais et Rivette. Perceval est une aventure folle, comme seul le cinéma français peut en provoquer. Quand j'étais au Conservatoire, je passais des scènes de comédie américaine avec Nathalie Baye. J'étais dans la comédie. Mon acteur de référence était Jean-Paul Belmondo, j'enviais son dynamisme. Mais c'est une voie parallèle qui s'est ouverte et m'a happé. Je voyais Gérard Lanvin et Bernard Giraudeau dans Les spécialistes, très actifs. Moi, on ne m'a jamais donné ça, car j'ai mis le pied dans une famille de réalisateurs de la Nouvelle Vague. Ceux qui scrutaient le cœur humain et ses méandres. Et donc moi, mon plus grand exploit physique, c'est de passer de la chaise au canapé. Je m'y suis résigné, mais mon plaisir d'acteur, c'était de faire autre chose, d'élargir l'éventail. Mais en France, c'est aussi grâce au cinéma d'auteur que l'on a un cinéma différent. Il y apar an, trois ou quatre films qui surprennent, et d'ailleurs que les Etats-Unis rachètent pour en faire des remakes. Le cinéma d'auteur de Coline Serreau ou d'Etienne Chatillez sont devenus des succès, grâce à la curiosité et à l'originalité. C'est une manière de dire merci au cinéma d'auteur, sans avoir besoin d'aller dans des extrémités comme avec Rohmer et Perceval. Nous jouons tout de même des chrétiens de Troie avec Fabrice Luchini... en vers, s'il vous plait... à cheval.

 

Toute une vie : première fois avec Claude Lelouch.

Et malheureusement la seule, en 1974. C'est mon deuxième film après celui de François Truffaut, Une belle fille comme moi. Cela a été le plaisir de rencontrer un homme de cinéma, libre avec la caméra et ses acteurs. Et découvrir le scénario au jour le jour aussi, c'était passionnant cette impression de participer à un cinéma en train de se faire. Claude Lelouch est toujours le premier spectateur de son film, il a ainsi une vraie joie communicative. Le film a connu un plus grand succès aux Etats-Unis qu'en France.

 

Mon petit doigt m'a dit : première avec Catherine Frot.

Je la connaissais pour l'avoir vu jouer. Elle a un côté à la fois décalé et très investi. Une vraie actrice qui peut passer du registre de la comédie à d'autres plus étranges comme avec L'empreinte de l'ange. Mais dans le comique, elle peut frôler l'absurde, comme cela doit être le cas avec le dernier Dupontel, Le Vilain, que je ne manquerai pas d'aller voir.

 

Première fois derrière la caméra ?

Ça me rappelle que je viens de lire une interview d'Yvan Attal sur Rapt, et il disait que c'est toujours intéressant de voir les carrières, les hauts, les bas... j'avais connu ça aussi avec Guillaume Canet : c'est quand ils n'ont plus eu de rôle qu'ils commencent à écrire. C'est une envie de raconter des choses à sa manière, et il faut cette envie. Yvan Attal disait qu'il s'est senti libre. Acteur, on est toujours dépendant, et là, c'est certain, cela doit être un grand plaisir. Mais je n'en dirais pas plus...

 

Propos recueillis par Laurent Pécha

Retranscription par Vincent Julé

Autoportrait d'André Dussollier

 

Cliquez sur la photo pour accéder à la seconde partie de l'interview 

 

 

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