Dennis Iliadis (La dernière maison sur la gauche)

Thomas Messias | 22 avril 2009
Thomas Messias | 22 avril 2009

Premier film américain pour Dennis Iliadis... et première réussite incontestable. Sa Dernière maison sur la gauche est un excellent remake du film de Wes Craven, présent sur le projet en tant que producteur. Rencontre par mail interposé avec un cinéaste sur qui il va falloir compter dans les années à venir.

 

 


 

 

Durant les cinq ans qui séparent la sortie de vos deux films, Hardcore et maintenant La Dernière Maison sur la gauche, qu’avez-vous fait de votre temps ? Etiez-vous impliqué dans un quelconque projet pour Hollywood avant le remake du film de Wes Craven ? 

En réalité cela fait quatre ans. J’ai achevé Hardcore en février 2004 et le tournage de La Dernière Maison sur la gauche a commencé en mars de l’année dernière. J’ai passé pas mal de temps à voyager pour promouvoir Hardcore à l’international. Par la suite, j'ai pas mal trainé à Hollywood, tout en développant un autre script intitulé Buzzheart. J'y ai fait des rencontres, et de fil en aiguille je me suis retrouvé sur ce film.

 

 

Comment avez-vous été approché pour La Dernière Maison sur la gauche ?

Parmi les rencontres que j’ai faites, il y en a eu une avec Wes Craven et sa compagnie concernant un remake en chantier de La Dernière Maison sur la gauche. Ils ont vu et vraiment apprécié Hardcore et ils ont aimé mon approche et mes idées pour La Dernière Maison. J’ai eu par la suite une rencontre avec le studio. Il n’a fallu qu’un repas ensemble (moi, le studio, et Wes Craven) pour que j’embarque directement à bord du projet.

 

 

Que pensez-vous du film original ? En quoi l'idée d'un remake vous a-t-elle intéressé ?

Et bien c’était un projet très intéressant vu que l’histoire originale est puisée dans un conte médiéval suédois populaire. Par la suite Ingmar Bergman a transposé cette histoire dans son film datant de 1959, La Source, avant que Wes Craven la reprenne pour La Dernière Maison en 1972. C’est une histoire tellement puissante, primaire et viscérale qu'on ne peut jouer sur les références. Vous devez le faire à votre propre manière, et cela en faisait du même coup un projet très personnel plus qu'un remake.

 

 


 

 

Quelle était votre part créatrice dans ce remake ? Quelle liberté aviez-vous par rapport au script ?

J’étais très impliqué lors de l’élaboration du scénario. Cependant les décisions majeures étaient prises collectivement avec les producteurs, j’ai donc dû être vraiment convaincant.

 

Quelle relation aviez-vous avec Wes Craven ?

Nous avions eu une très bonne relation dès le tout début. Il était très impliqué dans les étapes de l’élaboration du script et du casting, mais n’était pas présent pendant le tournage car il était en pleine préparation de son propre film (25/8, ndlr). Il jetait un coup d’oeil aux rushes pendant le tournage, et comme ce qu’il voyait lui plaisait vraiment, il m’a donné une grande liberté et son soutien inconditionnel. Ensuite, lors du montage nous nous sommes assis dans la salle pendant deux jours et il a apporté de grandes idées. Et lorsque le grand moment de la vision de la version preview est arrivé, il m’a poussé à montrer mon montage alors que je m'inquiétais de certains aspects trop arty ou "européens". Mais les retours furent très positifs, et j'ai su alors que j'avais réussi.

 

Quels furent ses premiers mots à votre égard après la vision de votre version ?

Je ne suis pas sûr de ce que furent ses premiers mots, mais je vais vous dire ce qu’il a dit lors d’un interview après visionnage de la bobine achevée: « Je suis très fier d’avoir mon nom sur ce film ».

 

Selon moi, l’énorme réussite du film est décrit à travers la première séquence (qui n’apparaît pas dans l’original). C’est horrible et met immédiatement la pression sur le public… Avez-vous fait quelques concessions en terme de violence? 

Oui, j’avais le très fort sentiment que nous avions besoin de mettre en scène les tueurs très tôt dans l’histoire et mettre en place ce climat de terreur qui nous aurait donc offert plus de temps au développement des personnages. Pour la violence, nous avons eu quelques soucis avec la MPAA (la société de classification des films outre-atlantique, ndlr), surtout par rapport à la scène des bois en entier, et nous avons du par la suite faire des petites concessions. Ce qui a été bénéfique parce que les gens n’arrêtaient pas de quitter la salle pendant cette séquence. Ce qui était reproché, bien que ce ne soit pas gratuit, était le réalisme de la scène. Je pense que le public européen appréciera beaucoup, je doute que les gens sortiront des cinémas ici en Europe…

 

Qu’est-on en droit d’attendre de la future director’s cut du DVD ?

Dans la version non censurée vous finirez par voir la scène dans son intégralité.

 

[Attention Spoiler] Pourquoi avez-vous choisi de ne pas tuer la fille comme dans le film original?

En gardant la fille en vie on ajoute un sentiment d’ugence, les parents ont à se battre pour la garder en vie de nouveau, et leur transformation n’en est que plus naturelle. 

 

[fin du spoiler]

 


 

 

La seule chose pour laquelle j’émets une réserve est la scène finale, assez proche des films Saw, et loin du réalisme voulu par l’histoire. Pourquoi avoir inclus cette scène ?

Je dois l’admettre, je n’aime pas cette scène dans le script. Mais j’ai réellement tenté de l’accepter. Je pense que la façon dont la transition est amenée est visuellement intéressante, il y a une part d’ironie qui est assez intéressante. Mais je le concède, ça ne concorde pas avec le réalisme viscéral du reste du film. Mais, encore une fois, lors de la preview, 99% des gens l’ont aimée, ils étaient tellement dans le film et haïssaient Krug au point qu’ils voulaient le voir mourir d’une façon extrême !

 

 

La scène du viol est une des plus dure à endurer que j’ai pu voir… et surtout avec l’idée que Mari voit son amie se faire tuer alors qu’elle est elle-même violée. Comment avez-vous approché cette scène ? Est-il dur de continuer de tourner après ça ou vous prenez beaucoup de recul jusqu’a sortir du sujet ?

Et bien après Hardcore, je ne suis plus vraiment un étranger aux scènes endurantes qui créent la controverse. Mon approche est que vous avez à répéter la scène encore et encore avec les acteurs pour trouver l’authenticité de leur personnage ; par conséquent ils ne voient plus la scène objectivement. Et ils construisent aussi quelque chose de profond, de vrai. Nous avons pas mal répété avec le coordinateur des cascades, donc ce n’est plus physiquement un problème et ils peuvent se focaliser entièrement sur le jeu. Lorsque vous avez à tourner une scène dite “extrême”, dès que vous commencez à penser à quel point elle est extrême justement, vous êtes foutu.

 

Avez-vous trouvé difficile de choisir quoi faire de l’humour (en grande partie de la police) présent dans le film original ?

Bien que la juxtaposition de l’extrême violence et de ce côté cartoon paraisse étrange, il y avait un aspect satirique très intéressant dans le film de Wes. C'était presque avant-gardiste. J'ai essayé de rendre le film plus dramatique, plus intense. Je voulais qu'on se sente en présence des personnages, qu'on voie les choses empirer et la noirceur de l'âme humaine se révéler, et tout ça sans interruption. 

 

 


 

 

 

Comme le prouvait déjà Hardcore (les deux actrices y sont absolument terrifiantes), vous avez une incroyable habilité à rendre vos acteurs convaincants. Comment s'est passée la collaboration avec eux ? Pouvez-vous nous dire un mot de leurs performances ?

Contrairement à un grand nombre des réalisateurs de films de genre, j’aime le genre mais j’aime aussi les acteurs. La performance est une priorité absolue pour moi tout comme le sont les répétitions et donner aux acteurs une partie de liberté à l’égard du script, le déconstruisant et le réassemblant en essayant de trouver la vérité dans chaque personnage et dans chaque moment. Aussi, dans la façon dont je filme, j’essaie de donner aux acteurs/personnages ce petit espace leur permettant d'exprimer leur ambiguïté. Lorsque vous rendez les choses crédibles, alors les moments les plus frappants vous frapperont avec encore plus de force! J’ai été très chanceux de travailler avec un grand casting. J’ai cru en eux et ils ont cru en moi, il n’y avait pas d’ego et nous avons tous travaillé dur. Je suis très fier de leurs performances.

 

Quelle est votre opinion sur les remakes actuels des classiques du cinéma d'horreur qu'Hollywood semble produire à la chaîne ?

Je n’aime pas ceux qui sont simplement mécaniques, qui tentent de dépasser l’original et appuient simplement sur les boutons pour faire peur…

 

Si vous aviez la possibilité de faire un autre remake d’un classique de l’horreur, vous opterez pour quel film ?

Et bien, ce n’est pas vraiment un film d’horreur mais j’aimerais vraiment faire un remake de Répulsion de Roman Polanski.

 

 



 

Quels sont vos films préférés ?

Je suis vraiment mauvais avec les listes. Je vais vous donner deux extrêmes : Barton Fink et South Park : le film.

 

Quels sont vos projets ?

Je suis actuellement en pré production d’un film intitulé Cure. C’est un grand script, un thriller sombre mais aussi extrêmement romantique, le genre de film que j’ai toujours voulu faire. C’est produit par Michael London qui a fait des grands films tels que Harvey Milk, Sideways, The Visitor et Smart People. Je suis très excité. Il y a aussi un script que j’ai rédigé (sûrement Buzzheart, son projet qui se déroule en Europe, ndlr) ; et puis je pourrais être amené à travailler de nouveau avec la société de Wes Craven pour un autre projet.

 

Remerciements à Sylvie Forestier et Coralie Belpeche pour avoir rendu cette interview possible.

 

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